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VDV #74 : SOIF !

Déjà la 74ème édition des vendredis du vin. Et ce mois-ci, c'est Fred Truchon agitateur forézien, un poil chauvin, de la glouglousphère qui s'y colle. Le genre de gars qui dès qu'il le peut, vous fait passer les volcans du Massif Central, voire même ceux du Pacifique, pour de vulgaires amas de purée au jus de viande en comparaison des pets de nonne qui compose sa campagne... Mais voilà, il est tout excusé, car le monsieur arbore aussi un certain savoir vivre. Faisant l'apologie des cochonneries de premier choix, le garnement aurait aussi tendance à abuser du tire-bouchon. C'est qu'il en faut du jus pour absorber casse-croûtes et autres boustifailles dominicales ! Et face à la générosité de ce coup de fourchette, il est certain que le vin doit venir jouer les premiers rôles, ne pouvant se contenter de venir remplir le verre tel un condiment sur le bord de l'assiette. Il faut encourager les glissades, entretenir le vortex du gosier.

Le thème était donc tout trouvé. Ce mois-ci, nous causerons hydratation et survie liquide. Ce mois-ci, le vin jouera les secouristes. Ce mois-ci parlons du vin qui désaltère.

En effet, quand certains préfèrent ajouter quelques glaçons dans leur godet pour se rafraîchir l'haleine, d'autres ne cèdent pas à la facilité et choisissent de changer l'eau en vin... Bizarrerie déraisonnable ? Je ne crois pas... Simple mesure de précaution à l'heure d'allier l'utile à l'agréable. À l'ombre d'une tonnelle, à la table d'un dimanche en famille, en mesure préventive avant d'affronter le dessèchement contraint par un fautif barbecue, il est parfois nécessaire de prévoir une hydratation de qualité, surtout quand quelques verres à pied ont décidé de nourrir la bonhomie de ce genre d'instants.

Alors, ils accourent. Ces vins, dévoués à la noble cause, n'ont pas de nom, mais on les connait. Ils ont une place de choix dans notre cave, souvent le casier ou l'étagère la plus accessible. Si on voulait les affubler d'un petit sobriquet, on parlerait peut-être de chair à canon, tant leurs rangs se font décimer avec une aisance à faire pâlir n'importe quel stratège militaire. Mais bien heureusement, s'ils vont au front, c'est avant tout pour faire don de leur générosité liquide. Ils sont un peu les Laurent Voulzy de la lutte armée... (Changer le monde avec des bouquets de rosé bien frais...)

Sans réel uniforme, ils ont tout de même quelques attributs communs. D'une fluidité sans pareil, ils glissent sans commune mesure sur les pentes alertes des gosiers les plus abrupts. Des jus faciles arborant le plus souvent la fougue d'une jeunesse insolente. Calibré à minima, on leur préfèrerait le plus souvent le format magnum. Blanc, rouge ou rosé, peu importe leur teint, ils feront rosir nos pommettes. Servis un peu frais, leurs tanins ne vous en voudront pas car ils ont le plus souvent le tranchant d'un couteau à beurre. Bref, de vrais bons copains, livrant à qui le veut, le fruit de leurs entrailles. Ici, point d'étiquette, ni de descriptif pompeux. Non, le vin qui désaltère ne s’épanche nullement sur un éventuel dessein littéraire. On le boit, on profite de sa fraicheur, de son fruit, de son évidente naïveté, et c'est déjà beaucoup...
Montage créé avec bloggif
Voici donc une sorte de menu déroulant de mes réservistes de ces derniers temps, malheureusement pour eux, plus aucun d'entre eux n'est à l’abri sous sa capsule...
Je profite aussi de l'occasion qui m'est donnée de pouvoir vous parler de ces glouglous du quotidien, pour vous causer de ma dernière trouvaille en la matière. Un jus ligérien, ayant planté ces racines du côté de Cheverny. Un assemblage de pinot et de gamay saupoudré d'une pointe de cabernet-franc qui vous lave les papilles en y déposant gracieusement un petit panier de fruits rouges. L'Envol, un vrai canon de soif, façonné avec évidence par Jocelyne et Michel Gendrier au Domaine des Huards. Trouvez-en un carton, quelques tranches de jambon ou autres cochonnailles rendant hommage au président du mois et vous en manquerez avant d'avoir eu le temps de vous apercevoir que votre stock si chétif est déjà épuisé. Une pépite, abordable, comme tous ces petits bonheurs liquides qui peuvent jalonner le quotidien simple, gourmand et joyeux des esthètes du verre et de l'assiette.



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Le verre de rouge idéal...

À l'âge d'acheter ma première guitare, je n'avais qu'une envie : pouvoir laisser glisser mes doigts sur le manche vernis d'une Gibson pour revisiter avec l'indulgence d'un auditoire aussi exigeant qu'un jury de télé-crochet carburant à la Kro, les standards d'une éducation musicale ne boudant pas les décibels. Mais avec le temps, même si l'on n'a pas encore appris à dompter les envoutantes mélodies craquant encore sous le diamant de la Thorens familiale, on se prend tout de même à essayer de comprendre l'instrument que l'on a entre les mains. De la brillance cristalline d'une Strat' à la douceur rondouillette d'une PRS, de la chaleur tubulaire de ma Les Paul au ronron un rien sale et charmeur d'une White Falcon, le simple fait de connaître l'objet de son futur bien-être musical, de le toucher, d'en ressentir chaque pièce, chaque vibration, décuple le plaisir bien au-delà de toute série de quatre accords, fussent-ils d'une efficacité sans pareil.
Mais pourquoi venir mêler le destin musical raté d'un ado boutonneux à la descente d'un godet de rouge me direz-vous ? La réponse est pourtant simple : LE TOUCHER. Cette source inépuisable de plaisir, trouvant ses origines dans l'assiette ou sous la couette, ne détourne pas le regard à l'heure de se jouer de quelques tanins...
Du bout de la langue, un frôlement doux ou plus sévère, les papilles qui frémissent, les mâchoires croquant leur dû comme un plat de résistance... Le vin a soif de caresses, tout comme la bouche peut se languir d'étreintes purement physiques. Pour cela, rien de tel qu'un verre de rouge, responsable en un instant du frisson hérissant le poil de votre échine soudain tombée dans les méandres du plaisir charnel. Un ravissement dont la cause n'est autre que ce simple et primitif ressenti papillaire. Le jus glisse, tapisse, se joue ainsi de chaque cavité, dévoilant ses charmes avant même que l'évidence d'un écho de fragrances débusqué de prime à bord au dessus du verre ne vienne parasiter cet enlacement encore hermétique au parfum de l'ivresse.
Oui, depuis pas mal de temps déjà, je dois bien admettre que si un rouge vient à me faire dresser les poils, c'est rarement à cause de ses effluves de fraise des bois, d'hibiscus ou de poivre de Tazmanie. Non, c'est le plus souvent grâce à son grain. Certes, on ajoutera à ce tissu d'émotions quelques critères pouvant s’apparenter au goût ou à l'odorat, mais cela reste tout de même une impression de plaisir assez enfantine, voire primitive.

La recette de ce canon faisant tourbillonner mes papilles ?

Une bonne dose de fraîcheur, une impression de pureté amenant le vin à glisser sans anicroche du palais au gosier, une structure bien présente mais dont le maillage s’apparenterait plus à un morceau de popeline qu'à une toile de jute et un discours ample du type "caractériel discret", genre qui n'a pas besoin de gueuler pour montrer qu'il est là.
Côté aromatique ? Il ne faudra pas être trop bruyant. Il est des poignées de main, des accolades qui valent de longs discours. On laisse tomber aussi la bonne vieille tape dans le dos qu'on garde pour les apéros "saucisson" ou encore le blabla putassier du pinard dont t'as l'impression qu'il a quelque chose à te vendre. 

Non, décidément, plus j'écris, plus j'y pense et plus je crois que ce rouge parfait ne parle pas, il chuchote, murmure. Il se fait comprendre, et semble aussi, de son toucher souple et entraînant, s'émouvoir de l'intérêt qu'on lui porte. Il n'est pas non plus toujours des plus complexes, mais arbore plutôt fièrement le mordant sauvage de sa jeunesse. Qu'il soit pinot ou syrah (le plus souvent), carignan, cinsault ou merlot, il s'y cache toujours derrière, un vigneron de talent, respectueux de son terroir. En témoigne ces quelques bouteilles dont j'ai pu parfois parler ici ou là. Un Chambolle du Domaine Arlaud, un Cornas de Matthieu Barret ou un Crozes de David Reynaud, une Pervenche de Thierry Valette en Castillon, un Pradel de Xavier Braujou... 

Tous ces flacons témoignent d'une même impression, celle que le toucher prévaudra toujours, que cette promiscuité des sens où la parfumerie supplanterait la délicatesse d'une discrète caresse n'est en fait qu'une illusion. Car si l'on peut s'enivrer d'un bouquet, l'odorat ne supplantera jamais le toucher quand il s'agit de démystifier, comprendre ou partager...
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La Part de l'Orage.

Ça y est ! Il est enfin là... Livré dans les premières tavernes, caves et autres adresses de choix. Et non, il ne s'agit pas du dernier tome des Tronches de Vin, guide pinardier de référence dont on reparlera bientôt.

Non, celui dont je vous parle aujourd'hui, c'est ce dernier né, sorti au forceps des caves de Frédéric Palacios. La Part de l'Orage, jus solidaire venu des quatre coins de l'Aude, suite aux événements climatiques ayant ravagés une partie du département durant l'été 2014. Quelques minutes de grêle, d'apocalypse. Quelques minutes ayant détruit le travail de plusieurs années, laissant un vigneron démuni face à un destin que l'on n'ose pas imaginer un jour, bien que l'on connaisse les risques du métier.  

Frédéric, c'est ce jeune vigneron de la Malepère, terroir de "mala pèira", mauvaise pierre friable faisant le bonheur des racines accrochées aux flans du Mont Naut.
source : Facebook - Frédéric Palacios
Frédéric, c'est la sincérité à l'état liquide, des jus denses et élégants, arborant fièrement un caractère sans pareil. C'est d'ailleurs assez troublant de constater que la personnalité d'un vigneron se retrouve parfois de façon évidente dans ses vins, où qu'il passe, quelque soit le cépage qu'il vinifie. Cette impression que le terroir se livre pleinement, confiant envers celui qui le chérit et que la patte du vigneron vient s'apposer ensuite comme une signature sur chaque bouteille. Que ce soit bien clair, je ne parle pas ici d’uniformisation du goût. Ici, point de carbo charmeuse venant aguicher le chaland à grands coups de rondeur fruitée exemplaire. Non, juste l'impression de boire cette colline baignée du pourpre de ses raisins révélés à nos papilles par la passion et le talent d'un vigneron.
Alors, une fois le fruit de son travail à terre, il fallait trouver une solution. Et comme pour Édouard Fortin et Robert Curbières, c'est un élan solidaire initié par l'association Changer l'Aude en Vin qui permettra au tenancier du Mas de mon Père d'espérer des jours meilleurs. Une asso locale composée de copains de choix ayant comme qualité principale, outre leur générosité, une faculté à élaborer de sacrés bons pinards. Tous ces vignerons ont ainsi décidé d'offrir une partie de leurs raisins au voisin de la Malepère, afin qu'il puisse élaborer une cuvée lui permettant de tenir la tête hors de l'eau. Et voilà donc notre Arzenais sillonnant l'Aude en quête d'avenir liquide et d'amitié. C'est ainsi que nous avons pu suivre durant plus d'un mois le parcours de celui qui allait enfin pouvoir se remettre à faire ce qu'il sait vraiment faire : du vin.

Plus diffus que l'itinéraire d'un TER arpentant la campagne, ce périple mena donc la fourgonnette de Frédéric des bords de mer où sévissent Marc Castan et la famille Mann, au Carbardès de Guilhem Barré, Edouard Fortin et Clément Mengus ; des proches limouxins Gilles Azam et Etienne Fort aux pensionnaires des corbières : Sophie Guirodon, Rémi Jaillet ou Xavier Ledogar. Sans oublier un petit détour par le minervois et les jus du Loup Blanc, de Benjamin Taillandier ou encore ceux de Jean-Baptiste Sénat. J'en oublie peut-être, mais cette tournée des copains sonnait déjà comme un vrai retour aux affaires...

Au final, une vendange qui ne pouvait être que qualitative et l'opportunité pour un grand vigneron de présenter à tout amateur de bon vin le visage gourmand et solidaire d'un département de choix. Il ne manquait plus qu'un nom à cette cuvée. Et c'est suite à une rencontre avec Grégory Nicolas, auteur du livre La Part de l'Orage, que ces flacons purent être baptisés... 
La Part de l'Orage, appellation pleine d'humilité, rappelant, s'il en était encore nécessaire, la déférence du vigneron face à Dame Nature et ses sautes d'humeur. Mais aussi un beau petit ouvrage de nouvelles arrosées de bon vin avec générosité et talent. Un bouquin à siroter un verre à la main, un verre de ce "melting-potes" audois, évidemment. Car comme on pouvait l'espérer, La Part de l'Orage est un vrai bon vin. Quelques minutes d'ouverture, le temps de se dégourdir les articulations et glisse dans le verre un jus plein de relief, sérieux mais gourmand, fluide mais prenant le temps d'exposer sa personnalité. Une vrai partition de fanfare, ou chaque terroir résonne comme un instrument différent au service d'une gaieté liquide qu'on se plait à déguster, que dis-je, à boire simplement... Pas vraiment le genre de vin que l'on analyse, mais plutôt celui que l'on partage afin d'en respecter le dessein. Car comme me le disait Grégory Nicolas il y a quelques jours : Le vin, les livres, on les fait pour la même raison. Pour les gens. 

Une cuvée (autour des 10 euros) que vous trouverez chez votre caviste local ou au domaine, à moins que vous n'ayez déjà pré-réservé vos bouteilles dès la fin de l'été, quand le projet vit le jour. Une cuvée qui sera, à peu de choses près, l'unique ambassadrice du domaine pour représenter dignement ce millésime 2014. Un millésime marqué par la folie des éléments, mais à présent, aussi, par cette éclaircie venue de ces quelques valeurs simples que sont le partage, l’entraide et la générosité. 
 
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Télégramme ariégeois (qui rime avec millas)

NAILLOUX 02032014 - 16h39

SOUVENIRS ENFANCE / MILLAS / DIMANCHE SOIR / IDÉAL / SOIRÉE HIVERNALE

RECETTE ARIÉGEOISE / LEST POUR ESTOMAC / DESSERT SUCRÉ / MAIS AUSSI SALÉ

COCOTTE FONTE / BOUILLIR 50 CL LAIT + 50 CL EAU /  AJOUTER 400 G FARINE MAÏS

REMUER CUILLÈRE BOIS / AJOUTER 150 G BEURRE ET 150 G SUCRE / PINCÉE SEL 

REMUER CUILLÈRE BOIS / QUAND CUILLÈRE BOIS TENIR BIEN DROITE DANS COCOTTE 

ENVIRON 20 MIN / ÉTEINDRE FEU / AJOUTER RASADE ARMAGNAC ET GOUSSE VANILLE  

ÉTALER SUR TORCHON / 2 CM ÉPAISSEUR / LAISSER REFROIDIR SUR REBORD FENÊTRE  

DÉCOUPER RECTANGLES / DORER DANS BEURRE OU SAINDOUX / SUCRER UN PEU

MANGER CHAUD / APRÈS BAIN DU DIMANCHE SOIR / PRÊT POUR AFFRONTER SEMAINE

ABISTODENAS 





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