Pages

.

VIGNEREUSE !

Découvrir...

Même si on a les papilles saturées de souvenirs, la découverte reste l'un des moteurs indispensables pour nourrir toute passion. Alors quand, il y a quelques semaines, je suis tombé sur une nouvelle étiquette, qui plus est régionale, vous imaginez bien que le tire-bouchon a eu vite fait de frémir...
Gaillac est une de ces appellations malheureusement trop méconnue du citadin toulousain moyen. Trop souvent assimilée au vin primeur ou à la production de masse du mastodonte Vinovalie, elle n'en reste pas moins le berceau de cette viticulture passionnelle revendiquée depuis maintenant bien des années par les Plageoles et autres trublions régionaux. Marine Leys est une de leurs disciples, pas de celles ayant trouvé son gourou au sortir de l'école, mais plutôt une de ses personnes ayant bourlingué suffisamment pour savoir quand elle frappe à la bonne porte.

Ses vins ont ainsi atterri chez mon caviste de village, en bonne place, avec les recommandations averties qui allaient avec. Quelques quilles sous le bras, les rouges du domaines allaient ainsi nourrir les quelques repas de copains venant ponctuer les agapes plus officielles des fêtes de fin d'année. Des vins fins élégants, droits, n'oubliant leur gourmandise qu'au moment d'étaler une finale vive et rafraichissante, bref, du pur plaisir. 

Logiquement, je cherchais donc à en savoir un peu plus sur celle qui tirait les manettes de cette Vignereuse, nouvelle pépite gaillacoise qu'il me tarde aujourd'hui de rencontrer. Quelques questions plus loin, voici un petit compte-rendu de notre entretien placé sous le signe des braucol, duras et autre syrah.
Croizade, L'ancêtre et À la santé des mécréants, trois des cuvées produites par Marine Leys.
Découvrir Marine Leys, c'est avant tout se pencher sur un itinéraire un brin complexe. Et autant vous le dire de suite, à la découverte de son incroyable parcours, je ne m'attendais pas à ce que la moitié du globe ait gardé une trace de cette globe-trotteuse invétérée...
"Mon parcours est celui d'une néo-vigneronne : j'ai commencé par le cinéma en tant qu'assistante caméra, j'ai bifurqué vers le documentaire, fait des séries sur les insectes et pour pouvoir faire des films sous-marins j'ai passé mon diplôme de scaphandrier, tout ça m'a envoyé à travers le monde, enfin j'ai immigré au Canada [...] J'avais rencontré mon conjoint et l'occasion de le rejoindre chez lui, en Irlande s'est présentée. Sachant que je devais me trouver un autre métier, j'ai suivi une formation de massothérapeute et nous sommes restés un an là-bas avant d'avoir l'opportunité de monter un haras pour un riche propriétaire en Turquie. C'est là-bas que j'ai commencé la viticulture. La fille du propriétaire plantait des vignes, je les ai aidé, ça m'a tellement plu que j'ai voulu en savoir plus et j'ai fini par passer mon BPREA à Beaune et j'ai fini par gérer leur domaine. Après  7 ans en Turquie, de retour en France, je voulais apprendre à faire des vins nature, et les Plageoles m'ont ouvert leurs portes en grand, ils sont d'une grande générosité et leurs vins magnifiques. C'est chez eux que j'ai le plus appris..."
Je vous avais prévenu. Une femme qui filme des insectes en scaphandre avant d'aller masser des chevaux en Turquie, sans oublier de faire un détour par le Canada, l'Irlande et la Bourgogne, est forcément la personne idéale pour venir faire du vin par chez nous !
Une fois la partie Guide du Routard épuisée, il nous fallait parler pinard. Une discussion entamée autour de sa propre production qu'elle qualifia très vite de vin de copains. Un sobriquet à mon humble avis un tantinet réducteur... Des vins de partage certes, mais bien plus profonds que de simples jus à saucisson. Des vins qui grandissent au cœur d'une région dont elle apprécie la diversité et la richesse. Des vins qu'elle veut le plus naturel possible pour la simple et bonne raison que ce sont ceux qu'elle connait le mieux, ceux qui la fascinent par le pluralisme de leurs discours.
"J'ai tellement de choses à apprendre pour le moment. Je souhaite faire des vins de copains sans prétention mais qui titillent, qui font dire : "Hmmm ! Intéressant !" Et surtout j'essaye de m'amuser, de découvrir, la curiosité reste ma motivation première."
Pour cela, les vins de cette Vignereuse vont puiser au cœur des terroirs argilo-calcaire du plateau de Cordes, à Andillac. Sur ses terres tarnaises, elle cultive les cépages locaux : braucol, duras, loin de l’œil, mauzac et aussi un peu de syrah et de gamay. Aujourd'hui en Vin de France, ses vins rejoindront dès l'an prochain le giron de l'appellation.
"Je m'en foutais, beaucoup des vins que j'aime sont en Vin de France, mais j'ai quand même envie de passer en appellation [..] pour ne pas laisser les A.O.C. aux autres, le vin naturel doit y garder sa place." 

Marine Leys est une de ces femmes dont il me semble donc important de parler. Non pas à cause de la couleur de ses escarpins, mais à l'évidence, pour saluer la grande qualité d'un premier millésime des plus prometteurs. Pourquoi souligner alors le fait qu'elle soit une femme, me direz vous ? 

Simplement pour rappeler la place non négligeable qu'elles occupent dans le monde du vin. Passez faire un tour chez ma voisine belge pour en savoir un peu plus, elle explique ça bien. Et plutôt que d'alimenter un débat fait de postures convenus et d'incompréhensions profondes, croquons dans ce que la glouglousphère sait faire de mieux : du vin à toutes les sauces. Car si la polémique née de ces controversés Trophées du vin de la Revue du Vin de France* ne trouvera sûrement pas sa solution sur ces seuls comptoirs numériques que sont les réseaux sociaux, profitons tout de même de ces espaces pour promouvoir cette image pluraliste d'un milieu où, malheureusement, l’autocongratulation masculine sévit encore fortement. Un constat que semble partager notre gaillacoise d'adoption.

"Je ne suis pas dans le monde du vin depuis très longtemps, ce que j'en vois c'est que les vignerons sont ravies d'avoir des collègues vigneronnes et que ça se passe très bien. Mais au niveau des reconnaissances, la France reste un pays patriarcal et pour être reconnu, il faut en imposer, et pisser plus  loin que son voisin, ce qui n'est pas très féminin comme attitude de manière générale. Malgré tout, ce n'est pas le plus macho des milieux dans lesquels j'ai évolué, honnêtement..."
Allez, pour finir, voici quelques noms que souhaitait partager celle que son conjoint qualifie affectueusement de Vignereuse**. Des femmes, qui elles aussi, œuvrent pour notre plus grand bien à faire du vin notre plaisir quotidien. 
"Je n'arrive pas à choisir mais pour parler d'une grande dame du vin, Marie Lapierre fait un très beau travail, je pourrai l'écouter des heures et j'ai découvert les vins de Mylène Bru, bluffant !"



* Dont le palmarès, rappelons le, n'a récompensé aucune femme à proprement parlé.

** Après avoir été cadreuse, plongeuse ou masseuse, il lui fallait bien trouver un nouveau qualificatif en -euse pour cette nouvelle passion qui allait s'exprimer...

*** La plupart des photos proviennent de la page Facebook de Marine Leys. 
reade more... Résuméabuiyad

Le parent pauvre de la gastronomie ?

Les fêtes sont un révélateur plus qu'intéressant quand il s'agit de juger de la place que chacun veut bien donner aux différents composants de nos festins de fin d'année, surtout quand il s'agit de parler vin.

Un peu comme Michel Drucker ou Julien Lepers font partie du PAF, plus personne aujourd'hui ne peut douter du fait que le vin fasse partie intégrante de la gastronomie française. Malgré tout, la façon dont on le (mal)traite parfois pose certaines questions. En effet, il me semble évident que le vin ne peut être considéré comme une entité unique, globale, façon "La France Le vin, tu l'aimes ou tu le quittes"
De la même façon que la raison collective admet sans trop sourciller que deux tranches de pain, un steak trop cuit et une tranche de fromage fondu, plus proche du bout de plastique que du rayon crèmerie, n'ont rien avoir avec l'argenterie et la nappe brodée du dimanche, il serait bien utile de rappeler parfois que les phrases du genre : "Du vin c'est du vin..." sont de sacrés belles conneries.

Mais force est de constater que malheureusement, la défiance ou le discernement ne sont pas toujours de mise chez le client ayant, à juste titre, simplement envie de boire un coup. Alors, même s'il n'est pas nécessaire de se lancer dans une thèse avant d'acheter un gigot ou un litron de merlot, pouvoir pêcher quelques infos avant de sortir sa carte bleue parait une évidence.

La question qui se pose alors est simple : où ? Car dans la foultitude d'informations qui traitent de la chose, les discours ne sont pas toujours des plus accordés. Je ne reviendrai  pas ici sur l'évidence du caviste de quartier ou sur la question du marketing car j'aurai l'impression de combattre des moulins avec un tire-bouchon, par contre, il me semble important d'aborder cet autre versant autrement plus symbolique, celui de la volonté.
Comment expliquer par exemple que dans un article pavé de bonnes intentions, permettant au lecteur de la Voix du Midi* de se mitonner un menu de fête 100% local, tout en faisant la part belle aux petites productions régionales, le vin soit ici sélectionné sur son seul prix ?
"Oui oui, on a pensé à tout ! Et même le vin est 100 % local ! Le vin des vignes de Carlipa nous vient de l’Aude. Pour 8 personnes nous avons compté 3 litres de vin rouge (puisqu’il n’y a que de la viande au menu) soit 6,20 euros le cubi de Merlot et 1 litre de blanc, soit 1,10 euro le litre de Chardonnay. Imbattable n’est-ce pas ?"
Il n'est même pas question pour moi ici de juger de la qualité d'un vin ou d'un vigneron. Mais simplement de constater que le lecteur qui aura devant lui : foie gras, mignon de porc, fromages et bûche artisanale, devra se contenter d'un litron de vrac pour arroser son réveillon. 

Plus qu'une critique, c'est donc un souhait que je souhaiterais formuler ici. Celui que le vin trouve enfin une place de choix sur nos tablées, qu'il ne soit pas celui dont on s’acquitte avec le fond de son porte monnaie, avant le passage en caisse hebdomadaire au supermarché.
Pour cela, qui mieux que les ambassadeurs de la cuisine française pour venir montrer l'exemple ? Car si le vin est un incontournable des repas de fêtes, c'est aussi un fidèle compagnon chaque fois qu'il est question de piquer sa fourchette dans une gamelle, étoilée ou non. Et qui de plus légitimes que ces chefs quadrillant notre territoire pour prendre à bras le corps cette mission ? Car si ces nouvelles rock stars du petit écran ont tendance à devenir des icônes générationnelles, c'est bien pour une raison. Les pourfendeurs de la cuisine cathodique pourront d'ailleurs s'offusquer de ces indigestions télévisuelles quasi quotidiennes, mais si tant de toques de compet' passent à la téloche c'est bien qu'un semblant de crédibilité transpire de leur tablier...
Et quoi de mieux qu'un livre de cuisine pour marier officiellement ces inséparables de la gastronomie ? Rare secteur de l'édition encore en croissance, faire la popote comme un chef sur papier glacé semble effectivement être une tendance de ces dernières années. Face à cet engouement et à une multitude d'ouvrages assez inégaux, certains s'en sortent très bien, comme Bernard Bach, chef régional discret mais talentueux officiant au Puits Saint Jacques, qui propose dans ce nouvel opus une cuisine accessible et raffinée à laquelle je confie mes papilles depuis maintenant plusieurs années. 
Particularité du livre, des accords mets et vins sont proposés pour chaque plat. Et c'est là où, parfois, le bât blesse. Car si le restaurant est doté d'une carte des vins de bien belle facture, Tariquet et Vinovalie se taillent ici la part du lion... Du régional donc, certes, mais où sont les Plageoles, Da Ros, Cazottes, Andiran et autres trublions du vignoble régional pourtant présents dans le premier bouquin de M. Bach ? On trouvera évidemment quelques contre exemples réveillant nos papilles, comme le marcillac de Philippe Teulier, les fronton de Diane et Philippe Cauvin ou le sucre de Marc Penavayre. On pourrait aussi parler du rouge bien agréable de la famille Ribes, mais... 

Mais alors, que viennent foutre les Tarani et autres Inès là dedans ? Il ne manquait plus que le fameux Rosé Piscine ! Car si cette industrie pinardière possède déjà une immense visibilité, des rayonnages de la GD aux aires d'autoroute, il me semble dommage qu'elle vienne pavoiser au creux des assiettes reconnues de notre midi, éclipsant d'autant une viticulture de terroir dont le charme n'a d'égal que la monotonie de ces vins. 

Je ne suis pas là pour accuser ou juger des pratiques des uns et des autres. Mais bordel, ce genre de lectures ne sont-elles pas aussi faites pour participer à l'ouverture d'esprit des cuistots en herbe ? Imaginons un instant la situation inverse : 

Un grand sommelier écrivant un partition liquide éclectique pour accompagner son garde-manger...
"Avec ce merveilleux Cahors tout en souplesse dont l'amphore aura dessiné le galbe à la perfection, pourquoi ne pas de faire dégeler une barquette de bœuf bourguignon Findus ? "
Même si on parle là de bœuf bourguignon, ce n'est clairement pas sérieux. Alors pourquoi le serait-ce dans le cas présent ? Le vin, ne peut être ce parent pauvre de la gastronomie, il mérite mieux. De notre journal régional à la table qu'il nous tarde de retrouver, au travers de chaque produit, de chaque assiette dans laquelle on plante notre fourchette, il est à mon avis nécessaire que le vin puisse résonner à sa juste valeur, que le verre puisse accompagner ces plaisirs du quotidien avec la fougue, le talent et la diversité qui le caractérise.

Et si je devais essayer de tenir une résolution cette année, ce serait sûrement celle-ci : continuer de défendre les vins que j'aime, ceux qui auront su tisser ma passion au fil du temps...

 David Farge "ABISTODENAS"

* Un numéro (24 décembre 2015) maintenant en ligne, dans lequel vous pourrez retrouver un papier parlant du blog et quelques conseils et adresses régionales un brin différentes...

reade more... Résuméabuiyad

Réconciliation.

Brejnev embrassant Honecker... Ce cliché de Régis Bochu datant de 1979 a fait le tour du monde, certains auraient voulu y voir un signe d'apaisement, mais la chaleur de ce baiser en pleine guerre froide n'avait d'autre vertu que d'afficher au grand jour la force d'une union (d'autres y décelant un baiser de soumission). Reproduite dans les années 90 sur l'East Side Gallery, une des parties restantes du mur de Berlin utilisée depuis comme galerie d'art en plein air, cette peinture que l'on retrouve aujourd'hui sur des tasses à café ou des tee-shirts pour ados témoigne s'il en est de la force d'un baiser, quelle qu'en fut sa signification.

Mais, me direz-vous, que vient foutre cette histoire de guerre froide un 2 janvier, alors que tout le monde à encore les dents du fond qui baignent et que personne n'ose encore s'avouer qu'il va retourner au boulot lundi ?
Et bien, c'est extrêmement simple, je comptais vous parler de réconciliation. Alors même si je sais bien qu'on ne résoudra jamais le conflit israélo-palestinien autour d'un bol de cacahuètes, il est malgré tout des rencontres, des efforts consentis, qui permettent d'adoucir certaines relations. 

Depuis quelques temps déjà, il règne entre le viognier et moi-même comme un semblant de guerre froide. Ce cépage rhodanien restait à ce jour une sorte d'Amélie Poulain de mon analyse ampélographique (très) personnelle. Une sorte d'ambassadeur mollasson de la viticulture française, aussi convaincant et dynamique qu'une poignée de main socialiste, le genre de raisin à te faire passer la moitié des vins blancs de l'hexagone pour de nerveux psychorigides. Oui, je peux l'avouer ici, je ne porte pas le viognier dans mon cœur. Il offre à mes yeux des vins le plus souvent patauds, manquant sérieusement de dynamisme sous la dent. D'autant plus que cette aromatique doucereuse mêlant abricot et violette n'a jamais eu plus que le charme désuet d'une eau de toilette pour gamine. Bref, le viognier ne me passionne guère.
Malgré tout, en bon curieux que je suis, je ne crache jamais sur un verre penché vers la découverte. Ainsi, profitant d'une embuscade amicale qui m'avait été tendue, je goûtais à l'un de ces vins dont on ne sait que dire à part un simple : "C'est bon !"

Dans le verre, le condrieu 2014 de Stéphane Othéguy, vigneron dont j'avais fait la rencontre quelques mois auparavant en me régalant d'une Massales 2012, cuvée découverte par excellence de mon année passée. Un condrieu aux antipodes des seules ambitions putassières que j'accordais le plus souvent à ce cépage. Un jus frais, dense et équilibré dont l'aromatique à peine teintée d'un élevage discret et élégant restait dans un registre plus floral et aérien. La finale s'étalant, elle, sur de très agréables amers dont je suis de plus en plus friand. Un très beau vin...
Mais si Stéphane Othéguy* fait partie de ces vignerons discrets de la vallée du Rhône, c'est avant tout car il ne possède qu'une petite exploitation sur ces terroirs d'exception : à peine 3 hectares desquels il tire Côte-Rôtie, St-Joseph et quelques vins de France à base de gamay et de pinot. Le condrieu reste lui un chuchotis avec un peu plus 1000 bouteilles, mais quel ne fut pas mon plaisir, vous l'aurez compris, d'écouter avec attention ce qu'il avait à me raconter...

Oui, vraiment, quoi de mieux qu'une réconciliation pour débuter l'année. Pour la peine, le viognier sera mon égérie du soir : je prolongerai ce souvenir en profitant des talents de David Reynaud, dont j'affectionne tant les syrah. Je ne sais pas s'il embrasse aussi bien que Brejnev ou que le condrieu de Stéphane Othéguy, mais en matière de vin, ma résolution pour cette nouvelle année ne changera pas d'un iota : rester infidèle...  
Meilleurs vœux à vous tous, chers amis, lecteurs de tous horizons. Que se remplissent les verres, les panses et les cœurs ! Que raisonne la joie de vivre et l'espoir naissant que porte avec elle chaque nouvelle année ! Profitons, jouissons, partageons...

* Pour en savoir plus, voici le lien vers un portrait réalisé l'an dernier par Monsieur Septime et Laurent Baraou : http://www.mistelle.fr/Stephane-Otheguy.html
reade more... Résuméabuiyad