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CINSAULT(veur) #22 : Aller plus haut...

Tina Arena a dit :
"Pour aller plus haut, aller plus haut
Où l'on oublie ses souvenirs
Aller plus haut, aller plus haut
Se rapprocher de l'avenir…
"
Oui, j'adore la poésie, les grands auteurs, tout ça... Bref. Ces quelques vers aussi profonds que visionnaires m'amènent de fait à notre sujet du jour : l'arrivée d'un noble dans notre collection made in cinsault.

Et quand on parle cinsault, il est incontournable pour moi d'évoquer Xavier Braujou. Il est le premier à m'avoir mis le pied à l'étrier. Sur divers millésimes, le vigneron de Saint-Jean-de-Fos et sa cuvée Pradel* m'avaient littéralement conquis, faisant de son "pinot du sud" un incontournable de ma cave. 
Un cépage qui allait prendre une nouvelle dimension avec l'arrivée d'une cuvée encore plus aboutie : Les Hauts de Carol's

Les Hauts de Carol's c'est avant tout un terroir. Une terre calcaire plantée de cinsault plus que cinquantenaires dont le profil aromatique diffère un tantinet de son cadet, Le Pradel. Ici, outre les 24 mois d'élevage permettant au vin de s'affiner avec l'élégance d'une Andie MacDowell en tenue de gala, l'esprit floral de cette version plus bourguignonne que jamais ajoute au charme délicat de cette cuvée. 
Là où Le Pradel développe en premier lieu ses notes de fruits rouges d'une gourmandise aussi efficace qu'un tube de Jean-Jacques Goldman, ces Hauts de Carol's version 2013 sont plus dans la subtilité. L'aromatique est plus jazzy, oscillant entre ces enivrantes effluves de rose si typique des grands cinsaults et une complexité notamment faite de notes d'agrumes et du mordant d'une framboise juste cueillie. En bouche, malgré un grain déjà très noble et une amplitude tout à fait respectable, on sent un jus encore un peu à l'étroit dans son flacon. Quelques années bénéficieront donc à cette bouteille de gastronomie déjà mythique... Mais d'ores et déjà, il est évident qu'on a affaire à un vrai grand vin du Languedoc ! 

Difficile d'aller plus haut, pensais-je après quelques verres de Pradel... L'avenir aura eu raison de ma présomptueuse sentence en déposant ces Hauts de Carol's sur la table de la cuisine. Tina Arena aurait donc raison..?

David Farge "ABISTODENAS"

* Comme le reste de sa gamme. Mention particulière à "l'Enclos" sa cuvée de mourvèdre...
 
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CINSAULT(veur) à la carte...

Carte des cuvées de cinsault dégustées sur le blog :

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Changer d'air...

Une des traditions que j'essaie d'entretenir à la fin de chaque année scolaire est de rendre visite à ma libraire pour trouver les chemins littéraires qui sillonneront mon été. La surprise venant nourrir la curiosité, je construis ainsi un parcours de lecture dont je ne connais jamais vraiment la direction. Et maltraitant ainsi les redondances d'une jeunesse éprouvée où je trouvais un réconfort évident à me replonger pour la énième fois au creux de ma collection de Tintin, je retrouve le désir.
Il en est de même du côté de mon tire-bouchon. Mais soumis au confort duveteux des habitudes, les verres, eux aussi, semblent en profiter pour jouer les fainéants. Tu as tes chouchous dans chaque région, tu râles un peu en maugréant que "c'était mieux avant que ce soit connu", et tu oublies, qu'à côté de ta petite personne, le monde du vin continue d'avancer, avec ces petits nouveaux et ces talents qui, le temps que tu te plaignes, sont passés à côté de toi sans que tu ne t'en aperçoives...
Alors parfois, il faut savoir changer d'air.

Trois jours avec le grand en terre briviste auront eu raison de cette légère apathie liquide. De passage chez le cousin et la cousine, tenanciers du restaurant Amédélys, et, depuis un peu plus d'un an, de la cave du Pic Vert, nous avons enchainé les travaux pratiques. Calés sur le rythme des pauses piscine, trottinette ou des éclats de rire des marmots heureux de se retrouver quelques jours, les ouvertures intempestives de ce week-end corrézien auront permis de faire quelques belles découvertes... 

Inventaire !
Partons d'abord pour la Loire, et plus précisément à Vouvray où Florent Cosme et son Coup de Fougue ont littéralement emporté la palme dominicale du « Putain, c'est sacrément bon ça !».
Un chenin aussi tendu qu'expressif. Le fruit, aussi pur qu'un Ricard de féria, est parfaitement équilibré par la vivacité mordante d'une bouche que n'aurait pas reniée un certain Mike Tyson. Parait que ça sera encore meilleur dans quelques temps. Mais ça va être dur d'attendre. Vraiment un domaine à suivre de près...
Toujours sur cette inépuisable terre ligérienne, à l'heure où la spéculation galopante autour du Clos Rougeard nous fait maintenant délaisser à regrets les vins de la famille Foucault, il est aujourd'hui de bon ton de lever un peu le nez du guidon pour apprécier ces nombreux autres visages qui font le saumurois. Si j'avais notamment déjà été charmé par les vins d'Antoine Sanzay, le petit dernier à m'avoir tapé dans l’œil est Loïc Terquem. Proposant des cabernets d'une grande fraîcheur, La Folie Lucé n'oublie en aucun cas que la buvabilité n'empêche en rien de cultiver une certaine élégance. Un vin qui glisse comme une mob' débridée avec un gars en smoking derrière le guidon. Classe !
Côté bulles, je fis enfin la connaissance du talent champenois de la famille Charlot. Une rencontre qui prit la forme d'un pinot meunier non dosé du genre qui te bouscule le palais avec le tranchant d'un Opinel neuf tout en déposant l'équivalent d'un petit déjeuner complet sur tes papilles. Salade de fruits blancs légèrement citronnée, brioche et fruits secs : l'aromatique ne badine pas avec l'équilibre et la complexité. C'est jeune et pourtant déjà très très bon. Qui a dit que le meunier était un cépage d'assemblage ?  

J'aurais pu continuer avec le pinot de Pierre Clair, aussi sautillant qu'un ricochet sur la Saône, ou avec cette Grande Ourse de Pascal Chalon dont le velouté et l'agilité ne sont pas sans rappeler le mood d'une Lady Day sous les étoiles...

Mais je ne peux conclure sans prendre le temps de vous encourager à rendre vite à cette bande de passionnés qui font vivre ces deux lieux plein de bon glou... Deux adresses brivistes qui se font de l’œil, sur un même trottoir, côte à côte, vous rappelant au passage qu'un repas sans vin, c'est comme un tagada sans tsoin-tsoin. Passez voir Pierre au Pic-Vert, puis asseyez vous déguster la cuisine qualitative et gourmande d'Amédée et Lucie. En ce moment, y a de la côte de veau. Tout le monde aime la côte de veau. 

Voilà, les vacances maintenant dans le rétroviseur, il reste les allers-retours à la cave pour raviver un peu tous ces instants savoureux. Et, là, tout de suite, je repense à ma libraire, et je me dis qu'en matière de bons mots comme de bons vins, il est parfois nécessaire de changer d'air...

David Farge "ABISTODENAS"
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Le pomerol sans pull sur les épaules...

Au premier abord, j'ai bien cru faire une erreur...

Alors que depuis quelques jours je m'étais habitué à voir des chevaux galoper sur les plages, rassuré de constater que les mocassins supplantaient toujours les éternelles tongs du bord de mer, sillonnant les vignes en plein cœur de Pomerol, je fus pris d'un doute quand, arrivé à destination, je ne découvris ni carillon, ni héliport, ni châtelain méché, le pull noué sur les épaules. Non, au lieu de ça, une grande bâtisse faisant office de maison familiale avec vue sur quelques hectares de merlot, malbec et cabernet. 
Sur le plateau de Pomerol, si l'Histoire se prénomme Petrus, Lafleur ou l'Eglise-Clinet, le talent sait aussi s'affranchir du prestige de l'étiquette pour creuser son sillon jusque dans nos verres. En effet, si parler de ces grands noms bordelais fait plus appel au fantasme qu'à la mémoire gustative, problème de portefeuille oblige, s'aventurer sur les terres toutes aussi nobles du Château Gombaude-Guillot vous garantit de pouvoir accéder sans complexe à ce terroir de légende.
16 heures, vitre baissée, le Blufunk de Keziah Jones dans le poste, je joue les Pac-Man, avalant les quelques kilomètres qui séparent la loc' familiale d'une rencontre bien sympathique, attendue depuis longtemps.

Bienvenue chez Olivier et Marine, sixième génération à veiller sur ce petit bout de légende, avec le regard bienveillant de Claire et Dominique, un œil au dessus de l'épaule du fiston pour surveiller un peu tout ça. On va quand même pas faire confiance à un minot féru de bourre-pifs et de corde à sauter pour faire du pomerol, bordel ! 
Mais avant de descendre à la cave, il me faut ouvrir une petite parenthèse : Bordeaux et moi, nous vivons depuis longtemps une relation un peu compliquée. Accompagné de longues années par les œillères familiales n'orientant le tire-bouchon qu'en direction de cette Mecque girondine, mes papilles ont un jour fait leur apostasie. S'en suivit, comme dans toute rupture un brin difficile, une phase de rejet nourrie par ce nouvel élan libertaire qui mena mon verre au quatre coins de France et de Navarre. Mais ce genre de parcours initiatique porte toujours en lui une part de raison. Et c'est avec un réel enthousiasme que, ces dernières années, la région bordelaise reprit sa place sur les clayettes accueillantes de ma cave. Serrer la poigne du sieur Techer et goûter à nouveau aux joies du merlot sous influence océano-juppéiste était donc un réel plaisir pour moi...
Après un petit tour dans les vignes jouxtant le domaine, où au passage tu réalises que le voisinage possède encore une appréhension tenace envers l'herbe ou toute autre forme de vie pouvant chatouiller les chevilles, nous nous rendons à la cave pour goûter quelques jus en train de parfaire leur éducation : Pom'N'Roll 16, juteux à souhait, donne envie de s'attaquer à ses grands frères, quand Gombaude, patientant encore en cuves comme dans les jupes de sa mère, se voulait aussi dense et prometteur que timide. Dans la classe supérieure, les 15 attendent leur mise en bouteille... Pour se faire le palais, on débute par un essai de merlot sans soufre en œuf béton. Eh oui, les bordelais aussi ont le droit de se la jouer vigneron hipster tendance ! Mais bordel de cul, n'empêche que ça marche bien ces trucs. Un merlot aussi bavard qu'un Luchini un peu bourré et aussi souple qu'une gymnaste roumaine de la grande époque... On en remplirait bien sa gourde de pique-nique. 
Mais le vrai coup de cœur intervint un peu plus loin. Au creux d'une barrique Stoeckinger. Gombaude 2015, version Auguste, le petit d'un ami de la famille... Un jus taillé pour l'éternité et déjà prêt à se poser sur la table. Et si la pureté du fruit des vins de la famille Techer est évidente, le travail d'orfèvre qui se dessine ensuite au creux de chaque pièce de bois est aussi une part incontestable de la réussite de ces vins. Un travail de longue haleine qu'espère pouvoir perfectionner encore et encore Olivier et Marine. Toujours est-il qu'avec ce 2015, on tutoie déjà une noblesse évidente, sans oublier l'importance d'un raisin juste poudré à merveille pour la circonstance. Auguste a bien de la chance...
Autour de la plancha, après quelques bons mots échangés durant tout l'après-midi, c'est en famille que nous avons poursuivi les débats. Ici, on goûte un Satellite blanc dont le volume et l'équilibre aromatique redonnent l'allant et le pep's nécessaires pour oublier ces Entre-deux-Mers qui nous fatiguent si souvent, puis, après quelques OVNI de transition trimballés depuis le Lauragais, on touche à nouveau au joyau familial avec un Gombaude Guillot 2003 qui fait oublier avec classe cette année caniculaire où le fruit eut tant de mal à se faire une place, notamment dans le coin. 

Malheureusement, il commence à se fait tard pour les gamins. On a pu goûter. C'était très bon. Mais maintenant il va nous falloir boire, afin de raviver, entre autres, le souvenir de ce magnum de Gombaude Guillot 1999 ouvert en famille pour les fêtes et gentiment expédié pour l'occasion par le domaine. Quelques bouteilles sont à la cave, quelques cavistes toulousains ont décidé d'en faire de même et ils ont bien raison. Car oui, même sans pull sur les épaules, on sait ici aussi faire de grands vins. Et si dans l'imaginaire collectif, le bordelais se la joue plus Carlton que Will Smith, sachez qu'au cœur du plateau de Pomerol, avec modestie et non sans talent, on sait aussi mettre les gants et taper juste.


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