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VDV #80 : Indomptable !

"Le poil est une production filiforme de l'épiderme, couvrant partiellement ou intégralement la peau des mammifères et dont il est l'une des caractéristiques. Chez les animaux, lorsque la couverture de la peau est complète, on parle de pelage (la fourrure étant elle composée de poils et de peau). Chez l'humain, la pilosité relative au sommet de la tête s'appelle la chevelure et celle concernant le menton est la barbe, enfin celle du menton et du cou est appelée la crinière chez les autres animaux à poils laineux. Un poil très épais (plus de 0,20 mm de diamètre) est appelé « soie »."


En tant que président de ce nouvel opus des vendredis du vin, je me devais d'introduire ce billet avec rigueur et exactitude. Le dico volant à mon secours, nous voilà donc prêt à aborder le thème du mois : LE POIL.
Hommage national oblige, il me fallait trouver un digne représentant de la cause libertaire qui agite la glouglousphère ces derniers jours. Un jus capable de carillonner au quatre coins du palais tout en filant la chair de poule. Un de ces canons au caractère velu, qui ne s'en laisse pas compter à l'heure de vous secouer les papilles. Bref, un Indomptable.

Et en ces temps de disette affective que le quotidien et l'actualité nous forcent à côtoyer, rien de tel que de retrouver alors dans son verre un allant invitant à une expédition sauvage pleine d'instinct. Rien de tel que de sentir l’œuvre de la terre raisonner à tue-tête dans son plus simple appareil. Un retour au source salvateur qui vous remue l'échine et vous rappelle comme il est bon d'être vivant.

Cette potion, je nous l'ai trouvé, elle nous vient de Paziols, petite bourgade audoise flirtant avec le Roussillon. Un élixir de jouvence concocté par le même jeune druide dont je vantais ici-même les vertus de son cinsault : Sébastien Agelet (Domaine De Mena), vigneron de son état et responsable de quelques une des belles rasades que j'ai bu boire ces derniers temps. 

Ici, on parle donc de sa cuvée L'Indomptable, une syrah dense et vive sur laquelle trône la tronche d'un gorille au regard inquiétant. Un œil sombre derrière lequel se cache en fait un jus mordant où le fruit confortable et la tension animale se côtoient à merveille. Un vin encore un peu à l'étroit dans sa bouteille mais qui trouve un plein épanouissement un fois à l'air libre. Alors seulement il se laisse approcher, caresser, picoler... 

"When you realize the value of all life, you dwell less on what is past and concentrate more on the preservation of the future." Dian Fossey

Tel une sorte Dian Fossey ethno-picologue en train d'apprivoiser la fougue de son gorgeon de rouge, on se plait alors à reprendre le chemin du goulot, des rencontres et des plaisirs simples qu'offre le quotidien. Reprendre simplement un peu de poil de la bête, et au passage, une gorgée d'Indomptable !

David Farge "ABISTODENAS"





 


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Pousser les murs.

Comme un heureux hasard... En ce mardi 24 novembre, alors que ma trentaine venait à se tasser encore un peu plus, à quelques mètres de chez moi, les ambitions liquides de ma commune allaient, tout à coup, prendre un sacré coup de fouet. 

En effet, loin du tumulte de la ville, au creux des vallons de ma campagne, cela fait maintenant cinq ans que Cyril deale sa came sur la voie publique. Du vin de copain au gorgeon festif, de la sucrerie pour mamie aux bulles pour l'anniversaire de la petite, du bordeaux plein de noblesse au petit jurassien bien dans son coin, au 9 bis route d'Auterive, dans mon petit bled du Lauragais, la culture liquide avait enfin sa petite échoppe. Une petite boutique pas bien grande, qui malgré tout, ferait pâlir d'envie plus d'un étudiant parisien en quête d'un premier deux pièces dans la capitale. Mais que voulez-vous, la culture quand elle peut prendre ses aises, elle se doit de le faire...
Alors, quand l'opportunité de pousser les murs se présenta, c'est avec envie et détermination que notre grand dadais sommelier/caviste naillousain s'enquit du sort de son antichambre des plaisirs épicuriens pour accueillir encore un peu mieux ses clients assoiffés. C'est que ce n'est pas si simple d'être caviste à la cambrousse... Rien à voir avec le titi toulousain qui vent sa playlist naturiste aux bobos de la ville rose. Je caricature un peu mais, ici, par exemple, on ne confond pas Cubi et Bag-in-Box, les portefeuilles étant souvent un peu moins étoffés qu'à la ville. Alors, entreprendre ce discours de sensibilisation, d'éducation, étoffer cette curiosité qui ne demande qu'à grandir et voir que les gens suivent, que le commerce de proximité recèle encore quelques valeurs qu'il est important d'attiser encore et encore, ça fait du bien.
Une Note de Vin, notre cave locale, venue il y a quelques années égayer un peu la partition d'un village bousculé par la mélodie légèrement entêtante du vent d'autan, va maintenant pouvoir jouer à tue-tête. Grandir pour continuer d'être chaque jour un peu plus ce lieu qu'on ne visite pas simplement pour remplir son frigo ou les étagères de son cellier pour le repas du dimanche. Se faire belle pour vous sourire, pour vous retenir un instant dans la chaleur de toutes ses histoires liquides ne demandant plus qu'à être partagées.
Car dans la lumière de ce nouvel écrin chaleureux, c'est avant tout le sort de ces centaines de bouteilles qui se retrouve à portée de vos mains. Comme on ouvre un livre pour y découvrir une histoire, comme on plonge chez son libraire pour y nourrir ses envies d'évasion, on peut aussi pousser la porte de son caviste pour y boire un verre, discuter un brin ou choisir le canon du soir et du week-end.
Surtout que le garçon à bien fait les choses : un superbe plafond diffusant sans retenue la chaleur d'une grosse centaine de caisses bois, un espace permettant de proposer pas mal de références supplémentaires, et très bientôt, une table, notre futur QG, trônant au fond de la cave, pour prendre aussi le temps de partager et d'échanger autour de quelques gorgées de plaisir...

Bref, un endroit super, où l'humilité et la simplicité du patron n'ont d'égal que l'importance de ce genre de lieu au cœur d'un village. 
Au fait, une cave n'est rien sans une kyrielle de vignerons au service de notre plaisir. Alors, dans le désordre, voici quelques références que vous pourrez trouver ici :
Domaine Les Bruyères, Domaine Borie de Maurel, Domaine du Coulet, Domaine Jean David, Domaine des Huards, Champagne Agrapart, Champagne Jacquesson, Domaine Jean-Baptiste Sénat, Mas de Mon Père, Domaine Le Rocher des Violettes, Clos Puy Arnaud, Domaine La Terrasse d'Elise, Domaine Mouscaillo, Domaine Opi d'Aqui, Mas del Périé, Jean Louis Denois, Château Plaisance, Domaine Mouthes Le Bihan, Domaine Terre des Chardons, Domaine David Duband, Domaine Chandon de Briailles, Clos d'Espinous, Domaine Amagat, Domaine du Cros, Clos de l'Anhel, Domaine Pierre André, Domaine de la Pépière, Domaine Benjamin Taillandier, Domaine des Hautes Terres, Clos des Vignes du Maynes, Domaine de Tabatau, Domaine Jacques Puffeney, Château La Colombière, Domaine Plageoles, Domaine De Mena, Domaine Schaetzel, Château La Rame, France Gonzalvez, Mas de la Séranne ...

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CINSAULT(veur) #16 : Ze cinsault


Ce dimanche matin, en lisant sur son blog collectif des 5 du vin le billet hebdomadaire de Michel Smith, j'apprenais que cette ultime salve carignanesque serait sa dernière. L'occasion pour moi de le remercier pour son travail et sa passion communicative le liant à vie avec ce fabuleux cépage qu'est le carignan. C'est aussi grâce à lui que je débutais, il y a peu, cette rubrique dédiée au cinsault, autre raisin régional faisant le régal de mes papilles.  Alors bravo Michel et à la tienne !
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Le vendredi soir est souvent l'occasion d'aller tailler la bavette avec mon caviste. Peu après avoir lâché mon quotidien, me retrouver dans cette antichambre des plaisirs épicuriens doit sûrement me faire du bien. 

Bref, cette fois-ci, une dégustation s'annonçant, Cyril, le tenancier du repère, me proposait de rester un peu afin de l'aider à mettre en route cette soirée destinée à la découverte de quelques vins des Terrasses du Larzac. Bouchons qui sautent, blabla de comptoir, puis évidemment, on goûte.

Et au milieu de cette belle sélection d'étiquettes locales, un cinsault, comme une petite mise en bouche, un jus câlin fait pour éveiller les papilles. Nous voici au pied du plateau du Larzac, à 350 mètres d'altitude, sans oxygène, mais un bon ballon de rouge à la main. Bienvenue au Domaine du Pas de l'Escalette, chez Julien Zernott et Delphine Rousseau.
"Il y a quelques années, après la longue traversée du plateau du Larzac, la route déclinait, traversait rapidement un amas rocheux et débouchait en corniche sur le gouffre creusé du Pas de l'Escalette. Mais il y a plusieurs siècles, descendre du plateau, pour gagner la vallée de la Lergue en direction de Lodève, n'était possible que par des échelles placées sur la roche, la hauteur des falaises environnantes ne permettait pas d'autres passages. Ce qui à donné le nom de Pas de l'Escalette."
Voilà, le décor est planté, un coup de tire-bouchon dans ce Ze Cinsault 2013 et on y plonge.
Le vin est fluide, arborant une robe framboise à la teinte douce et claire. Le nez discret se livre peu à peu, libérant des notes de pétales de rose ou de baies rouges. Clairement avenant, on se laisse apprivoiser par l'évidence de ce jus dont on se badigeonne maintenant les papilles. Souple, vif et fringant, ce cinsault porte à merveille son petit panier de framboises. On a juste envie de se resservir et tant pis si le léger manque d'allonge semble écourter un peu cette promenade très printanière... 

Au milieu des 15 hectares du domaine, il est agréable de savoir qu'une place toute particulière est réservée au cinsault. Notre pinot du sud possède des traits si particuliers qu'il est aujourd'hui important de lui trouver sa propre place sur les étals de nos cavistes. Et quoi de mieux que la fraicheur des terroirs d'altitude du Pas de l'Escalette pour découvrir l'élégance simple et digeste de ce cépage que l'on se plait à boire ? 

Alors, au milieu de ces murs de pierres sèches semblant dompter les pentes locales, sachez qu'un peu de bonheur immédiat attend votre verre. "Du beau, du bio, du bon cinsault !" crierait le camelot, "J'ai soif !" avouera simplement le buveur au bras tendu vers le goulot...

 

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CINSAULT(veur) à la carte...

Carte des cuvées de cinsault dégustées sur le blog :
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Pour panser un bleu, aussi gros soit-il, rien ne vaut le blanc et le rouge...

Je n'ai pas les mots, je ne sais pas vraiment quoi dire. Dans ces cas là, on peut aussi simplement se la fermer, mais vous excuserez mon égoïsme, écrire me fait du bien. Cela fait maintenant cinq jours que je tente, mais il faut bien que je le reconnaisse, difficile de tapoter mon clavier en y trouvant un semblant de légitimité quand le silence sied si bien à ce genre d'instants...

Malgré tout, un mot tourne en boucle au dessus de cette inspiration en panne : VIVRE.

Cinq lettres qui, malgré la tristesse ou la peur, ont à raison bousculé la torpeur dans laquelle je ne voulais sombrer. Voyant au travers de cette heure bleue la nuit fondre sur nos esprits, le marchand de sable s'empressait alors peut-être de saupoudrer d'un peu de concupiscence cette joie de vivre soudain en proie au doute.

Continuité vivace, aujourd'hui simplement plus lourde de sens ? Toujours est-il que j'ai passé une bonne partie de ce week-end à trimbaler ma carcasse avec plus d'instinct que de discernement. Ce midi, je me retourne enfin, et ne sachant que dire, j'observe cette parenthèse folle dont personne ne sait si elle se refermera un jour. Alors me détachant un peu de cet affect devenu si personnel, dans un style plus ou moins bancal, j'imagine ce que ce quotidien matériel qui nous surveille du coin de l’œil, témoin trônant ici ou là, a pu penser de tout ça.

Récit à trois voix d'un week-end à vous laisser sans la vôtre...
 
- Vendredi 13 novembre 2015 - 
 
Gérard* (Canapé 3 places légèrement impotent, râleur mais confortable, malheureusement en passe de rejoindre la déchetterie)

"Putain mais ça n'en finira jamais ! D'habitude le vendredi c'est aussi repos pour moi. Le proprio picole avec ses potes autour de la table et moi je me refais la cerise... Pourquoi il trainasse devant la téloche comme ça ? Et puis, 1h du mat', c'est pas une heure pour se coucher quand on se décrocher la mâchoire, les yeux mi-clos, comme le chat de la baraque !
Doit y avoir un truc, c'est pas possible. Normalement ça s'anime, ça jacasse à en rendre inefficace un tube d'aspirine, et là, on a l'impression que même son cul il n'arrive pas à le tenir un peu droit. , coco, je vais pas supporter tes quatre-vingt dix plombes toute la nuit, moi ! Et puis ce silence... J'veux bien qu'il y ait le gamin qui dorme en haut (et apparemment, c'est pas plus mal) mais faudrait penser à se bouger un peu, demain tu dois l'amener au stade pour qu'il puisse plaquer quelques taupes avec ses copains."




- Samedi 14 novembre 2015 -
Claudine* et Patricia* (Paire de Caterpillar coquées, 18 ans d'âge, qui ne sent malheureusement pas le whisky écossais.)

"Qu'est-ce qui se passe ? Ça doit faire presque deux ans qu'il ne nous a pas bougé la couenne. Mais pourquoi il se barre avec nous aux pieds ? Il est barjot ? Il a pas entendu ? Même on fond du placard à godasses on est au courant ! Il part à un concert... un concert de métal... ce samedi soir... en ville ! Même lui, il dit qu'il n'est pas rassuré ! Nous, évidemment c'est pas l'envie d'y aller qui nous manque, mais quand même
Je ne sais pas si c'est l'âge qui nous appelle à la raison, mais ce serait pas mal que nos embardés nocturnes se limitent à quelques excités qui puent la sueur venant nous graisser l'empeigne ! Enfin bon, là, je crois que de toute façon c'est plus la peine d'insister, on arrive. Putain, je suis toute excitée ! Et puis on va bien croiser quelques unes de ces merdes en plastique qui se trémoussent en te dévisageant, ces insolentes se feront peut-être même un plaisir de compter nos rides. Mais on leur montrera que le nubuck ou le skaï, c'est pas fait pour ça ! J'en ai déjà le cuir tout retourné...

 
♪♫♪♫ ♪♫♪♫ Knowledge is Power - Mass Hysteria ♪♫♪♫ ♪♫♪♫


Que c'est bon ! Cela aurait été franchement con de rater ça ! Du partage, des guitares, des mots et la puissance des gens, je me sens aussi jeune et souple qu'une paire de Pataugas dans les 90's !"


- Dimanche 15 novembre 2015 -
Michel* (Tire-bouchon en bois d'amourette, made in Laguiole, efficace mais un peu pédant sur les bords. Surnommé Montebourg dans le tiroir à couverts.)

"Mais qu'est-ce qu'il fout ce con ? On est dimanche et il n'a toujours pas ouvert le tiroir pour venir me chercher ! Non, mais sans déconner, je comprends qu'il ait un peu la nausée, mais bordel, faut continuer à vivre. Attendez... Oui, c'est bien le four qui se remet en marche... J'me disais bien que ça sentait la couenne et le haricot hier soir ! Un bon cassoulet ! Enfin, va y avoir du monde à la maison, ça sent la reprise des affaires cette histoire. Allez, vas-y ! Tu dois le faire ! J'ai pas envie de rouiller dans un coin, moi...

Voilà... Ce n'était pas si difficile ! Et revoilà les sourires, les coudes qui se lèvent, les fourchettes qui s'agitent. Faut pas nous faire des frayeurs de ce genre mon bon monsieur, vous n'étiez pas au courant ? 

Pour panser un bleu, aussi gros soit-il, rien ne vaut le blanc et le rouge...  

Allez, Monsieur le Directeur ! Profite, demain y a école, et ce sera une autre paire de manche..."


David Farge "ABISTODENAS"


* Les noms des personnages ont été volontairement changés afin de respecter leur anonymat.

** L'image utilisée pour illustrer ce billet est l’œuvre de Rémy Bousquet, un mec qui, en plus d'aimer le bon vinsait tenir un crayon...
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Fin de soirée...

La vingtaine enjouée, une fin de soirée enthousiaste, et là, l'heure qui nous ramène au bercail... Et pourtant, à cette époque (et parfois encore aujourd'hui) il en était toujours un pour évoquer l'idée de filer à l'anglaise vers de nouvelles aventures nocturnes, de faire de ce moment un instant volé à la raison. 

Cette complicité de fin de nuit, partagée à quelques uns, dans la douceur joviale d'une amitié baignée de fatigue, n'a pas de prix. C'est à ces heures là, dans un sérieux relatif mais toujours sincère, que se font les confidences, c'est aussi dans ces moments que l'on se plait à refaire le monde, ou plus simplement, à marcher des heures dans le silence réconfortant d'une amitié s'endurcissant à chaque pas. J'aime ces moments, ces instants : comme ces matinées, où dans le frisson d'une aube naissante, guidés par l'odeur, on court rejoindre l'angle de la rue pour essayer de négocier quelques fougasses encore brûlantes, alors que les traits tirés, le boulanger semble lui tout juste émerger de son pétrin.
Mais il est vrai que les années passant, les enfants dans les pattes, c'est moins la rue qui nous voit aujourd'hui titiller l'horloge de la déraison que les grandes tablées amicales. Aujourd'hui, ayant quitté le confort rudimentaire de mon 9 m² à la fac, il est vrai que je vire peut-être un peu plus pantouflard. Je n'ai pas encore de labrador, ni de couverture en pilou pour regarder la téloche, mais la cuisine, le salon et la salle à manger ont largement remplacés les bars, les quais de Garonne ou les pissotières improvisées. Il n'empêche que l'envie de jouer les prolongations à l'heure du café ou de la tisane reste la même...

Je ne m'étendrai pas ici sur les discussions infinies qui alimentent ces fins de soirées, mais comme un feu de cheminée qu'on ne souhaite voir s'éteindre, l'amitié possède bien ce don de suspendre le temps et la fatigue au profit d'une chaleur toujours bienvenue.
Mais trêve de blabla, venons-en aux faits.

Les réjouissances du verres et de l'assiette font partie intégrante du folklore animé de ces soirées entre potes. Indissociables d'un certain savoir vivre, elles sont d'autant plus importantes qu'elles continuent de nous accompagner après ce premier au revoir qu'est le moment où l'on se lève de table.
Il est donc important de faire ça bien. Que cet after soit à la hauteur des repas que l'on sait proposer. À ce petit jeu, c'est souvent la petite prune du grand-père ou l'armagnac du copain Patrick qui rafle la mise. Je n'ai rien contre les reliques familiales, mais elles ne sont malheureusement rarement à la hauteurs de nos envies, baignant nos papilles d'une empreinte plus affective que goûteuse.
Je vous parle de ça, car dernièrement, j'ai pris deux énormes claques gustatives en profitant de ces extras légèrement embrumées dont je vous rabats les oreilles depuis quelques lignes. 

La première ?

Un vrai revers long de ligne en provenance directe de la Côte Vermeille. Un rancio du Domaine Vial Magnères, cuvée André Magnères 1995, dont le grenache joue à merveille les premiers violons dans une partition de haute volée. On est certes loin de la concentration de la mythique cuvée Al Tragou, mais l'équilibre de ce flacon ne s'en trouve que plus agréable. Un vin d'une allonge exceptionnelle ayant eu le temps de camoufler discrètement des sucres élégants. Un tapis d'épices, l'amande ou la noisette d'un pralin, des fruits mûrs mais jamais étouffants, une once de caramel, viennent noyer des papilles en effusion. La bouche s'apparente à un grand discours, long, posé et d'une rare intensité, restant néanmoins extrêmement digeste. Ce banyuls, on pourrait le ramener à table et reposer les coudes autour d'une gourmandise sucrée, mais le plus bel accord reste à mon humble avis la compagnie de quelques amis, à une heure avancée de la nuit, un disque un brin jazzy déroulant sa mélancolie à voie basse.
Puis, comme à chaque fois, la question se pose : Devons nous passer aux choses sérieuses ? Attaquer le versant bien plus pentu de ces quelques bouteilles fumées cachées derrière la porte du bar familial. Plus abrupt que celui de la cave, il abrite pourtant parfois quelques réjouissances à l'accessibilité déconcertante. 

Preuve en est, ce rhum de la distillerie Uitvlught, branche noble, comme ces consœurs (Port Mourant, Versailles, Enmore et Albion) des établissements Demerara. Élevé 18 ans sous la chaleur tropicale de la Guyane britannique, ce monstre titrant 57,8° parait pourtant d'une évidence déconcertante. Un fois dans son verre dédié, le nez nous embarquement littéralement : bois noble, banane et figues séchées, caramel discret, moka, réglisse et notes pâtissières résonnent à tue-tête. En bouche, c'est tout d'abord le volume qui impressionne, un toucher gras et dense mais proposant une allonge finalement assez fraîche : entre le boisé subtil et élégant qui marque la finale, une trace d'orange amère assouplie le tout, un peu de résine et une impression miellée finissent le job. Putain que c'est bon ! Seulement 1124 bouteilles produites à partir de 4 fûts dont l'évaporation frôle les 80%, ce qui rend cette cuvée exceptionnelle, et malheureusement, aujourd'hui quasiment épuisée...
Il est des fatigues bien meilleures que d'autres, et celle de ces nuits sans fin, où seuls les mots marquent les secondes, n'a rien à craindre à l'heure d'affronter les regards expiatoires qu'offrent parfois certains lendemains. Et comme l'on accompagne d'un verre chaque grand repas, il faut savoir parfois, comme on choisit un disque, accorder la partition liquide de ses ralentis nocturnes en s'acoquinant de ses indispensables jus de mémoire. Ce fut chose faite, et nous recommencerons...

David Farge "ABISTODENAS"
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Introducing VDV #80 : Du vin de tout poil !

Chers amis vendredistes, c'est avec grand plaisir qu'en ce début de mois de novembre je reprends du service pour notre rendez-vous mensuel des Vendredis du Vin... Ces derniers temps, mon engagement à vos côtés ne fut pas des plus réguliers et je m'en excuse. C'est pourquoi je profite de l'occasion qui m'est donnée de présider à nouveau aux destinées de notre groupe pour venir titiller claviers et papilles avec un nouveau thème aussi vaste qu'intime : le poil !
Oui, après avoir fait l'apologie du gras l'an dernier, voici que nous allons remonter un peu plus encore les couches de l'épiderme pour finir à fleur de peau. Sandrine nous avait mise sur les rails avec son thème de septembre, à moi maintenant de conclure à vos côtés ce triptyque charnel dédié au vin.

Votre mission, si vous l'acceptez, sera donc de lier le destin de cette pilosité, soudain au centre de nos préoccupations bachiques, au vin qui nourrit chaque jour un peu plus notre passion commune. 
Venez donc partager avec nous cette émotion liquide qui vous aura simplement fait frissonner la couenne, ce canon qui vous aura défrisé les poils du c..., ou encore, cette expression poilue qui colle si bien votre histoire. 

Bref, le poil se veut universel, à vous le décliner à toutes les sauces... Alors, laissez tomber un temps le rasoir ou la cire chaude, et que poussent sur le web : débats enflammés cherchant le plus souvent des poils sur les œufs, accords au poil et autres calembours capillotractés à l'hygiène douteuse...
Bienvenue dans ce nouvel épisode des Vendredis du Vin, un nouveau numéro qui permettra, je l'espère, de redonner un peu de poil de la bête à ce groupe d'épicuriens qui a encore tant de choses à partager. Et maintenant, à vos claviers ! Et rendez-vous le 27 novembre prochain pour une mise à nu de nos états d'âmes pileux sur fond de mélodies liquides...
Comment participer ?
- Annoncez le thème des Vendredis Du Vin dans votre article.
- Faites un lien vers le blog du président du mois et le blog des Vendredis du Vin.
- Publier votre participation sur votre blog, sur la page Facebook des Vendredis du Vin et sur celle de l'événement.
 
Si vous n’avez pas de blog, vous pouvez m’envoyer vos textes et photos par mail (abistodenas31@gmail.com) ou poster votre participation en commentaire ici. 
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Salon des vins : solution ou dédale sans fin ?

Plusieurs fois j'ai eu l'occasion de râler sur ce blog à propos du manque de manifestations viniques qualitatives dans notre belle ville rose. En effet, les événements se font rares, et pour le pékin moyen, sans quelques galons liquides attribués par le milieu, il est pratiquement impossible de pousser les quelques portes discrètes permettant de se dégourdir les papilles. Bémol de circonstance, quand il s'agit de partir en quête de quelques canons, il est malgré tout incontestable que l'offre dispensée par les cavistes toulousains est d'une grande qualité. Mais comme chacun le sait, le gros des ventes de vin ne se joue pas dans ces quelques réduits toulousains affublés d'une enseigne, aussi belle soit-elle. 
Alors, pour contrer une grande distribution qui quand elle ne tente pas d'arnaquer le client, le délaisse sans aucun scrupule face à des rayonnages aussi pauvres qu’inintéressants, que peut-on faire ? Comment ne pas se prendre le mur à l'heure de l'apéro ou de passer à table, quand simplement, on veut pouvoir boire ce que l'on aime ?
Une des solutions, et non des moindres, est d'instaurer le dialogue avec les consommateurs. Et si le caviste se voit à tort affublé d'une image bien trop élitiste, le vigneron lui, jouit encore d'une bonne réputation. Alors je dis "Banco, on vend la caravane !", il faut que buveurs et vignerons tapent la causette et peut-être qu'on se sortira alors un peu le cul des ronces... En ça, les salons c'est le top. 

Malheureusement, et comme partout, il y a le bon chasseur salon* et le mauvais chasseur salon. Et si l'on veut partir en quête du petit producteur qualitatif, il va de soi que les manifestations dont le ticket d'entrée pour le vigneron s'apparente plus à un délestage de diligence façon western qu'à un simple prélèvement lié aux coûts d'organisation, le butin risque de se révéler bien maigre. 

Difficile en effet pour le néophyte qui aime bien se siffler un bon canon de temps en temps de savoir à quels stands s'arrêter. Face à toutes ces guitounes qui peu ou prou ont la même gueule, il est compliqué de se décider : entre ceux qui affichent leurs médailles en chocolats comme des vétérans leurs distinctions chaque 14 juillet, ceux qui mettent en avant une tripotée de labels plus ou moins bio-quelque-chose et ceux qui décorent leur stand comme un arbre de Noël, la migraine est souvent de rigueur.
Le Salon des Vins de Toulouse est de cette même veine, malgré tout, cette année, après ma visite, j'ai décidé d'être un peu plus positif. Certes je ne resterai pas aveugle face aux faux stands de produits du terroir proposant du fromage à 45 euros le kilo ou des saucissons aux arômes les plus fous**. Et même si, niveau vin, la dilution avait aussi fait son œuvre, il était tout de même possible de se faire un sacré gueuleton bien arrosé avec les quelques pépites présentes sur le salon. 

En route donc pour un entrée/plat/dessert accompagnés, vous l'aurez compris, de quelques jus triés sur le volet qui ne manqueront pas de vous ravir le gosier ou de vous faire gonfler la cave...

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Apéro

Arrivé sur la salon, je souhaitais un peu me dégourdir les papilles avec une bulle champenoise... Comme il n'est jamais évident de trouver chez son caviste un bon champagne pas trop cher***, ces chers vignerons ayant un sens des affaires un peu à part****, les salons sont parfois l'occasion de découvrir quelques producteurs corrects pouvant vous refourguer quelques munitions au cul du camion. Ce fut le cas avec ce blanc de blanc du Domaine Waris et filles. Loin des champ' surdosés qui utilisent le sucre comme camouflage, ce chardonnay bien équilibré soigne son allure avec une certaine élégance. Une bulle fraiche, digeste, n'oubliant pas le vin qu'elle trimballe au fond de chaque verre. Une découverte inattendue que l'on peut dégoter pour une quinzaine d'euros et qui mettra à l'aise les palais les plus exigeants dès l'heure de l'apéro.
Entrée

Après cette efficace entrée en matière, rien de tel que filer déguster quelques blancs bien tendus qui viendront s'acoquiner rapidement des coquillages et crustacés que l'hiver mène avec gourmandise vers nos tablées. Féru de riesling, le stand immanquable de ce salon était à coup sûr celui du Domaine Binner. Un domaine qui bosse au naturel et qui sut nous dispenser une vrai leçon de plaisir en bouteille lors de la dégustation d'une partie de sa gamme (assez importante comme chez tout alsacien qui se respecte) présentée ce jour là*****. Mention spéciale, évidemment, pour ses riesling toniques et non sans profondeur qui feront merveille à table... 
Avant d'envoyer les gigots et les saucisses, je ne puis oublier cet OVNI dégusté quelques minutes après chez un confrère de Montpeyroux, héraultais un peu fou ayant planté lui aussi du riesling sur une parcelle de son domaine. Un riesling (cuvée Canta) certes bien camouflé dans le verre mais d'une vivacité et d'une pétulance à faire pâlir un alsacien... Il s'agit du boulot de Pascal et Christiane Dalier au Domaine du Joncas. Une belle découverte qui s'ajoute à la cuvée Alba, un pur grenache gris au fruit et à la bouche d'une pureté éclatants !
Plat

Après avoir mis les blancs à l'honneur, passons un peu au côté sanguin de nos assiettes et partons en quête de quelques munitions pour les accompagner. Louvoyant toujours dans les allées du salon, je m'arrêtais ainsi passer le bonjour à Manu du Domaine Troteligotte à Cahors. Un passage qui me permettra de goûter au dernier millésime de sa cuvée sans soufre, K-pot' 2015. Un parfait jus de comptoir permettant de se remettre en selle à gros gorgeons de malbec fruité, avant d'attaquer un K2 (parcellaire de malbec élevé en jarre de terre cuite) encore bien jeune, mais très prometteur. 
La côte de bœuf ayant trouvé son cavalier, je me tournais maintenant vers le reste de la basse-cour et en particulier de sa volière pour continuer à soigner mes papilles... Rapidement je tombais sur les vins de Guilhem Barré et en particulier sur sa Dentelle, cuvée qui a su s'affiner avec élégance au fil des millésimes pour parader à présent dans une robe sombre cousue de fil de soie. Une cuvée faisant triompher la syrah sur fond de merlot, au cœur de ce terroir schizophrène ne sachant choisir entre son héritage océanique et sa toute aussi évidente filiation méditerranéenne. 2013 et 2014 dans le verre, difficile de départager la structure épicée d'un ainé aux subtils accents poivrés et la fluidité évidente du petit dernier laissant s'exprimer le fruit sauvage et glissant de ce cépage que j'aime tant.
Plus classique mais non sans charme, je me délectais ensuite de cette Orée 2011 du Clos des Nines aux accents fumés et légèrement cacaotés qui siéent si bien au grenache quand celui-ci garde un soupçon de fraîcheur. Derrière une gamme élégante et pleine de cohérence, on redécouvrait alors que l'hégémonie tapageuse du fruit devait aussi se nourrir de la subtilité de ces tapis d'épices aux nuances infinies pour ajouter un peu de profondeur à l'évidence joviale du raisin que l'on aime à croquer.
Fromage

Il vous reste surement un creux pour un morceau de fromage... De tout façon avec ce que l'on vient de s'enfiler il faut se rincer un peu le gosier. C'est le moment choisi pour filer vers la Loire et rejoindre le Domaine Richou où le chenin règne en maître. Et de m'imaginer rapidement, un bout de biquette posé sur du bon pain, avec un verre de ces Rogeries, chenin câlinant le granit avant de rejoindre les pentes abruptes d'un gosier qui n'en demandait pas temps. Un vin vif, expressif, bien en place et d'une belle d'allonge, il rappelle que les terroirs angevins sont de vrais pépites pour y sacrifier quelques luxuriants plateaux de fromages. En plus le reste de leur production est hautement recommandable, alors que demander de plus...
Dessert

Soyons fou, aujourd'hui ce sera fromage et dessert ! Pour faire un peu léger on se coupera simplement quelques fruits en salade : pommes, poires, kiwis ou oranges sont de saison, profitons-en... Et pour donner le change, quoi de mieux qu'un petit détour par Jurançon pour y découvrir les grands vins du Clos Thou ? Des sucre alertes, plein d'entrain et dont l'exubérance de l'aromatique n'a d'égal que la fraîcheur d'une bouche n'en finissant plus de nous faire voyager. Une très très belle expression des gros et petit manseng...
Le ventre bien plein, un vinyle reprenant quelques standards jazzy tourne sur la platine du salon. Les discussions sont apaisées, tout comme les appétits... Pour autant, on aimerait que ses instants durent encore un peu, c'est pourquoi il semble préférable que vous preniez le temps de gouter une dernière fois à la classe alsacienne de Mister Binner et notamment de son pinot en vendanges tardives. Une excentricité bien sérieuse et un régal pour prolonger les instants sucrés de fin de repas...
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Il est de bon ton de savoir parfois tempérer son propos quand tant de plaisir tombe à portée de main. Alors certes tout est loin d'être parfait au cœur de cette grand messe annuelle populaire du vin à Toulouse, mais si de telles réjouissances peuvent venir à combler les plaisirs bachiques du plus grand nombre, il serait regrettable de ne pas le dire. La critique est facile, ce salon a le mérite d'exister, à tous ceux qui y participent de le faire vivre, les vignerons qui vous y attendent le méritent.
Montage créé avec bloggif
* Une pensée pour les chanceux qui iront traîner leur verre jusqu'au salon Rue89 de Lyon !

** Ça vous tente un saucisson à la mirabelle ou au maroilles, à moins que vous ne préfériez un salami à la truffe noire ? Le tout, made in Sud-Ouest, évidemment...
 
*** J'aime le champagne, j'aime beaucoup le champagne, mais il est aussi aisé de comprendre qu'aligner 30 ou 40 euros à chaque bouchon qui saute, même si on aimerait bien, est un peu difficile pour bien des personnes... Surtout qu'une bulle champenoise ne coûte pas plus cher à produire qu'une blanquette ou un crémant local.
**** L'immense majorité des vignerons champenois ne pratique pas de vrai tarif caviste, c'est à dire qu'un vin qui coûterait par exemple 15 euros au domaine se retrouverait au alentours d'une vingtaine d'euros, voir plus, chez un caviste pourtant honnête. En privilégiant la vente en direct, il devient dès lors difficile pour les cavistes de proposer des champagnes de petits producteurs à des prix convenables.  

***** Merci à Julie pour son accueil... J'ai oublié de la prendre en photo, elle ne pourra donc pas rejoindre le diaporama final, désolé !
reade more... Résuméabuiyad