Pages

.

Oh ! BAMA !


L'espoir, le renouveau, le changement... Cet éternel lexique de politique politicienne ayant permis à nombre de dinosaures, parfois aussi appelés éléphants, d'incarner l'avenir d'un pays plusieurs fois durant leur carrière prouve bien à quel point les effets de manche la communication peut modeler la pensée collective.

Il en est de même pour le vin. 

Les caricatures, les discours simplistes que dispense la comm' à tour de bras ont peut-être le mérite d'écheniller quelque peu le regard que l'on pose sur les choses, mais en s'affranchissant d'une perspective indispensable à l’acquisition du sens profond, ils appauvrissent d'autant le nuancier des critiques faisant la richesse des débats. 
Prenons l'exemple du bordelais. Devant la folie mercantile ayant touché une partie de la région, à coups de classements, de spéculation d'une ostensible vulgarité, de mondanités déconnectées d'une terre soudain bien lointaine, le vin en lui même a peu à peu disparu de l'imaginaire collectif, remplacé par un gloubiboulga pailleté finalement très peu représentatif de la réalité. Pour le quidam, le bordeaux était devenu : quelque chose de cher, réservé aux repas du dimanche, ne pouvant être bu avant une vingtaine d'années, un peu snob et dont le côté boisé, tannique ou charpenté (rayez les mentions inutiles) accompagne à merveille le pull sur les épaules ou le gigot. Et pourtant...

De nombreux bordelais et autres amateurs curieux pourront vous le dire : Il n'est pas indispensable d'avoir un héliport pour faire du pinard à Bordeaux, tout comme il est bon de rappeler que tout le monde ne se trimbale pas comme Hubert de Boüard en bottes et en smoking dans les vignes de Saint-Émilion.

Bordeaux est donc à juste titre une région (presque) comme les autres, où l'on trouve du bon et même du très bon, tout comme de formidables bouses que le bon goût de tout un chacun s’attachera à différencier. Malgré tout, il ne me semble pas présomptueux de  partager quelques unes de ces pistes de grand plaisir liquide ayant jalonné repas et dégustations diverses. Prenons donc nos verres et partons en direction de Margaux, appellation où l'originalité n'est pas un maître mot, pour y découvrir un cru d'exception.

Bel-Air Marquis d'Aligre, BAMA pour les intimes,  château au cœur duquel sévit Jean-Pierre Boyer depuis 1947. Un domaine un peu particulier et souvent cité comme étant le plus atypique de l'appellation (Tout dépend, évidemment, de ce que l'on entend par atypique...).

Ici, les cuves en béton sont apparues dès 1950... et les barriques bois ont disparu dès 1960 ! Un bordeaux qui ne voit pas le chêne dans une appellation aussi prestigieuse que Margaux, c'est un peu comme imaginer un bordelais n'ayant jamais porté de mocassins à glands. Alors forcément ça jase un peu...

Autre particularité un peu plus technique : l'assemblage des vins. En effet, ici outre les traditionnels cabernet sauvignon et merlot, on trouve en quantité non négligeable du cabernet franc et du petit verdot. 

Enfin, il reste l'attente, car n'espérez pas trouver le millésime dernièrement vendangé, demain, chez votre caviste ! Jean-Pierre Boyer sait prendre le temps, vraiment le temps : entre le passage en cuve qui peut durer plusieurs années et l'élevage en bouteille parfois au moins aussi long, il n'est pas rare de trouver dans les rayonnages des distributeurs du domaine des millésimes qui ont passé la dizaine, voir plus. 

Avis aux impatients...

Ce week-end, c'est un 1998 qui se retrouva à table avec nous, un vin ayant bénéficié d'une ouverture assez longue, et proposant, à l'heure de remplir nos verres, un nez d'une rare profondeur. Au milieu de cet assemblage un peu atypique pour l'appellation, le cabernet franc se fait ainsi charmeur : un trait végétal comme une légère bise semble caresser un poivron rouge roulé dans un tapis d'épices et de fumée embarquant nos sens avec une fraicheur intense. La bouche, d'une finesse extrême, propose des tanins à peine poudreux d'une élégance remarquable. Et puis quelle allonge ! Un vin complet, vif et bavard, donnant envie d'en boire les paroles jusqu'au petit matin. 
Qu'il est bon de flâner en si bonne compagnie ! Alors, à tous les sceptiques ou amateurs circonspects qui négligeraient encore cette belle région bordelaise, je peux à l'évidence affirmer, qu'ici comme ailleurs, le vin qui les fera vibrer existe. Et s'ils venaient à désespérer de le trouver, ou même, commençaient à penser que cette mission pourrait s'avérer impossible, qu'ils prennent peut-être la direction de ce BAMA, qui une fois dans leur verre, les fera je l'espère s'exclamer : YES WE CAN !


reade more... Résuméabuiyad

VDV #78 : Il ne faut pas vendre la peau du cul avant de l'avoir sur les os.

C'est avec cette 78ème édition que je reprends du service sous les couleurs des Vendredis du Vin. Une 78ème édition placée sous le signe de l'épiderme, dans un triptyque un peu chancelant débuté l'an dernier par un épisode faisant l’éloge du gras (et qui se terminera en novembre par une ultime thématique que j'aurai l'honneur de vous proposer). Ce mois-ci, donc, sous la présidence de notre icône belge Sandrine Goeyvaerts, actuellement plus libre que nous tous, du fait du néant rugbystique de son pays, nous allons donc disserter un brin sur le thème de la peau.

Oui, car il faut bien l'avouer, en cette période de Coupe du Monde, le clavier s'use clairement moins que la télécommande ou le tire-bouchon. Que voulez-vous ? Mater un France-Italie sans un godet, ce serait comme bouffer des moules sans un cornet de frites, si vous me permettez l'analogie.

Continuons donc un instant cette digression rugbystique, parce que malgré le fait que nous frôlions l'excellence en terme de lever de coude, une fois les hymnes entonnés, il n'en reste pas moins que la critique de comptoir reste une autre des spécialités régionales du pays de la gonfle.
Et là, je dois bien l'avouer : heureusement que le pinard est là, car entamé ce derby transalpin, le peu de confiance que nous avions en ce XV de France se réduisit comme peau de chagrin au fil des minutes d'un match aussi inquiétant que poussif. Heureusement que ce cadurcien de Fabien Jouves avait décidé de soigner notre déprime à grosses lampées de malbec. Une bouteille irréprochable, issue d'une petite année ayant bouffé de la grêle. Un jus très joueur : vif et frais comme une ligne de trois-quarts attaquant l'intervalle avec inspiration. Malheureusement, quand votre équipe se nourrit de la seule intelligence du fin stratège toulousain Louis Picamoles, le jeu a forcément tendance à en pâtir un peu... 

Malgré tout, nous aurons eu la peau de nos voisins italiens, mais pas encore celle d'un Christian Jeanpierre aussi convainquant derrière son micro que les ligaments croisés de ce maffré de Yoann Huget.  
Bref, de toute  façon la compet' est lancée, ce n'est plus le moment de faire peau neuve. Faudra se contenter de ce que l'on a...

Heureusement, quatre jours plus tard, c'est la Roumanie qui était sensée nous relancer. Mais il ne faut pas vendre la peau de l'ours roumain avant de l'avoir joué. Incapables de respecter la règle des 3 P (Pousser, Plaquer, Courir), bouffés sur les rucks, en mêlée pendant la moitié du match, aussi inspirés qu'un refrain de David Guetta, nos bleus ne valaient pas tripette encore une fois. Et notre Goret national de se muer encore un peu plus en sosie officiel de Droopy... Heureusement que le vin allait à nouveau calmer ce public de salon un brin à fleur de peau devant la performance tricolore. Le sauveur fut à nouveau un lotois jouant de l'auxerrois local avec gourmandise et simplicité. Une très agréable Carbo de Julien Ilbert, aussi efficace qu'un cadrage débordement d'école. Si seulement ce canon avait pu inspirer un peu plus l'allant en demi-teinte de nos coquelets bien chétifs pour l'occasion. Et pourtant, quand on culmine presque tous au quintal, avec des cuisses comme des jambonneaux, on est bien loin de n'avoir que la peau sur les os !
Alors maintenant il reste le Canada... Putain, le Canada. Ce serait bien qu'enfin on arrête de réfléchir avec les bras et que nos adversaires aillent brouter un peu avec les taupes, histoire de tester un peu la boue anglo-saxonne réputée pour son effet peau de bébé. En attendant, on est un peu comme tout le monde : perdu face à tant d'incertitude, car la seule évidence, c'est qu'au prochain coup de sifflet, le seul à ne pas rater son coup d'envoi sera le tire-bouchon, fidèle capitaine de soirée et unique point de satisfaction à la veille d'attaquer les choses sérieuses, face à l'Irlande, et sûrement un peu plus après...

Alors, messieurs les Français, ne nous obligez pas à passer à la bière, la cave est encore pleine de ressources, et l'envie de croire en vous quasi intacte. 

Et comme le résumait si bien l'autre : Il ne faut pas vendre la peau du cul avant de l'avoir sur les os !


reade more... Résuméabuiyad

GD doutes...*

La grande distribution endossant le rôle de sauveur d'une population au porte-monnaie serré, je pense que l'on peut tous s'accorder sur le fait que l'on a déjà vu mieux en terme d'ONG. Je ne reviendrai pas sur le sempiternel refrain de l'évidente richesse du commerce de proximité, notamment car certains s'en sont chargés de belle manière ces jours-ci, mais je vais tout de même essayer d'agrémenter un peu cet argumentaire finalement assez peu efficace en vous faisant part d'une de ces anecdotes criante de vérité.
Aujourd'hui, je passais donc faire un coucou à la foire aux vins du supermarché local et en déambulant dans les rayonnages, à l’affût de quelques pépites que seule la GD peut nous offrir, je fus surpris de tomber sur un de ces jus ayant illuminé mes dernières vacances. Un vin de ces Clos Perdus dont on se demande soudain ce qu'il vient foutre ici, sous une rampe de néons entre le PQ et les conserves de pâté Hénaff.
Bref, là n'est pas le plus gros problème... La question des approvisionnements sous cape de la grande distribution étant un secret de Polichinelle, l'intérêt de cette découverte réside ailleurs. Alors qu'un grand nombre de personnes pense encore que la porte du caviste reste réservée à une seule élite décomplexée du tire-bouchon, les supermarchés abusent de la situation pour, comme le disait Antoine Gerbelle dans son dernier billet : "Profiter de ses lacunes et de cette indifférence" du client face au produit, et ainsi, la bannière du sans scrupule hissée bien haute sur le mât de leur condescendance, se permettre d'arnaquer purement et simplement le chaland de passage.

Oui, le prix est bien évidemment ici le centre du problème, car ce corbières oh combien intéressant, je l'ai payé à peine treize euros au domaine, et on le trouve au même prix chez nombre de cavistes avides de vous prodiguer leurs conseils. Les exemples comme celui-ci ne sont pas qu'une légende, et profiter de la crédulité de sa clientèle devient de ce fait quelque chose de franchement dégueulasse.

Alors, vous permettrez, mais les slogans du style : U le commerce qui profite à tous, personnellement, GD doutes.

* Le titre s'inspire évidemment de celui utilisé par Antoine Gerbelle dans sa chronique intitulé : GD scrupules.

reade more... Résuméabuiyad

La glouglousphère en GIFs animés #8


Parce que parfois une image vaut bien plus que quelques mots.

Parce qu'on n'est pas obligé d'être toujours sérieux quand on parle vin.

On sait que le vin trouve le plus souvent son plein épanouissement en croisant le chemin de quelques tablées caloriques. C'est pourquoi, les aficionados de la boutanche sont aussi, le plus souvent, des ventres sur pattes (plus communément appelés gastronomes), toujours en quête d'un bout de gras, d'un creux à combler ou d'une assiette à remplir. Ce n'est ni grave, ni infamant, simplement indispensable.

Voici donc le 8ème épisode de la glouglousphère en GIFs animés dédié pour une fois aux us et coutumes de ces bons vivants n'oubliant jamais leurs couverts à l'heure de passer à table.


_______________________________________________________________________

Quand ton voisin ne finit pas son assiette.
Quand la faim justifie les moyens.
 
Quand tu sors de table après un repas de famille.
 
Quand il ne reste qu'un chou à la crème et que la gourmandise prévaut sur le partage.
Quand on t'annonce que c'est fromage OU dessert.
Quand tu te fais gauler en cuisine en train de "goûter" dans les plats.
Quand tu te retrouves "par hasard" juste à côté de l'assiette de charcuterie.
Quand tu affirmes que, non, ce piment oiseau n'était pas si fort.
   
Quand on veut t'enlever ton assiette et que tu n'as pas fini tes croûtes de fromages.
 
Quand tu découvres une recette sur Marmiton.org.
 
Quand on t'annonce le combo ultime : belle-mère, dinde et bûche pour la Noël.
  
...

Et en bonus spécial, une mini série intitulée : "Les enfants au restaurant !"

...

Quand tu annonces à tes enfants que : "Ce soir, on va tous au restaurant !" 
  Quand la table voisine te voit débarquer avec tes gosses. 
Quand un gamin tient mal ses couverts à table.
Quand tu adaptes ton discours aux enfants pour leur expliquer qu'on ne se promène pas entre les tables.

_______________________________

Et toujours, à voir ou à revoir :  








 
 
reade more... Résuméabuiyad

La faim des haricots.

Après une paire d'heures passées à écosser quelques kilos de haricots frais en famille, les mains poudrées d'un voile terreux, je ne puis m'empêcher de tourner le regard comme l'estomac vers cet automne approchant. Car si la rentrée est synonyme pour beaucoup de cartables neufs au fort parfum de sacerdoce, d'impôts plus ou moins digestes, ou encore, de foire aux vins semblant raviver la soif de grandes surfaces de certains, personnellement, elle marque aussi le point de départ d'un potager en déclin au sortir d'un été foisonnant. 

Finies les cueillettes de légumes encore tièdes caressés par le soleil estival... On aura bien fait quelques conserves, enfermé quelques cornichons dans du vinaigre, mis à l’abri quelques coings devenus pâte de fruit, ou préparé quelques barquettes de ratatouille pour les jours froids et pluvieux que la chaleur d'une assiette peuvent un temps rendre moins gris, mais le baromètre, lui, poursuit malgré tout sa fuite en avant.
C'est alors que pointe comme une évidence cette soudaine envie. Un désir obligeant la cigale de mon fort intérieur à cesser de vouloir convoiter éternellement un été que l'on sait éphémère pour se muer en fourmi, et ainsi, pouvoir préméditer sereinement quelques futures régalades hivernales. 

Bref, j'ai faim de haricots...

Mais pour satisfaire à de telles envies il ne faut pas être en retard. Surtout si l'on espère pouvoir manger du frais. Attention, je n'ai rien contre le haricot sec qui permet, sans faillir, de combler les périodes de césure, mais avouez qu'un haricot frais, c'est autre chose. 

Le sac sur la table de la cuisine, le pouce et l'index font alors claquer le vert maintenant pâlichon de chaque cosse. Apparait alors la blancheur immaculée d'un haricot impatient de goûter à nouveaux aux joies d'un retour à la terre, cuite cette fois. Et dans un coin de la tête, déjà, dansent couennes et pieds de cochon : car ce haricot, c'est avant tout celui de mon cassoulet (la recette est ICI).

Je précise bien "ce" haricot. Car j'aurais pu vous parler du lingot de Castelnaudary ou encore du coco de Pamiers, mais les traditions familiales ont la peau dure... Personnellement, je roule au tarbais : haricot à l'accent sudiste, s'épanouissant le plus souvent dans les Hautes-Pyrénées et sur quelques terroirs limitrophes des terres gersoises ou haut-garonnaises. J'aime son galbe et ses formes généreuses, plus gros que ses copains qui, comme lui, ont peu à peu remplacé la traditionnelle fève originelle, j'affectionne son moelleux jamais farineux et sa tenue en cuisson digne des plus illustres packs régionaux aussi stables que fermes à l'heure d'entrer en mêlée. 
Mais pour profiter de ce trésor, il faut se dépêcher. Aussi furtive que la saison des glaces sur les plages du Nord-Pas-de-Calais, celle du Tarbais s'échelonne sur à peine plus d'une paire de semaines, entre la fin août et le début du mois de septembre... Après, il faudra se contenter de haricots secs : cela valait donc bien un dimanche matin de papotage familial.

Les réserves ainsi faites, avec les premiers frimas de l'automne, on se plait maintenant à ressortir ces objets de réconfort que sont notamment les cassoles de la famille Not. Le tire-bouchon se tortille aussi dans son tiroir, prêt à dépouiller quelques jus régionaux de leurs bouchons devenus inutiles. Et une fois la planche à découper apprêtée de ces plus belles parures de cochonnailles dominicales, il ne reste plus qu'à profiter du fumet rassérénant de ces plats de famille donnant au froid cette chaleur qui fait passer l'hiver... 


 
reade more... Résuméabuiyad

CINSAULT(veur) #14 : Le vin qui lave...

Qui n'a jamais eu le palais alourdi par les envolées tanniques de ces repas de familles à rallonges ? Qui n'a jamais calé entre le poulet et le rôti de bœuf, à l’ouverture de la troisième bouteille de ce bordelais anguleux et massif vénéré par le patriarche ? Loin de moi l'idée de condamner ce genre d'agapes joviales où la raison liquide se retrouve bien vite aux oubliettes. J'aime trop partager ce genre d'instants aussi bruyants que gourmands pour venir dispenser ici un quelconque réquisitoire à l'encontre de ces traditions pinardières que l'affectif dirige bien mieux que la théorie...

Malgré tout, il me semble important qu'à l'heure où sous les tonnelles, les discussions vont bon train, ce ne soit pas le caractère un brin fatigant d'un canon à l'esprit plus guerrier que pacifiste qui vienne sonner le glas d'un repas n'ayant pas fini de dérouler son propos... Vous me direz qu'il serait bien triste de lier le destin d'une réunion familiale à la programmation vinique l'accompagnant. Certes, malgré tout, admettez que vous ne sacrifieriez pas la traditionnelle partie de belote du dimanche après-midi en câlinant les oreilles de tatie Janine à grands coups de riffs de guitares saturées. Il doit en être de même côté pinard.
Et c'est à grosses lampées de cinsault que je vais essayer d'étayer maintenant mon propos.

À grosses lampées de cinsault : pas tout à fait. Car cette fois-ci, je vais m'autoriser une petite entorse au règlement et me décaler légèrement sur l'arbre généalogique de notre cher cépage pour discuter d'un de ces plus proches et discrets cousin : l’œillade.  

On ne s'attardera pas des heures sur une description ampélographique que seul l’œil averti de quelques inspecteurs Clouseau de la grappe trouvera profitable, mais sachez tout de même que nos Dupond et Dupont possèdent bien quelques différences. Malgré tout, un fois en bouteille, les similitudes sont suffisamment évidentes pour que le canon du jour puisse rejoindre les rangs de cette fine équipe que j'affectionne tant.

Bienvenue donc à Roquebrun, terroir de schistes sur lequel Thierry Navarre exploite une douzaine d'hectares pour le plus grand plaisir de nos papilles. Ici, plus d'une dizaine de cépages s'épanouissent entre les cistes et les chênes verts d'une région magnifique. Parmi eux, cette œillade, souvent confondu avec le cinsault et pourtant bien distincte, dont Thierry Navarre tire aujourd'hui l'exacte définition de ce que j'appelle : le vin qui lave.

Celui qui, lors de ces fins de repas dont je parlais plus haut, vous remet en selle pour un nouveau tour de piste. Celui qui par sa vivacité, sa gourmandise et sa souplesse semble vous rincer le palais de cette caresse fruité que vous n'espériez plus. Un jus de fruit pour adulte qu'il serait sacrilège de laisser se réchauffer en terrasse tant la cause de ce genre de bouteille se doit d'être entendue au plus vite...  

Un parfait vin d'après-midi, un vin qui n'attend pas son "instant" pour se faire voir, mais qui prolonge le temps en se laissant boire. Un de ces canons de boit-sans-soif qu'on aime à dépêcher au moment où l'on ne veut plus se quitter même si la raison nous intime l'ordre d'arrêter...
En fait ce vin me fait penser à ces quatre heures parfumés où la crêpière semble s'époumoner pendant des heures avant de se faire délester en un instant de son trésor. Le vigneron travaille aussi en ce sens, bichonnant ses vignes des années durant, avant de venir combler, comme le cas présent, les gosiers tout à coup aussi vertigineux qu'assoiffés par tant de générosité liquide. 

Un vin qui lave, rendant à nouveau possible le péché de gourmandise, que peut-on vraiment espérer de meilleur ?

David Farge "ABISTODENAS"


_______________________________________________________________________ 

CINSAULT(veur) à la carte...

Carte des cuvées de cinsault dégustées sur le blog :
 
reade more... Résuméabuiyad

Rouge par nature.

(Interview d'Antonin Iommi-Amunategui, auteur du MANIFESTE POUR LE VIN NATUREL)
C'était un beau samedi de la fin mai, la place du Capitole fourmillait de gosiers secs, les terrasses pleines offraient un peu plus que de l'ombre aux nombreux toulousains en quête de fraîcheur. Ce jour là, je passais une bonne partie de mon temps avec Antonin Iommi-Amunategui, animateur du blog No Wine Is Innocent, et auteur, entre autres, de ce petit bouquin bientôt en rayon : MANIFESTE POUR LE VIN NATUREL. Nous avons déconné, mangé et surtout un peu picolé, en se promettant de remettre à plus tard toute discussion sérieuse à propos du vin naturel. Mais à la veille de sa sortie en librairie (le 14 septembre prochain), j'ai voulu en savoir un peu plus sur ce qui pourrait bien être la première brique liquide du vin naturel de demain. 

Bref, sans pouvoir profiter d'un comptoir en zinc pour affuter papilles et argumentaires, c'est par claviers interposés que l'on se retrouve enfin, moi, entrain de jouer les apprentis Elkabbach du pif, et Antonin, que je m'imagine un drapeau verre de rouge à la main, quelque part entre Nation et Bastille... 

Compte-rendu d'une discussion intéressante, où l'on apprend que notre blogueur parisien pourrait bien se muer en G.O. de cette troupe grandissante, et ainsi tenter d'organiser un peu cette autre vision de la viticulture qui se conjugue au naturel.


_______________________________________________________


Salut à toi révolutionnaire de la glouglousphère. Tout d'abord, on est dimanche après-midi, comment se passe ta rébellion ? Plus simplement, qu'est-ce que tu fais en ce moment même ?

Salut blogueur sudiste, le nord transmet le message depuis son canapé ! Donc là, ça glande pas mal dur.

Plus sérieusement, tu viens d'écrire un "MANIFESTE pour le vin naturel". Quand je regarde dans mon dictionnaire, plusieurs définitions se cachent derrière ce gros mot. Quelle serait la tienne ?

Manifeste. Many fiestas. Toutes les fêtes que je dois au vin naturel. Manifeste. On lâche ses écrans, on sort battre le pavé pour, collectivement, manifester. Manifeste, plus simplement, comme une affirmation et un parti pris pro-vin naturel. Étant entendu que mon argumentaire est, je crois, étayé de sources solides, variées. Je ne suis pas en roue libre dans ma bouteille bizarre ; j'ai manifestement (!) beaucoup réfléchi à tout ça avant d'écrire ce petit machin rouge.

Voilà une réponse qui égayerait mon Larousse... Bon, si je résume un peu la vingtaine de pages (sans coloriage) de ton bouquin, tu souhaites : définir un cadre législatif au vin naturel, ouvrir une réflexion sur la dimension transversale que ce genre d'allant peut avoir sur la société, tout en condamnant l'opacité des pratiques actuelles. J'ai bon ?

Tu as tout bon, en bref. Une fois ces problématiques posées, la difficulté est surtout de parvenir à un consensus : que les vignerons naturels, en premier lieu, s'accordent sur des prises de position communes et des actions collectives, donc légitimes. Sinon, si rien ne bouge, si le statu-quo perdure, d'ici un an ou deux, ils vont se faire décuver le fondement et ce sera bien tannique. Je veux dire que le vin naturel va se faire sévèrement récupérer par l'industrie pinardière, celle-là même qu'il dénonce à longueur de bouteilles. Cette récupération est déjà en cours, largement entamée : allez jeter un œil dans le rayon vin d'un supermarché, on ne compte plus les cuvées Natur-quelque-chose, les gros macarons SANS SOUFRE, etc. J'ai même lu "vin naturel" sur une étiquette d'un de ces vins-Frankenstein, alors même qu'à ce jour cette terminologie n'est pas réglementaire. Donc oui, en bref, le vin naturel a besoin d'un cadre, audacieux et légitime.

Pour cela, tu entames ton bouquin par pas mal de théorie, un brin de philo et un zeste d'utopie. Tu invoques "Jajathoustra", Nietzsche, Hakim Bey ou encore Steven Jezo-Vannier. Et la ménagère de moins de 50 ans dans tout ça ?

Elle (ou il) est directement concernée en tant que consommateur : derrière mes sorties un peu intello, l'une des questions centrales c'est quelle société de consommation voulons-nous ? On n'échappera pas à la consommation, mais il est encore temps de prendre la tangente, une voie plus humaine, qui englobe dans un destin commun plutôt cool : l'artisan-vigneron, l'artisan-caviste et l'artisan-consommateur. Et c'est évidemment un modèle exportable en-dehors du vin. D'ailleurs, j'ai bien cru voir que les "espaces culturels" d'une enseigne de GD bien connue allaient proposer le Manifeste... On est pas loin de ce que décrit Jezo-Vannier dans son pavé sur la contre-culture, quand il parle de créer l'alternative et d'en démontrer la viabilité depuis l'intérieur du système pour, in fine, le modifier sans violence.

On se croirait dans un version pacifiste des Infiltrés... Mais revenons à notre vin naturel. Pour toi un vin naturel ce doit être un vin issu de raisins propres, vendangés à la main, et vinifiés sans aucun intrant. Cela semble simple comme cadre, l'Association des Vins Naturelssemble même s’atteler à pousser le bouchon un peu plus loin que sa charte, en titillant les pouvoirs publics. Tu as des news ?

Pas de news à ce jour. S'ils sèchent sur l'argumentaire qu'ils vont dégainer face aux pouvoirs publics, il y a peut-être deux-trois bullets à choper dans le Manifeste... Je pense notamment au fait de retenir le terme "naturel", très polémique mais essentiel. Ce terme est valide en l'occurrence, même associé au vin, même dans un contexte réglementaire. Pour moi ça ne fait pas de doute, et je le démontre dans le bouquin.

Durant la préparation de ton livre mais aussi dans ton quotidien, tu croises pas mal de vignerons dont les vins pourraient être qualifiés de "naturels". Que pensent-ils de ton initiative ?

Je ne suis évidemment pas légitime à moi tout seul pour mettre un coup de pied dans la fourmilière, loin de là. Le vin naturel officiel sera collectif ou ne sera pas. J'ai donc tenu à demander leur avis à plusieurs vignerons dans le Manifeste. On peut ainsi y lire les réflexions d'Olivier Cousin, Thierry Puzelat ou encore Richard Leroy, Pierre Overnoy... Et, pour te répondre, ça part un peu dans tous les sens. Certains sont favorables à une initiative qui tendrait à réglementer le vin naturel, d'autres pas du tout. On est loin d'être arrivé à ce consensus que j'appelle de mes vœux, parce qu'il est incontournable pour déplacer la montagne réglementaire. Mais je lâche pas l'affaire.

Se pose aussi la question du prix, car le vin naturel coûte souvent un peu plus cher... Quand on sait que le vin se vend en moyenne autour de 3-4 euros la bouteille, comment faire pour changer le regard du consommateur et lui faire accepter de multiplier sa mise par 2 ou 3.

L'une des clés serait de lui faire savoir, au consommateur, ce que contient la bouteille à 3-4 euros qu'il attrape négligemment dans le mur de vins de son Carrouf. Si on lui dit qu'il y 15 ou 16 additifs chimiques et parfois presque autant de résidus de pesticides, il aura peut-être un moment d'hésitation... La clé, c'est la transparence : il y a quoi dans une bouteille de vin, que du raisin ? On en est loin. Et l'existence officielle du vin naturel dénoncerait, en creux, cette mascarade.
L'idée d'étiquettes recensant tous les "ingrédients" présents dans une bouteille de vin semble aussi souvent revenir. Qu'en penses tu ?

Comme je le disais juste avant, c'est la même chose pour moi. Si tu valides le vin naturel - qui ne contient que du raisin et, éventuellement, un soupçon de sulfites - tu révèles, par ricochet, cette totale absence de transparence du vin conventionnel. Rendre visible et officiel le vin naturel, c'est une manière détournée (et un peu plus sexy, donc médiatisable) d'appeler à la transparence.

Ne penses-tu pas qu'une révision de la Loi Evin permettrait de sensibiliser un peu plus les Français à cet autre versant de la viticulture ?

Pour moi, franchement, la loi Evin c'est un marronnier-épouvantail qu'agitent régulièrement les journaleux du vin pour ne pas parler des vrais sujets. On boit près de 50 litres de vin par an et par habitant en France, arrêtez de nous emmerder parce que Mouton-Cadet ne peut pas avoir de spot de pub de 30 secondes sur TF1 ou qu'on ne boit pas de vin dans Top Chef. La belle affaire... La loi Evin c'est peanuts, c'est surtout un sujet bien consensuel et racoleur dans le milieu, une manière de caresser la filière dans le sens du poil. Mais le vin est bien trop important pour qu'on se contente de cette poudre aux yeux. Le vin a une responsabilité, surtout en France, celle d'être exemplaire. Et le vin naturel, en particulier, parce qu'il est en première ligne, parce qu'il est surmédiatisé, a cette opportunité historique - je pèse mes mots - d'allumer la mèche d'un changement profond, viable et durable, qui déborde largement le cadre du vin.


Tu opposes assez froidement vin naturel et vin conventionnel. Ne penses tu pas que la palette soit un peu plus large ? 

Si, bien entendu. Mais si on prend 100% des vins, en volume, on doit pouvoir trancher simplement pour expliquer simplement : 90% des vins n'ont aucun intérêt et sont bourrés de saloperies, que ce soit à la vigne ou en en vinif. Quant au vin naturel, il ne représente même pas 1% du vin, mais il explose, il est surexposé, hypervisible. D'où sa responsabilité actuelle, celle de faire bouger les lignes de l'agriculture. Et si on change de modèle agricole, si on change ce qu'on bouffe, ou picole, on change tout. Au minimum, ça méritait un manifeste. 

Et sinon, actuellement, quel est ton vin de chevet ?

Je n'ai vraiment pas de vin de chevet, ou alors un harem. Mais j'ai un souvenir assez récent d'un vin de Pierre Rousse (Domaine Le Pelut, Languedoc), je ne sais même plus de quelle cuvée il s'agissait, la bouteille a débaroulé en pleine soirée, elle est passée devant moi juste le temps de m'en servir un demi-verre, il y avait du pinot noir... Peu importe, c'était un vin formidable. (Attention, auto-promo : Pierre sera à Lyon, les 1 et 2 novembre, au deuxième salon Rue89 Lyon des vins.)
 
Quand on s'est croisé, on a bu pas mal de canons ensemble et tu m'as plusieurs fois répété qu'un vin devait être un peu sale pour te faire vibrer. Explique nous un peu ce que tu entends par là ? 

Le mot "sale" peut hérisser le duvet des buveurs de vins lisses, mais c'est une boutade. En fait c'est amusant parce que je lis Kermit Lynch et ses aventures sur les routes du vin en ce moment. Et il y a un long passage sur la question de la filtration : lui ne kiffe rien plus que les vins non filtrés, mais les vignerons à qui il cause - qui ne sont pas des hippies - s'ils admettent que la filtration a tendance à castrer les vins, ont parfois du mal à ne pas s'y résoudre, pour des motifs commerciaux : le dépôt, les traces visibles sur la bouteille couchée, c'est pas vendeur. Au-delà, dans un vin naturel, il peut y avoir à boire et à manger, il peut y avoir du gaz, voire une séquence déviante. Mais je ne bois pas du vin pour me retrouver toujours avec le même liquide lisse. En vin naturel, on est surpris, chaque bouteille est - et doit être - inattendue. Parfois c'est une mauvaise surprise, le vin goûte mal, il est tordu ; mais souvent c'est une épiphanie, une révélation. On s'éclate alors, sans chichis, et on ne pourra jamais s'amuser autant avec un vin BCBG ou standardisé. Alors oui, vive les vins "sales".
 
Dernière question : Antonin et Hubert de Boüard sont sur un bateau. De quoi parlent-ils et qui tombe à l'eau ?

Haha. Je lui parle de sa performance dans le film d'Isabelle Saporta, tiré de son bouquin Vino Business : c'est quoi cette idée de mettre des bottes crottées et un smoking, Hub ? Ensuite, je vais me baigner.



_______________________________________________________


Et moi ? Ai-je le vin naturel dans la peau ? Je dois dire que quand j'ai acheté le petit livre rouge d'Antonin, c'était plus par curiosité que par conviction viscérale. Malgré tout, après sa lecture, je dois bien admettre que ne pas vouer une certaine forme de sympathie pour les initiatives valorisant cette viticulture à échelle humaine, responsable et éprouvée serait pure hypocrisie personnelle, car la grande majorité de ma cave se compose de ces vins. Alors, de ma simple place de consom'acteur de ce système, j'imagine cette initiative louable et même si elle n'arrivait pas dans l'immédiat à retourner une économie où les profits s'entêtent un peu trop souvent à éclipser le pan culturel d'une viticulture enivrante en tous points, elle aura au moins ouvert une parenthèse un brin utopiste dans laquelle il ne fait aucun mal à s'épanouir. 

Reste à s'organiser, c'est vrai, mais la dimension libertaire de cette mouvance naturiste dénote sacrément avec l'appareil quasi militaire dirigeant une machinerie industrielle qui phagocyte notre société avec une désarmante aisance. La solution ne pourra donc uniquement venir de cette simple bande de vignerons bourrés de convictions estimables, le client aura sa part, immense, dans cette histoire.
Et dans le vaste nuancier d'une viticulture aux multiples visages, voici donc peut-être venu le temps d'officialiser la venue d'un vin naturel aux atouts bien complémentaires du reste d'une production à laquelle on évitera de l'opposer de façon systématique. Les itinéraires et les histoires que le vin sait raconter sont bien trop nombreux pour que l'on puisse éteindre une telle richesse de teintes. Reste que le temps d'un manifeste, il est tout de même intéressant de se pencher avec intérêt sur les prémices de cette révolution, rouge par nature...

reade more... Résuméabuiyad