Pages

.

La glouglousphère en GIFs animés #6

Parce que parfois une image vaut bien plus que quelques mots. 

Parce qu'on n'est pas obligé d'être toujours sérieux quand on parle vin. 

Après un mot de janvier d'une lourdeur dramatique inégalée, voici peut-être le moment de décompresser un peu. Non pas que l'on ait oublié ce qu'il s'est passé, mais un peu de légèreté ne peut nuire à la santé, bien au contraire. 

Il en est d'ailleurs de même avec le vin...

Voici donc, servi sur un plateau, le 6ème épisode de la Glouglousphère en GIFs animés. 
Bonne dégustation !


_________________________________________________________

Quand tu commandes un bordeaux dans un bar à vin parisien.

Quand il reste 10 cl dans la bouteille.


Quand le marketing présente son nouveau spot publicitaire :
"Le rouge ? Le vin des vrais hommes..."
  
Quand un vin un peu trop "nature" te met une claque.


Quand tu dois obligatoirement t'organiser un peu avec tes cinq verres, 
après 3 heures de dégustation.



Quand tu laisses tes potes s'occuper de l'ultime bouteille de ton année de naissance.



Quand après quelques canons de chablis, 
l'expression "sucer du cailloux" prend tout son sens.

Quand les jours où tu craques, tu t'imagines vigneron en Champagne.


Quand on te demande si tu souhaites commander tes
 primeurs bordelais par 12 ou 24 bouteilles.


Quand tu passes voir les nouveautés chez ton caviste mais que tu n'as plus un rond.


Quand tu expliques à tes potes que le vin blanc c'est comme tout, 
faut pas que ce soit trop froid.



Quand tu pars chercher une bouteille à la cave, 
mais que celle que tu veux est tout en dessous de la pile.

Quand tu hésites un peu plus chaque jour à ouvrir les bouteilles achetées pour la naissance de tes enfants.

 
...

Et un petit bonus en prime !

...


 Quand tu croises Michel Smith en route pour une dégustation de carignan.



_______________________________

Et toujours, à voir ou à revoir :  






reade more... Résuméabuiyad

CINSAULT(veur) #10 : Le Marlon Brando du Languedoc.

Dans la frêle lumière d'une nuit bien avancée, se déhanchant lentement au creux d'une fumée trouble que les cigarettes entretenaient, bientôt, se dessine la silhouette de Jeff. La marmite fumante d'un bourguignon semble peser de tout son poids pour que les minutes de cet instant de partage épicurien deviennent des heures. Les ventres sont bien tendus, les esprits vagabondent de verre en verre, de bons mots en éclats de rire. Jeff vient de remonter de sa cave. 
Une bouteille prend place au milieu de cette joyeuse assemblée, le verre ciré et poussiéreux de ce nouveau partenaire laissant penser à un de ces vieux crooners en costume trois pièces délavé. Nous le saluons d'un regard, l'invitant à rejoindre l'ambiance embrumée de notre réunion aux faux airs de speakeasy dans lequel on étanchait sa soif du temps de la prohibition.
Mandaté par notre hôte vigneron du soir pour déboucher l'épilogue liquide de ce dîner (épilogue qui n'en fut évidemment pas un), je me penche donc sur l'étiquette maladroitement collée sur le flanc de ce flacon délavé par le temps. Trônant entre mes mains, un magnum de Copains 2003, expression ultime des cinsaults du domaine. Une bouteille rare, car avant 2013, cette cuvée concoctée il y a une décennie maintenant était la dernière du genre. Ainsi, les papilles alertes, le verre attendant patiemment qu'une constellation de petits éclats de cire libère un bouchon qui n'attendait que ça, je m'attèle ardemment à la tâche, avec toute la patience et la méticulosité qu'une fin de repas enlevée veut bien délivrer.
Qu'il doit être surprenant, après un tel repos, de se retrouver dans cette ambiance surréaliste de tripot surexcité, où les mises sont liquides, et les règles, celles du simple bavardage assourdissant. Malgré tout, le pas assuré, voilà que notre nouveau copain glisse maintenant au creux de nos verres...

La robe légèrement tuilée, arborant à s'y méprendre le grenat brillant d'un velours de casino, trahit sensiblement le poids des années nécessaire à l'apprentissage du jeu sans retenue. Là, où son cadet, tout juste débarqué sur scène, se montrait mordant et précipité, ce jus maintenant devenu adulte prend son temps. Il sort sa blague à tabac, laissant flotter l'odeur de quelques feuilles séchées au dessus du verre. L'expression aromatique est subtile, florale, mais exprime aussi un caractère bien trempé que la bouche s'empresse de révéler. Car derrière la légèreté du ton, c'est bien un propos sombre, sanguin, baigné de la fumée pensive d'un cigare qui s'étale aux quatre coins du palais. Une parole percutante, portant l'énergie et la vivacité d'un voyage initiatique d'une décennie, aujourd'hui achevé au creux de nos verres. Le fruit mordant des débuts n'a rien perdu de sa verve, il s'est juste étoffé d'un brin d'assurance, baignant nos papilles de la richesse d'une histoire ayant éclipsée le lointain clinquant d'une jeunesse encore mal assumée. 
Cette bouteille de Copains 2003, c'est finalement un peu du Marlon Brando dans le texte. Rebelle et incorruptible Emilano Zapata à ses débuts, fougueux révolté de la cause du peuple ; il finit, l'âge aidant, par s'installer au creux du respecté fauteuil de Parrain, imposant ainsi d'un simple regard, celui de Don Corleone, son évidente hégémonie.

Merci à toi Jeff pour ce beau moment de poésie liquide made in cinsault. Un flacon qui forge encore un peu plus l'idée noble que l'on peut se faire de ce cépage le plus souvent dévolu aux seconds rôles. 

Les grands vins comme les grands hommes ne naissent pas dans la grandeur, ils grandissent*, aurait peut-être pu extrapoler Mario Puzo. C'est en tout cas, pour moi, l'image véhiculée par cet admirable flacon. 

* La citation originale de Mario Puzo, dans son roman Le Parrain, étant : " Les grands hommes ne naissent pas dans la grandeur, ils grandissent.

_______________________________________________________________________ 

CINSAULT(veur) à la carte...

Carte des cuvées de cinsault dégustées sur le blog :

reade more... Résuméabuiyad

Le nouveau sextoy des buveurs homéopathes.

L'an dernier je vous parlais d'un principe haut combien rationnel pour juger de la qualité d'une bouteille ouverte : le principe de la bouteille vide. Mais les homéopathes de la dégustation, goûtant parfois du bout des lèvres afin d'épuiser des listings entiers d'un échantillonnage à valeur de cobayes de laboratoire ont aussi leurs stratégies comparatives pour statuer sur la valeur de tel ou tel breuvage.

Il n'y a encore pas si longtemps de ça, je vous aurais bien dit qu'entre les deux mon cœur balance. Mais depuis un certain temps, il est de plus en plus rare que les canons s'enchaînent comme une rafale de cacahuètes à l'heure de l'apéro. À défaut de déguster, il me reste le simple plaisir de boire... Vous savez, ce moment de partage et d'échange où l'analyse est remise à plus tard, où les flacons se parent aussi de l'humeur du moment, ces longues heures où le crissement du crayon prenant des notes laisse place aux rires et aux éclats de voix parasitant tout semblant d'analyse objective. 

Et alors ?
Résolution insoupçonnée de ce début d'année ou simple expérience sur le chemin de nos pérégrinations liquides ? Toujours est-il qu'il y a quelques temps de ça, v'là t'y pas qu'une idée saugrenue est venue titiller le cortex cérébral de notre hôte du jour. Chamboulé par des velléités d'ouvertures intempestives, il voulait baigner d'un flot d'affection liquide, une assemblée tout à coup sensible au risque de noyade. 

Peur de ne pouvoir étancher tout le stock prévu pour l'occasion, ou simple prise de conscience de notre décadence à venir, toujours est-il que j'ai alors fait la connaissance de Mister Coravin, dans le rôle du brassard pour apprenti nageur ...

Espèce de kit chirurgical pour péridurale, mais dans sa version dédiée au vin, Coravin est censé permettre la déraison du nombre pour nourrir la curiosité des adeptes de la Dive bouteille. Une aiguille venant plonger dans l'intimité d'un bouchon de liège pour en déloger quelques centilitres, vite remplacés par quelques bouffées d'argon, voilà le principe.
L'idée est louable, certes. Mais pour le buveur d'histoire que je suis, difficile de me voir couper l'herbe sous le pied. Déjà tout petit, à l'heure du marchand de sable, je n'aimais pas que les aventures qui m'étaient contées au bord du lit prennent fin sur ma table de nuit, le destin de leur héros suspendu à quelques tours de cadran supplémentaires.

Et puis ce vin, limité dans son propos, aurait sûrement aimé ne pas avoir à s'arrêter au préambule de son récit d'un soir. Surtout que cette extraction forcée n'est à mon humble avis en rien une parenthèse dans le temps compté du flacon ainsi ponctionné. En effet, n'étant pas adepte des démarches zététiques en tous genres, je ne m'avancerai pas sur la capacité donnée à l'argon de permettre au vin de continuer à évoluer, comme si de rien n'était, car mon expérience ne corrobore pas les affirmations de la marque... Désolé. Au mieux l'argon semble bloquer l'évolution, au pire un peu d'air se joint à la fête et le compte à rebours de l'évier s'en trouve lancé pour la bouteille innocente ayant fait don d'une part de son message. Dernière en date, une bouteille de Cornas de Matthieu Barret ouverte quelques trois semaines auparavant, était en train d'écrire ses mémoires quand elle fut débouchée pour de bon, après, pourtant, une splendide parade initiale. 

Et devinez comment les autres bouteilles entamées ont fini ? Dans les bras des invités d'un soir, pour une ouverture programmée dans les jours qui suivirent. On ne s'improvise pas rat de laboratoire quand on est un épicurien dans l'âme. Déjà que mon quotidien de prof, une fois le cartable ouvert, me mène à évaluer, juger, synthétiser, expliciter, reformuler, diagnostiquer, remédier... vous excuserez se relent passager d'égocentrisme mal placé, mais je n'ai aucune envie de jouer les analystes peine-à-jouir, une fois le verre plein et le capuchon du bic refermé. 

La curiosité n'est point un vilain défaut, je vous l'accorde, mais la frilosité n'en est elle pas un quand il s'agit de laisser un bijou se perdre entre deux eaux ? Boire ou ne pas boire ? Attendre ou ne pas attendre ? Pendant que certains jouent entre les lignes, je garde le cap et assume : le vin ne vit pas pour se faire chaparder, mais bien pour s'épandre de tout son corps dans les limbes d'une ivresse débonnaire.

Le prix de l'impatience et de la curiosité ? 300 euros (plus le coût des cartouches)... Alors si je peux comprendre le désir de se voir petite souris l'instant d'un carottage, désolé, mais pour le coup, personnellement, je passe mon tour */**.

* Sinon, vous avez toujours la possibilité de tenter la version DIY. Un kit de péridurale, un peu de jugeote et vous voilà un parfait petit laborantin... 

** Vous aurez bien compris qu'il s'agit là de l'avis subjectif d'un amateur... Et, il se pourrait bien que cette machinerie sans charme puisse tout de même avoir son utilité dans le quotidien de quelques professionnels. Si vous avez votre avis, n'hésitez pas à le partager. Je suis curieux de savoir ce que vous en pensez. 

David Farge "ABISTODENAS"
reade more... Résuméabuiyad

Trinquons, buvons, éduquons...

Quelques mots livrés à chaud, puis le silence, la réflexion et enfin l'espoir traînant dans son ombre les regrettables désillusions de demain. « Sait-on jamais ?! » se hasarde mon optimisme tout à coup chancelant. Oui, sait-on jamais... 

Et en attendant ?

En attendant, je reprends le chemin de mon école, avec l'impression forte que quelque chose de plus important que jamais se déroule chaque jour, derrière chaque pupitre baigné par l'odeur réconfortante des marqueurs à tableau, des livres plus tout à fait neufs ou, plus encore, de l'encre encore fraîche glissant tendrement entre les interlignes trop stricts des cahiers d'écolier. Mais aussi, que derrière ces événements, se tapit maladroitement la responsabilité d'une société qui n'a pas su quoi faire des canons silencieux de la culture et de l'éducation armant pourtant si puissamment l'école.
Je n'en parle pas souvent, mais mon quotidien se nourrit bien plus des sourires enfantins que des petits bonheurs liquides endimanchant les week-ends ou les soirs pleins d'embonpoint affectif. Le vin comme une pincée de sel, ou de poivre, venant agrémenter un peu le sérieux de ces journées en manque de futilités récréatives. Le vin, comme la lecture, la cuisine, la musique... Ces choses que l'on ne fait que quand on a le temps, mais dont on ignore finalement l'importance quasi essentielle : l'engraissage culturel des esprits débouche évidemment sur l'éveil des consciences. À force de prioriser le matériel, l'individualisme, de vivre son quotidien sur le simple versant infantilisant du tout affectif, on en oublie rapidement le sérieux et l'importance de choses aussi simples que la déconnade, l'impertinence ou la jouissance partagées.
Et derrière ces écrans de fumée où la pseudo-responsabilisation du bon peuple ne consiste en fait qu'à une sombre résolution visant à faire baisser les regards, la vraie vie, celles des jouisseurs d'instant, se doit pourtant de coexister : avec ces moments de frivolité, ces anecdotes du bonheur et toutes ces petites choses qui du haut de leur solennelle légèreté font aussi battre les cœurs. S'amouracher en Candide de tous ces petits plaisirs n'épargne pas les consciences, bien au contraire, cela permet tout au plus de les soulager un peu, et de fait, d'entretenir la critique, le discernement et l'irrévérence nécessaire à tout défenseur du pluralisme des idées.

C'est pourquoi nous avons trinqué à cette insoutenable légèreté de l'être. Cette légèreté que la lourdeur du quotidien voudrait museler. Oui, nous avons bu, laissant ces cadavres exquis se jouer de nos maux avant de venir sustenter de francs appétits adeptes de poésie liquide. 

Ici, un vif et pétulant champenois encore en couche-culotte : « Mais que cette fraîcheur de teint lui va bien ! ». Un Ulysse Collin hésitant entre floraison printanière et cueillette de fruits blancs bien juteux... Quel plaisir ! Tout comme son grand frère, venu fêter son changement de millénaire, après une grosse décennie de repos. Un Jacquesson arborant fièrement des saveurs automnales, appelant indubitablement la chair blanche d'une volaille, quelques noisettes ou une poêlée de champignons. Pluralisme des discours, pluralisme des plaisirs, richesse de la diversité nourrissant jusqu'au terroir de ces petits ravissements papillaires.



Là, une brochette de blancs-becs aux accents multiples trahissant l'éclectisme et la curiosité passionnelle que le vin peut inspirer... Souvent exubérants, ces trois ambassadeurs à l'aromatique bavarde, nous auront aussi fait voyager entre exotisme et lit d'épices douces. Une vrai belle virée...
Bref, ce soir là, les canons défilèrent en silence, mais pas sans animer la cohorte de bons vivants à leurs côtés. Une bien belle soirée, non pas une parenthèse, mais un vrai moment de vie, avant de repartir sur le front de l'éducation. La sémantique consensuelle de nos idéaux, verbiage d'enfonceurs de portes ouvertes le plus souvent, peut fatiguer. Vision de guimauve, quand au son des violons, ensemble se voit immanquablement corrompu par seul. Mais parfois les raisonnements les plus sommaires sont comme ces instants sublimant l'ordinaire de leur évidente simplicité. La générosité ou le partage, bien avant l'érudition, permettent de mettre un pied dans cette bonhomie humaniste, imbibée de savoir et de liberté, dont se nourrissent les cœurs et les esprits. Le reste, c'est le quotidien, la confiance et le temps qui s'en chargeront...

Alors en attendant, continuons de trinquer, de boire et d'éduquer.
reade more... Résuméabuiyad

...

Alors que nous déblatérons autour du vin et de la bonne bouffe, certains se creusent la tronche pour nourrir le peuple à grands coups de pluralisme idéologique.

Alors que nous nous écharpons autour du naturel futile de tel ou tel flacon, certains laissent couler leur sang pour défendre la liberté d'opinion.

Alors que nous vivotons dans un quotidien imbibé des plaisirs de la bonne chère, certains luttent pour que la parole, la libre expression, sous toutes ses formes, puisse s'acoquiner non sans humour du meilleur comme du pire.

Alors que l'amour, alors que la haine...

Les petits plaisirs du quotidien ne peuvent avoir la saveur nécessaire que s'ils ne sont pas la parenthèse d'un quotidien liberticide...

J'avais 17 ans quand pour la première fois j'ai écrit à la rédaction de Charlie Hebdo pour partager avec maladresse quelques idéaux de vie et les remercier de m'aider à grandir avec le discernement et l'humour nécessaires pour plonger dans le grand bain du quotidien des adultes.

Aujourd'hui cette main lâchée il y a presque une quinzaine d'années semble prendre froid. En dilettante, je retourne parfois chercher un numéro, mais demain, je n'espère qu'une chose : pouvoir malgré tout continuer à le faire, au nom de la liberté d'expression.
David Farge "ABISTODENAS
reade more... Résuméabuiyad

À contre-courant...

Faire les choses un peu différemment, tordre le cou à la rigidité organisationnelle des festivités, quelles qu'elles soient, voici un des principes de base arboré par ces plaisirs inattendus. Non pas que le cérémonial un rien routinier et chronophage des réjouissances de fin d'année annihile tout ravissement papillaire, mais la charge de boulot, l'organisation, les repas à rallonge, le monde, ne sont en rien des critères favorisant le sentiment de plaisir paroxystique. Alors, quand au cœur de cette période de fêtes, on se retrouve attablés en petit comité pour célébrer le changement de décennie d'un aficionado du tire-bouchon, involontairement venu salir ses premières couches un 27 décembre, les papilles se mettent à frétiller et tout devient possible.

Une parenthèse liquide bienvenue, où le gigot posé sur la table ne fut pas le seul à venir s'installer grassement au cœur de cette bonhomie collective et douillette. Les verres s'enchaînent : ici, un superbe riesling allemand de Fritz Haag que le grand-père eut du mal à déglutir, quand le lendemain, quelques larmes de plaisir restant au fond de la bouteille, permirent de profiter un peu des restes avec la famille ; là, la confirmation que les vins de Thierry Valette, au Clos Puy Arnaud sont vraiment de la veine des grands breuvages, n'oubliant jamais qu'ils seront profitables seulement s'ils sont bus. Bref, une succession cosmopolite de très beaux vins baignant goulument les paroles d'une assemblée imbibée de plaisir et de partage. 
Et dans cette chaleureuse ambiance, jouant les trouble-fête, un verre noir s'avance... Non content de déjà profiter d'un intermède inattendu et appétant en cette période de bombance, voilà que les surprises et les devinettes arrivent au menu de cette soirée. 

Du blanc, du rouge ? Face au verre noir, il faut parfois avouer son impuissance et faire preuve d'humilité. Mais le jeu prend le dessus, et je me laisse aller à des supputations d'une rigueur de fin de soirée... Des notes de fraises, du miel, un peu de laurier, un côté abricot sec, un bouche riche mais souple, une pointe d'alcool remue les sens mais ne brûle pas l'intense justesse d'un jus éprouvant et touchant. Les tanins ne semblant pas avoir décidé de jouer les premiers rôles, j'écarte l'hypothèse d'un rouge. Mais la richesse du jus laisse planer le doute. Ne doutant pas de la malice de mon hôte, je me risque à annoncer un blanc de macération, écartant du même coup l'ultime théorie : celle d'un rosé. Mais, bordel de merde ! On ne sert pas un rosé un 27 décembre, sans merguez, sous la flotte, le jour de ses cinquante berges ! Et bien si... 

Tant pis pour le jeu de piste, il y a un temps pour l'amusement, maintenant l'heure est au plaisir et mes papilles remercient largement l'illuminé qui a, quelques minutes auparavant, sorti cette bouteille mystère. Car vous l'aurez compris, la pelure d'oignon et ces quatre glaçons sous la tonnelle ne sont pas l'unique définition du rosé. Outre les (parfois) très agréables breuvages estivaux, le rosé sait aussi arborer une certaine noblesse, surtout quand un grand vigneron mène la barque.
Nous voilà donc au domaine Gourt de Mautens, au cœur de l'appellation Rasteau, terrain vigneron nourri à la chaleur ardente des Côtes du Rhône, à quelques encablures d'Orange. Le genre de région où tu ne fais jamais la sieste en plein soleil sans une tonne de crème et un tee-shirt à manche longue, et encore. C'est ici que Jérôme Bressy sévit. Une viticulture certifiée bio depuis les années 80, et biodynamique depuis 2008. Ici, on ne fait pas dans le compliqué, enfin, en apparence. Trois vins, trois couleurs, et les certitudes d'un terroir riche d'une expressivité que Jérome Bressy semble révéler à merveille. Des terres calcaires, une garnison de ceps plus proches de la retraite que de leurs folles années, des rendements faméliques mais qualitatifs : pas de doute, on est en plein dans l'exception culturelle version rhodanienne. 

Et la bouteille nous concernant, ce rosé 2010 (assemblage de grenache, carignan, mourvèdre et counoise) tiré à un ou deux milliers d'exemplaires à peine, transpire de cette classe, de ce potentiel hors norme. Un vin à l'expressivité et à la densité exceptionnelles, doté d'un équilibre sans faille. Là où certains brûlots racoleurs, burinés par le soleil de plomb d'une région, viendraient jouer les Icare à grands coups d'envolées confiturées ou capiteuses, ici, excusez l'analogie, mais on remise les pneumatiques italiens au rang de figurants dans l'illustration des citations pseudo-philosophiques. Sans maîtrise la puissance n'est rien... 

Inutile de me jeter des tomates, d'abord ce n'est pas la saison, mais je sais aussi très bien que le renouveau de la pub ne passera pas par moi. 

Ceci dit, ce flacon bu sur deux jours m'aura mis une sacrée claque. Ciselant la roche après quelques heures d'ouverture, cette expressivité tranchante et goûteuse semble être une parfaite redéfinition de ce misérable de la condition vinique. Oui, le rosé peut être autre chose qu'une alternative à l'eau lors d'une merguez-party estivale. Mais n'en restons pas à de futiles quêtes d'icônes liquides, car les vins du Domaine Gourt de Mautens valent bien mieux que cela et notamment cette grande bouteille. Véritable vin de gastronomie, il s'épanouira bien plus à table que dans un quelconque plaidoyer identitaire. 

Un contre-pied de fin d'année qui n'aura finalement accouché d'aucune contradiction, mais simplement d'un grand moment de plaisir. Merci Monsieur Bressy ! 
reade more... Résuméabuiyad