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Alternapif !

Tel un Bernard de la Villardière de la grande époque, à la façon d'un agent infiltré aux plus sombres heures de la guerre froide, j'ai enquêté... Alors certes je n'ai pas enquêté sur les plages dénudées de Punta Cana ou dans le dédale glacial des couloirs du Kremlin. Non, j'ai pénétré le monde obscur de l'alternative pinardière, celui des arrières boutiques liquides où circulent les reflets du terroir vigneron qui nous entoure, des réserves ou des étals qui s'affranchissent allègrement de l'indigence d'une production de masse si peu vertueuse. Mais avant de vous livrer mes découvertes, je tiens à préciser que même sous la torture, je ne m’épancherai pas sur l'attirail d'investigation nécessaire à ce travail de longue haleine en vous révélant ici mes sources.

Ainsi, dès demain, va débouler en place publique une nouvelle association. Une association de commerçants du genre à prendre soin de vous et de vos sens. Une tribu qui n'a rien d'un kolkhoze ou d'un quelconque rassemblement intégriste de dealers parisiens adeptes de l'uniformisation naturiste branchouille qui sévit ici ou là. Des quatre coins de France et même de Belgique, on parle ici de se serrer les coudes pour mieux informer, mieux servir le client en mal de repères à l'heure de déboucher un flacon. Car face à l'hégémonie du 4 par 3 et du (plus vraiment) petit écran, ce ne sont pas quelques discussions échangées dans le confort restreint d'une communauté d'amateurs de pinard qui vont réellement changer la donne. Ah oui, c'est certain, parfois ça gueule, ça râle, ça tire des plans sur la comète, mais une fois l'ordinateur éteint, que reste-t-il vraiment de ces pans d'amitié, certes parfois bien réels, mais le plus souvent contingentés à la simple glouglousphère ? 
C'est pour cela qui fallait donner de la consistance à cette énergie virtuelle dispensée au quotidien sur la toile. Promouvoir les vins naturels fut alors une évidence, mais le principe de l'Association des Cavistes Alternatifs semble aller bien au-delà de ce qui pourrait passer pour la simple sauvegarde d'un certain élitisme parfois raillé. Car si on peut très bien défendre la dimension humaniste du vin, exacerbée ici ou là par ces nombreux vignerons et vigneronnes attachés à ce patrimoine indissociable de notre culture, il est aussi intéressant d'apprendre que l'union de ces quelques cavistes, peut-être un peu utopistes, pourra aussi servir de socle solide à des projets autrement plus denses. Oui, outre le respect du sans artifice, de la diversité et de l'authenticité, l'association devrait aussi être le point de convergence d'initiatives diverses visant à éduquer au vin, à partager, échanger, voire même à créer des dynamiques solidaires pour défendre l'humain dans une viticulture où les petits cherchent parfois le soutien opportun de ceux avec qui ils travaillent toute l'année. 

Alors certes, il y a derrière cette initiative l'idée qu'à plusieurs on est plus visible, plus fort. Mais au-delà d'un catalogue de cavistes au parti pris évident, c'est avant tout une entreprise humaine qui semble voir le jour derrière ce regroupement d'une vingtaine d'hommes et de femmes, qui avec leurs bouteilles, leur personnalité et leur envie, vous veulent simplement du bien. Créer ainsi un maillon un peu plus solide, entre les gens : vignerons, cavistes ou simples buveurs de vin, et prendre à bras le corps le problème du commerce de proximité, des valeurs qu'il peut véhiculer et du plaisir qu'il vous procurera encore longtemps j'espère...
Pour toutes ces raisons, j'espère que ce projet ira loin, qu'il s'ouvrira au plus grand nombre et permettra ainsi d'ajouter sa pierre à l'édifice parfois chancelant de notre culture de la vigne et du vin. Et pour le reste, les subtilités ou les annonces plus précises, je vous engage à suivre l'actu de l'Association des Cavistes Alternatifs dès demain, sur le web, ou encore mieux, au comptoir de l'un d'entre eux...

David Farge "ABISTODENAS"  

Edit : Voici la liste des cavistes adhérents pour le moment :

Philippe Vigeant - L'Oenophil - 37250 Sorigny
Stéphane Thierry - Les Millésimes - 33200 Bordeaux
Guy Mélia - La Tonnelle à vins - 35000 Rennes
Benoit Hecker - Oenosphere - 67000 St
rasbourg
François Adam - Les Vins d'auteurs - 57050 Plappeville
Camille Sarrau - La cave de Lourmel - 75015 Paris
Thierry Dubourg - L'Amitié rit - 93100 Montreuil
Olivier Thibaut - La Treille d'or - 75014 Paris
Martin Girat - Le nez en l'Air - Samoëns
Philippe Cuq - Le Lieu du vin - 75020 Paris
Laurent Levasseur - Vins de Coeur - 75016 Paris
Jerôme Billaud - Amicalement Vin - 37400 Amboise
Arnaud Maillard et Victor Roques - La Nature du Vin - 74160 St Julien en Genevois
Julien Boyer - Carnet de Vins - 56100 Lorient
Paco Mora - La Cave d'Ivry - 94200 Ivry sur Seine
Yasmine Manjra - Le Cent dix-sept - 75011 Paris
Christophe et Isabelle Ligeron - Un Midi dans les Vignes - 35000 Rennes
Sandrine Goeyvaerts et Laurent Lacroix – Vins Lacroix – 4470 Saint-Georges (Belgique)
Patrick Simon – La Cave de Bacchus – 29000 Brest
Pascal Ouvrard – L'Andécave – 49100 Angers
Michel Vandeneuker – Vinodis – 7170 Manage (Belgique)
Charlotte Isabello - Les Vins de Charlotte - 34000 Montpellier
 

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Gānbēi !

Le jour où j'ai rencontré Vincent, je pense qu'une certaine forme de confiance virtuelle issue de nos échanges sur les réseaux sociaux sévissait déjà entre nous. Nous n'avons donc pas eu à sacrifier au traditionnel rituel chinois du gānbēi. Si vous ne connaissez pas cette drôle de pratique, sachez que l'art du gānbēi semble être au vin ce que la pizza "fond de frigo" est à la gastronomie dominicale en famille... Et quand Vincent Bonnal, polyglotte et docteur ès culture chinoise me fit découvrir les dessous peu ragoutant de ce protocole de businessman, j'ai d'abord pensé à une caricature. Mais une fois la chose cernée, je dus bien admettre que les quelques jeux à boire ayant animés notre adolescence faisait de nous, dès à présent, de simples pisseuses de Tourtel. 

Pour la faire courte, car là n'est pas notre souci du jour : le chinois, avant de parler pognon et affaires, enchaîne les "cul-sec" de pinard (ou autres brûlots régionaux) avec son alcoolyte du jour. Si celui-ci, une fois pété comme un coing, reste digne et ne se met pas à déblatérer tout un tas de conneries ou à chanter L'aventura, en slip, la cravate autour de la tête, alors la confiance s'installe et on peut commencer à causer boulot. Fin, délicat, mais efficace semble-t-il...
Bref, revenons-en à notre exilé héraultais revenu sur les bords de l'Orb, après un périple conséquent en Chine à s'essayer aux divers métiers du vin. 

Aujourd'hui, après plusieurs années de travail intergénérationnel, Vincent reprend le domaine familial à son frère. Nous sommes en 2012, et le Domaine de Pélissols va ainsi connaître un virage important sous la patte nouvelle d'un barbu bien décidé à endosser la responsabilité d'une énième reconversion, cette fois-ci, aux côtés des siens. 

Le domaine de 6 hectares passe en Bio, la vigne côtoie la végétation locale, les sols sont enherbés et la vie est implantée au cœur de cet écosystème protégé. En privilégiant ainsi le terroir, l'intervention du petit chimiste qu'il fut durant ses jeunes années devient obsolète, Vincent se mue alors en artisan vigneron, accompagnant la vigne dans son quotidien. Au sortir de sa première année de travail, quatre cuvées quittent la cave : Un blanc fait de muscat et de chardonnay, un rosé à grosse majorité de grenache et deux rouges déclinant le merlot et la syrah en deux interprétations bien différentes. Aujourd'hui, Vincent attend son troisième millésime...
Et puis il y a ce projet. Une idée originale, celle de mettre en musique l'univers d'un domaine viticole, le sien : Pélissols.

"Les grands vins sont comme un concert. Le terroir est la partition, la vigne est l’instrument et le vigneron est l’interprète" - Lydia Bourguignon

Ce vin est issu d’une partition montagneuse.
Coteaux arides et venteux, aux sols vivants. L’herbe y pousse et on y croise des abeilles et des coccinelles. Le vigneron accompagne plutôt qu’il ne détruit.
Des vignes sans chimie, en harmonie avec l’écosystème.
L’instrument s’oublie quelque peu tant la mélodie importe. Du Grenache, de la Syrah, un peu de Merlot.
L’interprète, amateur de vins sans fard, sans maquillage à base de bois, de levures aromatisantes, ou d’autres techniques peu avouées, limite son intervention au strict minimum.
De beaux raisins murs récoltés à la main, des petites cuves pour chaque parcelle, un assemblage final pour une harmonie totale. Pas de filtration.
 
Cette cuvée spéciale se veut représentative du domaine, de son esprit, de son identité.
(source : http://www.1fuse.fr/pelissols/)
Mais revenons un instant à table. Dans ma cuisine, il est 15 heures, le petit fait encore la sieste, tradition familiale que rien ne viendra entamer. Autour d'un amas de bouteilles et de carafes, les discussions vont bon train. Vincent à le verbe clair, posé et c'est un plaisir d'échanger avec lui. On parle de son passé, de la famille, de son CV aussi éclectique que riche. On prend le temps... On philosophe aussi un peu, Vincent me faisant part de sa vision du métier et de ses convictions. Il veut faire du bon vin, qu'on se plait à boire, mais ne souhaite pas tomber dans le glouglou sans identité propre, sans ce reflet si important d'un terroir que l'on sillonne au quotidien et que l'on essaie peu à peu de comprendre. Un terroir dont Vincent ne néglige pas l'importance : "Se jeter dans le nature sans assainir ta vigne et le sol qui la supporte est une véritable ineptie !". Il fait aussi part de ses doutes, de son questionnement permanent, lui se voit en débutant, son passé de chimiste autour de l'étang de Berre, sous un nuage aux teintes douteuses, n'étant pas si lointain.
Pendant que l'on déblatère d'une vie ayant suivi les chemins vicinaux dévoués aux doutes et à la remise en question, le blanc 2013 prend place dans nos verres. Un jus vif et expansif que l'air ne fait qu'affiner. Le muscat parfois un peu exubérant sait ici se tenir. Floral, exotique, il est bien tempéré par un beau chardonnay que la fraicheur si particulière du climat du domaine sait magnifier. Ajoutez une pointe de sucres résiduels et vous obtenez un vin d'une rare efficacité. Un vin que j'ai apprécié sur l'instant, le genre de faiblesse affriolante, jamais vulgaire, que l'on aime à avoir sous la main...

Le téléphone sonne. Vincent décroche et dans un mandarin d'école, s'empresse de répondre à sa fille... La discussion retrouve alors une fond oriental et on vient à s'apitoyer malheureusement des logiques locales où le Lafite se devrait de couler des cuves dorées de quelques jeunes nantis persuadés que l'excellence peut se jouer à 200 hl/hectare. 

Bref, un premier rouge s'avance, la cuvée Domaine 2012 : 60% syrah, 40% merlot, un peu d'élevage en barriques de 400 litres, et au final, un jus minéral, tendu, où se mêlent fruits sauvages, épices et touche réglissée. C'est mordant, juteux et ça ne cesse de gagner en pureté avec un peu d'air. Zéro intrant, un poil de soufre, qui donne ici un jus net et éclatant. Bien que jeune, c'est déjà très bon... et ça ne coûte que 12 euros. 
Luna 2012 est un jus un peu moins en place, mais comme on avait le temps de comprendre le loustic, quelques heures à l'air libre auront eu raison d'une timidité quelque peu récalcitrante. Des sols différents, un poil plus chaleureux, auront forgé un caractère bien trempé au second rouge de la gamme. Un vrai premier petit vin, vendu 8 euros, qui développe une aromatique radicalement différente. Ici, c'est la cerise et le cacao qui prédominent. Un peu moins d'allonge, mais plus de velouté... Top. 

Le rosé 2013 est dense, riche et aromatique. Il semble jouer sur deux tableaux : celui de la table et celui du verre bien frais entre potes, un côté légèrement schizophrène qui ne l'empêche pas de rester avenant. Une belle réussite.

Au final, une belle gamme, des vins équilibrés, propres, dotés d'une colonne vertébrale permettant notamment de voir venir ces deux rouges, prometteurs, exhibant fièrement leur jeunesse éclatante, charmante, mais qui se devront d'assagir encore un peu un discours bien trop anguleux. Le blanc ? J'en ferai bien mon vin de repos. Celui qui sait déverser son évidente fraîcheur gourmande au quotidien, accessible, mais non sans profondeur. Un vin dont la nudité détend un temps les discours, un vin de confidence et d'échanges légers.
 
Et puis... et puis il y a cet OVNI, cet cuvée anecdotique dont le bandage qui lui enserre les reins semble dissimuler l'expression ultime d'un domaine mis à nu par la musique. Au moment où j'écris ces lignes, c'est l'ambiance particulière de ce projet qui baigne le flot morcelé de mes mots sur le clavier me faisant face. Un projet mené conjointement par Vincent et David Lavaysse, qui capte de façon unique l'univers d'un domaine, le passant ainsi au révélateur sonore, avant qu'une carte micro SD ne vienne se loger dans le goulot de chaque bouteille pour y emprisonner ce message. Loin de l’introspection sous psychotropes, le résultat musical est plutôt sympa, original, et le vin qui accompagne la B.O. proposée s'en accommode allègrement. Un vin qui après trois heures de carafe aura tout juste commencé à livrer quelques bribes de sa partition. L'impatience aura encore une fois eu raison d'un repos à l'évidence salutaire. Mais malgré tout, le vin, derrière cette jeunesse encore fougueuse, sait se laisser apprivoiser, pour arborer malgré son mordant de façade une fraîcheur et une profondeur insoupçonnées. Sauvage et sans concession, c'est un jus au charme indéniable qui se trouve ainsi propulsé derrière le pupitre d'une orchestration encore indomptée. 76 bouteilles ont vu le jour. Heureux possesseur d'un tel flacon, soyez patients ! Vincent et ses vins peuvent se faire connaître bien différemment. Trouvez quelques bouteilles, laisser les respirer au grand air, quelles retrouvent un peu de leur quiétude originelle et profitez. Vos papilles bénéficieront d'un panorama plus que plaisant.

À Bédarieux, loin de l'agitation passée et de l'exotisme déroutant du gānbēi, Vincent propose aujourd'hui sa propre interprétation liquide d'un terroir familial qui perdure. Un discours attachant, comme son chef d'orchestre que j'ai vraiment pris plaisir à découvrir...


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http://www.pelissols.com/images/pelissols_logo_couleur2.png
Vincent Bonnal, artisan-vigneron
Domaine de Pélissols
34600 Bédarieux
tel : 06 49 95 60 94



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Ce petit Truc en plus...

Les mots ont cela pour eux, dans la bouche de celui qui saura les faire danser avec passion et générosité, ils pourront s'épanouir et donner vie au moindre caillou, et ainsi, le laisser nous conter son histoire.

Parfois, au hasard des opportunités, il est des rencontres dont on aimerait se souvenir plus longtemps. De ces échanges pleins, riches et savoureux qui permettent de goûter l'instant, laissant ainsi les mots s'emparer du tic-tac méthodique et impatient rythmant le quotidien. Ma rencontre avec Georges Truc est de celle-ci. Chapeau vissé sur le crâne, la tempe grisonnante et le pied alerte, Georges est une de ces personnes qui, surgissant d'une discrétion toute en délicatesse et humilité, vous accapare pour vous conter ce qu'il connait le mieux : sa terre. Le genre d'encyclopédie vivante dont la poussière des étagères se méfie, ne l'ayant que si peu vu arpenter les rayonnages sombres des bibliothèques, lui, préférant certainement le grand air baigné de mistral des terres rhodaniennes. Infaillible dompteur de cailloux, et aussi bon géologue que narrateur, nous nous vîmes ainsi accorder le privilège de marcher à ses côtés, à la découverte des terroirs de Châteauneuf-du-Pape et de Gigondas.

Des instants riches de savoirs et d'anecdotes, impossible à résumer, mais dont les quelques images goûteuses glissées ici ou là par notre géologue, méritent bien plus que quelques mots de reconnaissance.

Le crémeux millefeuille de Montmirail
Qui ne connait pas les Dentelles de Montmirail ? Dans le sillage du Mont Ventoux, elles font partie du paysage local, un peu comme Michel Drucker au sein du PAF. Et pour cause, ces barres rocheuses n'ont pas été posées ici par un manque d'inspiration divine face à un stock de caillasses un peu trop conséquent. Non, évidemment, mais alors comment ces résurgences calcaires se sont elles retrouvées à prendre l'air, tel le sourire édenté d'un Shane MacGowan après sa huitième pinte de bière ? Et bien, ce qui pourrait s'apparenter aux prémices d'une thèse dont jamais personne ne verrait le bout, s'est vite transformé en cours de pâtisserie en plein air, et ce, grâce au phrasé nourrissant de Georges Truc. 
Prenez donc un millefeuille dont la dernière couche serait la tant convoitée crème pâtissière, chaque couche de ce millefeuille représentant une époque sur l'échelle des temps géologiques. Seul un carottage vertical, éreintant, sur plusieurs kilomètres, aurait permis d'atteindre le Graal calorique à de telles profondeurs. Et bien c'était sans compter sur quelques principes évidents de physique. Ainsi, plus gourmand que la gourmandise, le millefeuille s'épaissit durant plusieurs millions d'années, au fil des dépôts géologiques divers et variés. Mais sous cet empilement rocheux, la pression est telle que des sels gemmes commencent à se liquéfier. C'est alors qu'une immense faille commença à faire parler la poudre, la faille de Nîmes, qui telle le coup de couteau d'un gourmand s'attaquant au gâteau, fit remonter ces sels, soulevant au passage nombre de couches différentes, dont les fameuses dalles calcaires qui forment les dentelles de Montmirail.
On parle là d'un temps que les moins de vingt ans que seuls quelques dinosaures ont eu le plaisir d'admirer. L'histoire ne dit pas si la crème coula un jour dans la vallée, mais sur les pentes de Gigondas, aujourd'hui, le raisin se nourrit de ce millefeuille pour mieux répandre ensuite sa gourmandise.

La suprématie galvaudée du galet roulé de Châteauneuf 
Un océan de soleil baignant une mer de galets dans laquelle semble lutter quelques pieds de grenache. Bienvenue à Châteauneuf-du-Pape, cité papale à la renommée mondiale, dont on se plait à vénérer les canons chaleureux qui ont construit sa réputation. Bienvenue sur cette terre que l'on apparente trop souvent, à tort, à la seule rondeur souple de ses galets. Mais comme toute terre de vignes, l'histoire de son terroir ne s'arrête pas aux simples contreforts d'une légende à valeur de carte postale. Son piolet dans sa besace, le sourire ombré par son couvre-chef, Georges nous explique sa version des choses, in situ, comme pour faire bisquer un peu plus les buralistes et autres vendeurs de souvenirs juchés au cœur de la cité castel-papale. 

Avant tout, Châteauneuf c'est trois grandes familles de terroirs, toutes ayant leur propre histoire ancrée dans une période dont l'étalon se mesure en millions d'années. Autant on peut se préparer son potager dans l'après-midi, autant cimenter le terroir d'un des plus beaux vins de France ne se fait pas la clope au bec entre deux repas de famille... 
Trois types de sols donc : on parlera d'abord des calcaires du massif du Lampourdier à l'ouest de l'appellation, mais on abordera très vite cette histoire de "safres", sables, grès, silts et marnes qui baignent littéralement le nord et l'ouest de l'appellation.

Car si vous ne le saviez pas, il y a 23 millions d'années, la mer méditerranée baignait le domaine rhodanien, avec notamment les Alpes comme tout nouveau plongeoir central. Ces grandes eaux, ainsi que les torrents dégringolant de la jeune chaîne alpine permirent le dépôt d'une quantité astronomique de fins matériaux, si bien que les bords du Rhône actuel s'étaient mués en une espèce de Paris Plage version qatari d'aujourd'hui. Ainsi naquit le mythe des Rayas et autres grenaches fait de dentelle et d'élégance, ces sols frais étant l'assurance d'une fraîcheur et d'une finesse traquées par les amateurs du genre. 

Alors, seulement, nos galets font leur apparition. Nous sommes il y a à peine moins de 2 millions d'années, Michel Drucker n'était pas encore né, mais sa lignée familiale déambulait déjà sûrement dans la plaine parisienne. À cette période, le Rhône décide de jouer en équipe et charrie dans son lit de quoi faire des ricochets pour encore quelques après-midis au bord de l'eau. Diverses roches, ainsi que nos fameux galets se déposent en terrasses durant quelques paires de millénaires... Jusqu'à ce que la météo acte que seuls ces derniers subsisteraient. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme jurait Lavoisier, et bien, tout ce qui n'avait pas l'apparence d'un cailloux rond et lisse en fut pour ses frais et partit rejoindre les sous-sols du coin. Reste maintenant ces quelques plateaux de galets disséminés ici ou là, parfait pour la photo et pour élargir aussi la richesse d'un terroir qui n'a d'égal que son histoire...

L'armement insidieux du géologue, ou comment Georges Truc a failli m'éborgner.
Pour finir avec un peu plus de légèreté, je signalerai juste que le géologue, aussi compétent et agréable soit-il, n'en reste pas moins un être armé et dangereux. En témoigne cet incident qui pour quelques centimètres aurait pu faire la une de La Provence ou du Dauphiné. L'arme ? Un piolet rachitique mais affuté. Le lieu ? Une roche du crétacé un brin récalcitrante. Pas aussi tendre qu'elle n'en avait l'air, la garce a éructé violemment en ma direction, libérant un projectile dont je fus heureux d'apprendre qu'il n'avait aucune animosité envers moi. Sinon, je n'ose imaginer ce que le fouetté vif et alerte de Georges aurait pu générer comme dommage. Et pourtant, et pourtant ce piolet nous aura accompagné tout au long de ce périple, fragmentant la roche comme pour en révéler ses entrailles dans lesquelles Georges, envouté, pénétré même, tentait, d'en percer la Genèse.

Oui, jamais caillou n'aura été aussi vivant, aussi bavard, et pour cette façon de raconter les histoires, pour ce petit Truc en plus, merci Georges, sincèrement.

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Disney Club végétarien...

C'est peut-être un signe des temps, un révélateur de la pensée d'aujourd'hui, à moins que ce ne soit simplement une de ces nouvelles argumentations à la noix (de veau) que peuvent nous pondre les annonciateurs de la saine pensée. Oui, car aujourd'hui quand on veut convaincre, il n'y a pas trente-six solutions. On peut évidemment se perdre dans les méandres du simple raisonnement cartésien, mais cela signifie devoir s'expliquer, prendre du temps, accepter que d'autres ne soient pas du même avis, etc, etc...

Alors que...
Source : Facebook Association Végétarienne de France
Alors qu'il est tellement plus simple de s'offusquer, de sortir les violons, de jouer la pseudo dérision. Il est tellement plus simple de faire vibrer la corde sensible, de miser sur le tout affectif, de jouer l'infantilisation des masses. 

Mais non, sur Internet ou ailleurs, le pékin moyen n'est pas qu'une poche lacrymale, un cœur en guimauve, ou un enfant maintenant adulte, mais malgré tout, encore sous le choc de son premier visionnage de Bambi ! Et pourtant...

À y regarder de plus près, sous cette injonction de cour de maternelle se cache maladroitement le dogmatisme d'une frange d'ayatollahs proposant à qui veut l'entendre (ou pas) une sorte de gloubiboulga indigeste servant de plaidoirie à la cause végétarienne. Je n'ai rien contre les végétariens (j'ai d'ailleurs un ami...), comme je n'ai rien contre les fans de Star Wars ou les bouddhistes, chacun sa religion, ses croyances ou ses convictions. Non, ce qui me hérisse le poil c'est le propos qui se cache derrière l'intitulé. Car au même titre que l'on se mettait à crapoter en cachette des cigarettes pêche-abricot derrière le préau du collège constellé de tags au romantisme douteux, il semble qu'un de ces nouveaux signes d'appartenance idéologique en vogue ici ou là soit la criminalisation du viandard inculte ayant oublié d'évoluer depuis la préhistoire, et ainsi, c'est évident, de sauver le petit agneau que vous pouvez admirer un peu plus haut.

Que c'est mignon ! Et derrière le slogan immaculé se détachant de ce fond d'herbe fraîche baigné de soleil, un ramassis d'inepties dont il semble légitime de se demander s'il ne serait pas l’œuvre d'un groupe d'ados carencé en guimauve.
Je vous passe les détails, mais dans les entrailles de cette discussion aussi vide qu'un œuf Kinder®, sachez tout de même que le propos se veut engagé : quand certains applaudissent cet élan de pacifisme envers les bébés animaux, d'autres tentent la radicalisation en brandissant la perversion du lait présent dans le chocolat, s'ils ne font pas, dans un élan de dévotion hypocalorique, l'apologie du repas de famille version ascète, à base de graines et autres résidus de soja à la provenance douteuse. J'exagère à peine, mais c'est de bonne guerre. Que voulez-vous, chez les extrémistes en tout genre, la base à parfois un peu de mal à contenir son propos, se laissant souvent aller à quelques extrapolations intéressantes...
Car le problème est tout autre, quand moi, le carniste (sic) perverti à la protéine animale, je deviens le mal absolu avec mon lapin de Pâques (oui, je n'avais pas d'agneau, et le lapin c'est aussi très bon, nous en reparlerons plus bas), le vegan, lui, ne s'offusque pas de la provenance plus ou moins labellisé de son panier militant. Oui, au delà du choix de régime alimentaire, c'est avant tout de ça dont il faut causer sérieusement. D'où viennent vraiment vos emplettes du samedi ? Végétarien, viandard ou sans étiquette, qu'on ne me fasse pas gober que le militant de tout bord remplit exclusivement son cabas à l'AMAP du coin. Et qu'on ne vienne pas m'emmerder avec le bilan carbone de mon lapin de Pâques, car celui-ci, dans son village voisin, tout juste s'il n'avait pas une vue dégagée sur ma cocotte fumante, le coquin. 
Ainsi, j'ai l'impression qu'au pays de la tartuferie alimentaire on se trompe un peu trop souvent de combat. Et qu'une bonne dose de larmes peut parfois noyer allègrement le vrai problème de l'assiette française. Car oui, comme mes copains de l'Association Végétarienne de France, je m'insurge contre l'élevage intensif et industriel, comme eux je pense que bouffer des résidus de poulets camouflés sous un peu de panure relève de la malnutrition, et comme eux j'ai versé ma larme à la mort de la mère de Bambi. Mais aujourd'hui si le végétarien n'est en rien un simple bouffeur de tofu hystérique à la vue d'un cou farci, l'adepte d'une cocotte de lapin ou d'un carré d'agneau de lait de chez Cathy Aimé n'a rien à foutre dans le box des accusés aux côtés des plus sombres attitudes de l'humanité...
Source : http://www.vegetarisme.fr/veni-vidi-veggie-episode-5/
Et si faire des choix personnels est une chose, tomber dans l'obscurantisme d'une énième guerre de religion dans laquelle le simili cuir, les fraises de Noël et le steak de soja seraient les standards d'un nouvel âge d'or sociétal en est évidemment une autre. Que l'on vienne me causer du mieux et moins manger, de terroir, de saisonnalité des produits ou de combat contre la grande distribution, le tout, autour de quelques verres vin, et je retrouverai certainement un peu mon calme, en attendant, je retourne à ma cocotte. Un lapin bien doré, quelques oignons, quelques carottes, un peu de thym, une grand verre de ce fabuleux nectar jurassien et une pointe de crème, le temps que le vin prenne un peu d'ampleur dans le verre et nous passons à table. 

Vous prendrez bien une cuisse de lapin ou vous préférez me tomber sur le râble ? 

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