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VDV #71 : Oui, le GRAS, c'est bien la VIE !

Le gras vous intrigue, vous émeut, peut-être même que vous lui vouez un culte pernicieux... Quoi qu'il en soit, si vous lisez ces quelques lignes, c'est bien car le gras vous questionne, vous interpelle et qu'il mérite que l'on s'y attarde, et vous avez raison.

Ce mois-ci, donc, me voici en charge d'administrer cette 71ème éditions des vendredis du vin. Destin saisonnier s'il en est (puisque c'est la seconde fois que j'officie en tant que tyran en chef de cette cérémonie vino-numérique), c'est avec un plaisir renouvelé que je me dévouais donc à présider aux destinées littéraires de notre passion commune : LE VIN.

Et pour m'attirer les services des plus belles plumes de la glouglousphère, afin de nourrir cette soif de découvertes liquides mensuelle, charge à moi de proposer à cette faune de soiffards scribouillards un sujet à la hauteur de leurs papilles. Alors, au sortir d'une introspection digne des plus grands rituels chamaniques, un thème est apparu, comme une évidence : LE GRAS.
Mais attention, pas n'importe quel gras, car au creux de mon dictionnaire personnel, plusieurs définitions cohabitent déjà.
Gras, grasse : adjectif (du latin populaire grassus, du latin classique crassus, épais)
1- Qui a un humour douteux, notamment en fin de repas et parfois aussi un peu avant tout le monde.
Ex : Maurice, 21h30, avant d'attaquer le fromage : « - Pourquoi les belges changent rarement les couches de leurs bébés ? Parce que sur l´emballage c´est écrit: "Jusqu´à 19 kg".  - T'es gras Maurice ! »
2- Qui contient du beurre en quantités suffisantes pour affronter la saison hivernale et le reste de l'année (ou tout autre corps gras reconnu pour son pouvoir isolant).
Ex : « - T'es sûr qu'il est assez gras ton lard ? - T'as raison, passe moi le beurre Michel, j'ai froid... »
3- Se dit d'un vin qui cocoone ton palais, le caresse et le dorlote avec le moelleux et l'onctuosité d'un morceau de sax un soir de Saint-Valentin.
Ex : « - Avec ce vin j'ai l'impression d'avoir un édredon qui me cajole les papilles, c'est gras à souhait ! »
Voilà, ne reste plus qu'à choisir son orientation littéraire... On tirera d'ores et déjà un trait sur la première explication, non sens évident à l'heure de disserter de poésie liquide. Reste donc à voir la place que l'on souhaite accorder aux deux inséparables de la gourmandise, et trouver ainsi l'équilibre de cette narration grassouillette du verre et de l'assiette. 
Mais le gras dans le vin, c'est aussi une histoire de goût... Pour moi, il rime avant tout avec vin blanc, la structure tannique du rouge contrebalançant aisément toute tentative d'intrusion adipeuse en son sein. Et surtout, qui dit gras, ne dit pas nécessairement manque d'acidité. Une acidité mordante que j'affectionne tout particulièrement, ne faisant pas forcément mauvais ménage avec notre potelé de service. D'autant plus s'il se dégote, au rayon bourrelets estivaux, un allié tel que le sucre, lui qui possède à mon humble avis tous les atouts pour jouer des coudes sur la balance des plaisirs plantureux du jour.
Alors, ce mois-ci, comme le thème imposé est empreint d'une évidente dimension affective, c'est d'un vin de famille, un vin de générations, dont je vais vous parler. Nous voilà de retour à Puimisson, chez Jeff Coutelou, pape du vin languedocien à haut niveau de buvabilité, pour y découvrir un brin d'Histoire, la vrai, celle avec un grand "H".

Une Histoire qui commence il y a plus de deux cents ans... non, je ne déconne pas. Ici, point de légende douteuse ou d'énième racontar mielleux, mais bel et bien, au fond de quelques bouteilles, un vécu plus que centenaire, dont le repos bonificateur fit face à l'abdication de Napoléon, aux échos de Verdun ou au premier disque d'or de Jean-Pierre Mader. 
Une parcelle, tel est le point de départ. Une parcelle complantée, afin de laisser œuvrer le vent, comme pollinisateur de premier choix. Dans ces rangées, du grenache, du muscat, un peu d'autres choses... Un joyeux bordel savamment organisé, pour que la nature puisse œuvrer et que l'homme puisse travailler. Et au final, après plusieurs décennies de transmission orale, un homme, ayant la main mise sur un véritable livre d'Histoire. 

Alors, dans ma bouteille, tirée à 24 exemplaires d'une barrique qui n'en demandait pas tant, c'est comme une parenthèse sur le passé qui s'ouvre, balayant d'un revers de main  l'attentisme tout relatif que ce vin de méditation semblait dégager. Car derrière cette longue attente, c'est une transmission intergénérationnelle qui suinte inexorablement de nos verres.  

Ici, le gras c'est l'alcool, le grenache le magicien, le temps la raison...
Le nez transpire une résine vive et gourmande, le café, le tabac, mais aussi la figue fraîche et le cacao se mêlent à cette orchestration d'envergure. Et le poids des ans trouve finalement toute sa légèreté dans un équilibre dont seule l'alchimie du temps passé possède la clé. Le rancio se fait discret, mais souligne pleinement une trame fougueuse que l'on sent inépuisable. À ce moment précis, le gras se doit d'enrober l'ossature si dense et bavarde de notre arbre généalogique liquide façonné en pays biterrois.

Lui, nu comme un ver, nourrit au simple jus de raisin familial, bâti dans l'humilité des échanges de générations, construit sa cuirasse avec ses armes : une vivacité conjuguée à l'amplitude dodue d'un caractère hors du commun. En somme, une belle définition du gras, ce compagnon fidèle et généreux, spirituel à souhait, souvent sublimé par la mélodie d'une belle soirée, au coin d'un feu de cheminée, lors d'un de ces songes d'une nuit automnale, où le temps, comme à ses débuts, doit pourvoir faire son œuvre...

Oui, le GRAS, c'est bien la VIE. 

Ce gras noble, nappant depuis sa genèse les douelles marquées par le sceau d'une famille que la liqueur de ces jus de mémoire enveloppe, porte ainsi en son cœur toute une existence. Une existence qu'on l'on prendra plaisir à enlacer tendrement, embrassant un instant du bout des lèvres le dessein de ce vestige du temps passé, à l'avenir encore radieux.

Celui qui veut conquérir la joie,
Malgré lui, la brisera ;
Celui qui, quand elle passe, sait doucement l'embrasser
Pourra toute sa vie en profiter.
 
He who binds to himself a joy
Does the winged life destroy;
But he who kisses the joy as it flies
Lives in eternity's sun rise. 

William Blake
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Bref, j'ai fêté le beaujolais nouveau.

Bref,

Ce matin : Je pète la forme ! et c'est bizarre. Moins bizarre que d'utiliser cette expression vieillotte, mais je me dis qu'en fait : je suis marié, j'ai un gosse, un crédit, alors ça passe. Il est 7h00, je me regarde dans la glace, je me pèse, je me dis que j'aurais mieux fait de commencer par autre chose et que je suis un peu maso.

Mais en fait, c'est parce que depuis que j'ai la trentaine, je fais attention. J'utilise un shampoing contre la chute des cheveux, mais ça marche pas ; je fais du sport pour entretenir ma ceinture abdominale, mais comme je mange du saucisson, effectivement, j’entretiens ma ceinture abdominale. Alors, comme tout le monde : j'essaie de faire gaffe.

Résultat, ma femme et moi, on a pris des résolutions pour la semaine. Enfin, surtout ma femme. 
Principe n°1 : découvrir que la charcuterie n'est pas un aliment indispensable passé vingt heures.

Principe 2 : la soupe ça fait grandir, mais pas que. On peut donc continuer à en manger passé l'adolescence.

Principe n°3: L'eau n'est pas un produit nocif. Il est donc inutile de s'ouvrir une bouteille de vin tous les soirs.
Mais bon, n'empêche qu'aujourd'hui je pète la forme et c'est pas normal. 

Petit retour en arrière...

Hier, c'était jeudi. Jeudi, c'est la fin de semaine, mais pas trop. C'est frustrant, mais pas trop. Mais surtout, hier, c'était le beaujolais nouveau...

Si je tenais les gars qui ont décidé de coller le seul truc sympa du mois de novembre en milieu de semaine, je crois que je les mettrai à la soupe à grands coups de saucisson sec sur la nuque.
« - Et les gars, novembre c'est vraiment un mois pourri.
- Ouais, c'est vrai ça : il flotte, y a la Toussaint, le 11 novembre, les anniversaires de Patrick Sébastien, Florent Pagny et BHL...
- Ok, ok. Bon, parce que j'avais un truc sympa à proposer, une sorte de fête du vin nouveau, mais je crois qu'on va pas casser la dynamique. 
- On a qu'à foutre ça un jeudi ?
- Bonne idée ! »
Donc, ce jeudi, la routine s'annonçait : métro, boulot, dodo. Heureusement, j'allume l'ordi, un petit tour sur les réseaux sociaux, message d'alerte pinardier à tous les étages, et paf ! Tout à coup, c'est une tonne de souvenirs de jeunesse qui remonte à la surface. Premier Bojo, dix-neuf ans... euh... en fait, je m'en rappelle pas. L'année suivante, c'était beaucoup mieux, mais... euh... cela reste très flou. Bref, le beaujolais nouveau, c'était top, ça c'est sûr, même si le lendemain matin, j'avais tout de même très mal à la tête... et ça, je m'en rappelle.
Ne voulant pas céder au syndrome du :
« - Et les gars, le bojo, c'était mieux avant !
- Ouais, c'est bien vrai, on avait mal au bide et une gueule de bois monumentale, mais c'était cool.
- Et puis faut qu'on soit raisonnable... »
J'ai pris mon manteau, j'ai pensé à mettre une petite écharpe et j'ai filé chez mon caviste. C'était moins rock n' roll qu'il y a quinze ans, mais je ne voulais pas choper un rhume. Là-bas, c'était pas pareil, on avait pas de gobelet en plastique, le bojo sentait pas la banane et tout le monde regardait sa montre parce qu'il y avait le petit à baigner, les devoirs à faire ou le chien à promener. J'ai attrapé une bouteille en pensant au principe n°3, récupéré un saucisson en pensant au principe n°1 et surtout j'ai bu ma soupe en rentrant, parce que quand même, faut faire gaffe.

Bref, j'ai fêté le beaujolais nouveau.

Montage créé avec bloggif
David Farge "ABISTODENAS"

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Plus de Bref.
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CINSAULT(veur) #9 : Avoir un bon copain...

J'ai failli ne pas écrire ce billet. J'ai failli retenir ma plume pour une simple et bonne raison : en ouvrant et dégustant le canon dont je vais vous parler, j'avais l'impression de faire une connerie...

De quoi je vous parle ? D'une des innombrables cuvées de Jeff Coutelou, plus particulièrement de sa filière cinsault, qu'il exploite à merveille, conscient du potentiel de ce cépage. Le Mas Coutelou, je vous en avais déjà parlé il y a quelques temps, lors d'une première exploration des ambitions liquides du domaine. On y causait d'ailleurs déjà de cinsault, car Jeff le décline en deux cuvées bien distinctes. Une première pour les assoiffés : 5SO, qu'il qualifie lui même de simple, et une seconde, nommée COPAINS, dont nous parlerons dans quelques instants.
5SO, donc : le genre de vin sans prétention que tu te dois d'avoir en cave. Le truc simple qui n'attend pas que l'on fasse chichi-pompon autour de la bouteille pour s'en accommoder. Impression gourmande mais fugace, donnant ainsi l'envie pressante d'y revenir.
Une biberonade de cinsault, un jus frais et digeste dévalant les pentes à la façon d'un Jean-Claude Killy de la grande époque. Du glouglou fait en vinif traditionnelle, mais cuvaison courte, tout rond, tout mignon. Ce n'est certes pas un vin compliqué, mais comme on choperait un Astérix avant d'aller au lit, parfois un peu de simplicité ne fait pas de mal. Du fruit, du cranberry, et c'est parti ! (disais-je il y a quelques mois...)
Mais revenons à nos COPAINS. 

Une bouteille que je venais de récupérer, un bébé issu du dernier millésime de la maison. Et donc, après quelques rasades, le sentiment d'un indicible amour à partager... Car si on a l'habitude de dire que les vins du Mas Coutelou sont d'une désarmante générosité, d'un plaisir des plus immédiats, il serait totalement faux de leur coller l'étiquette de simples copains de comptoir. Non, ces COPAINS sont en fait de vrais amis. De ceux que l'on voit grandir, puis vieillir. De ceux que l'on voit prendre de l'embonpoint et des idées.
Alors, quand le tire-bouchon fit sauter la tétine de liège encore nécessaire au sommeil profond de ce nouveau-né, c'est avec une grande prudence et beaucoup d'affection que nous vîmes couler dans nos verres les premières larmes causées par ce réveil précipité.

Une robe sombre aux reflets d'un cassis bien mûr glisse sur les parois du verre comme un marmot qui viendrait d'éclater quelques baies sur ses lèvres. Le nez est franc, droit et sauvage, porté par d’entêtantes notes de framboise. Loin d'être façonné par le temps, on sent que cette fraicheur brute du fruit protège un discours bien plus profond que seul le temps pourra mettre à nu. C'est frustrant, mais cette insouciante jeunesse du propos à aussi ses avantages. Car si l'immédiateté de ce jus porté par une fougue mordante donne à cette quille un air de franche camaraderie, il en reste néanmoins un beau vin profond et équilibré, doté d'une acidité prometteuse. Un vin ne livrant à ce jour que les premiers mots de sa jeune existence, mais dont les années à venir peaufineront un argumentaire dans quelques temps plus dense et plus complexe.

Comme je me rabâche à le dire, le cinsault est de ces grands cépages méconnus : comme ce gamay que l'on imagine ne tordre qu'en novembre, alors qu'il sait prendre l'élégance de sa Bourgogne natale quand on lui en laisse le temps ; comme ce carignan si plaisant sur sa jeunesse, mais qui, évitant les macérations carboniques et affrontant le poids des ans, sait aussi se révéler si subtil, épicé et complexe ; le cinsault à aussi cela pour lui : il sait plaire à tout âge. Mais comme dans toute relation affective, il sait aussi attendre pour se dévoiler et laisser à discrétion des plus curieux d'entre nous, ce message de patience, scellant d'autant, une amitié que le temps aura renforcée. 

Histoire d'apprendre un peu mieux à se connaître, je m'en irai prochainement faire un petit stock de cette joyeuse bande de COPAINS. Et nul doute qu'avec le temps, de Puimisson, plus que des flacons, se seront de vrais amis avec qui nous trinquerons. 


David Farge "ABISTODENAS"

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CINSAULT(veur) à la carte...

Carte des cuvées de cinsault dégustées sur le blog :
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Télégramme choupinou...

TOULOUSE 14112014 - 13H05

SOUVENIRS ENFANCE / CHOUQUETTES / GOÛTER GONFLÉ / IDÉAL / APRÈS-MIDI PLUVIEUX

RECETTE COMPATIBLE / PULLS AMPLES / PANTALON STRETCH / RÉSERVES AVANT HIVER

FONDRE 80 G BEURRE DANS 25 CL EAU + LAIT / HORS FEU AJOUTER 150 G FARINE

CUILLÈRE BOIS / SÉCHER PÂTE DANS CASSEROLE / CUILLÈRE BOIS / AJOUTER 3 ŒUFS

QUAND PÂTE TEXTURE PURÉE ÉPAISSE / REMPLIR POCHE À DOUILLE / DRESSER PLAQUE

PETITS PÂTÉS POINTUS / APLATIR PAS COMME BRUTE AVEC DORURE / SAUPOUDRER 

SUCRE EN GRAINS / CUIRE 18 MINUTES / OU UN PEU PLUS / UN PEU MOINS / FOUR 200°C 

MANGER RAPIDEMENT / CAUSE CHAPARDAGE / MEILLEUR TIÈDE / AVEC THÉ ET CHEMINÉE

ABISTODENAS 

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Introducing VDV #71 : Le GRAS, c'est la VIE !

Charnu, dodu, épais, moelleux, onctueux, épais, plantureux... Les qualificatifs ne manquent pas à l'heure d'évoquer ce compagnon du quotidien, tantôt réprouvé par la morale de l'assiette, tantôt adulé par l'estomac criant famine. Oui, le gras, qu'on le veuille ou non, est un de ces fidèles compagnons de nos vies. Que se soit sur le chemin tortueux menant au maillot de bain estival, ou l'hiver naissant, sur la table massive supportant quelques repas caloriques et prévenants : le gras reste un de ces dévoués partenaires que l'on ne peut ignorer, et que l'on finit par accepter, voire à sanctifier secrètement (ou pas). 

Oui, alors que le froid tombe enfin sur nos nuques anguleuses (ou presque), que les efforts de l'été sont déjà loin, il est maintenant temps de faire des réserves. Le gras devient alors un allié de circonstance. L'idée d'un inventaire vinico-calorique des forces en présence, sorte de simple (mais indispensable) manœuvre de dissuasion saisonnière, à l'heure où les tisanes et autres infusions tentent de récupérer la place laissée vacante par les petits rafraichissements que supportent allègrement ces fins de journée baignées d'une chaleur aujourd'hui perdue, semble ainsi un minimum dont doit s'enquérir le web pinardier.

Car, qu'on le veuille ou non :



Ainsi, à l'occasion de ce dernier épisode de l'an de grâce 2014, les vendredis du vin vous convient à partager votre vision, votre interprétation, votre métaphore liquide, de cette admirable organe de plaisir quotidien : LE GRAS.

Alors, lorgnerez vous du côté de la cuisine ? Ce serait un brin facile, mais pourquoi ne pas rafraîchir de quelques jus glissants une cuisine hivernale un brin calorique ? À moins que vous ne fassiez du gras une composante propre au vin, et que vous ne décidiez de vous aventurer sur le terrain sirupeux et replet de quelques flacons de votre cave. Et si un brin de romance venait à habiller les mélodies liquides choisies pour l'occasion...

Bref, vous l'aurez compris, le gras est un de ces agents du verre et de l'assiette pouvant se conjuguer à l'infini. Alors ce mois-ci, mettez vos cellules adipeuses en émoi, partez en quête de votre grassouillet liquide favori, et capitalisons ensemble, avant que l'hiver ne vienne s'attaquer à nos réserves. 

Enfin, pour que cette communion digitale perpétue ses valeurs d'échange et de partage, n'hésitez pas à user du clavier comme de votre tire-bouchon, et rendez-vous vendredi 28 novembre pour un riche déballage vinique à en faire frémir un rouleau de couenne.

Comment participer ?
- Annoncez le thème des Vendredis Du Vin dans votre article.
- Faites un lien vers le blog du président du mois et le blog des Vendredis du Vin.
- Publier votre participation sur votre blog, sur la page Facebook des Vendredis du Vin et sur celle de l'événement.
 
Si vous n’avez pas de blog, vous pouvez m’envoyer vos textes et photos par mail (abistodenas31@gmail.com) ou poster votre participation en commentaire ici.

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Un petit bain de JOUVES-ence...

Putain que ça fait du bien ! Que ça fait du bien ce genre de journée, où l'on foule la terre, que l'on ressent le vin du sol au verre, que l'on serre la paluche du vigneron derrière tout ça, que l'on prend le temps, que l'on a le temps. Un temps de vacances où la nature ne s'est pas encore parée de son dégradé automnal. Nous sommes à Trespoux-Rassiels, chez Fabien Jouves... Il reste quelques raisins bien mûrs derrières les feuilles encore baignées de soleil, mon petit y trempe allègrement les doigts et sa bouche se teinte rapidement d'un jus de plaisir qui fait du bien à voir. Oui, une bien belle journée... Et qui plus est, en bonne compagnie ! Sandrine, notre blogueuse nombrilo-féministe, venue de son plat pays, nous faisant l'honneur de partager cette journée familiale à nos côtés.

Ainsi, à l'aune d'une telle rencontre, je ne pouvais vous épargner un calembour de haut vol, digne de notre docteur ès intitulés à la noix. Un titre à valeur d'hommage, respirant le jeu de mots à outrance, qui fera la joie des amateurs du genre, mais qui nécessite tout de même quelques excuses pour son niveau déplorable.
Mais reprenons le fil de notre visite. Après des présentations fleurant bon l'impatience découlant de ces mois de proximité numérique, après le choc émotionnel et mutuel, lié au phrasé coloré que belges et blogueurs-cassoulet (sic) partagent, nous avons retrouvé Fabien Jouves pour une dégustation des bouteilles à la vente. Sous les jambons de compétition de Patrick Duler, les verres défilent, magnifiant à chaque fois un peu plus le malbec, emblème ampélographique des terres cadurciennes. Et pourtant, que le chemin fut dur ! Car dans l’échantillonnage dégusté ce jour, nombre de pensionnaires du cru 2013 passaient dans nos verres... Une année difficile marquée par la grêle. D'ailleurs, au Mas del Périé, certaines cuvées n'auront pas vu le jour, les quantités épargnées restant faibles. Un millésime de vigneron, diront certains ; une véritable année de merde, dira Fabien, à qui l'on souhaite de ne pas avoir à revivre ça. Des tailles complexes, un abattement certain, avant que quelques mois plus tard, la vigne ne montre de réels signes d'une vitalité retrouvée. Aujourd'hui, les rangs semblent avoir bien digérés cet épisode, mais ce ne fut pas si simple. Bref, il fallait faire du mieux possible en 2013, découvrons donc le résultat... 

On passera rapidement sur la matière parfois un peu faiblarde, mais on ne pourra ignorer la pureté de ses jus bien ciselés, à dix mille lieux des représentations que le Cahors peut laisser dans l'imaginaire collectif. Effet millésime, mais pas seulement...

Car je ne sais si c'est mon palais de fillette endolorie qui fait de moi une exception sudiste allergique aux jus carénés comme des camionneurs d'Europe de l'Est (oui, je fais dans la caricature graveleuse parfois), mais moi, ce 2013, je lui trouve du charme. Sa vivacité m'a véritablement emballée, notamment sur la cuvée Amphore, où le malbec semble si pur et si fin, qu'on finirait presque par vouloir en faire des ablutions. Le reste de la gamme fut dégusté sur des mises sans soufre, pour un plaisir exponentiel, des Escures aux Acacias, et plus encore avec La Pièce, cuvée issue d'un terroir d'exception, parfait terrain de jeu pour enfant, avec ses fossiles et ses belles allées vigoureuses, synonymes d'une vigne en excellente santé.

Oui, journée se passe, on échange avec passion autour des cuves hébergeant le prochain millésime. En plein façonnage, celui-ci s'annonce plus dense. Fabien est content de ces 2014 à venir, et partage avec nous ses facultés de projection autour de jus encore en plein travail. Sans aucune prétention, avec une humilité des plus respectables, il dépeint alors ce qui n'est encore qu'une esquisse dans nos verres, et explique toujours être en quête de compréhension pour essayer de faire de grands vins.

Un but ultime exaltant sa curiosité, grande qualité, quand chaque jour on risque l'enfermement dans un quotidien toujours plus prenant. Mais Fabien sais aussi lever la tête du guidon. Pour preuve, ce repas de midi, partagée dans une brasserie cadurcienne, où il sut nous régaler de quelques flacons à l’éclectisme évident. Cet appétit de savoir se retrouve aussi à la cave, où de multiples expériences voient le jour, on y croise ainsi tour à tour, des amphores, des blancs en macération (aux trompeuses apparences de cassoulet), quelques bidons où l'on bidouille un rosé gourmand, tout en ayant une pensée pour le maître du genre : Eric Pfifferling... 

Bref, la nuit tombe, on prend quelques photos, la maman de Fabien insiste pour que les mômes grimpent sur les piles de cartons à l'effigie du domaine et avant de récupérer quelques bouteilles, on trempe les lèvres dans un ultime jus... Caché dans un coin du caveau de dégustation, une simple barrique de 250 litres laisse macérer depuis maintenant plus d'une année quelques grappes de malbec. La pipette plonge dans la décoction surprise et déjà les épices viennent titiller nos papilles en prise avec un jus à l'élégance souveraine. Une structure intense et pourtant si distinguée pare ce vin d'ambitions légitimes, car après quelques années de repos, peut-être que le grand vin que cherche tant Fabien se trouvera là...  D'ailleurs, cette année, l'intention devenue expérience a évolué pour prendre la forme d'un réel engagement, et une grosse vingtaine d'hectos de cette nouvelle facette du riche travail du Mas del Périé se retrouveront en bouteille d'ici quelques longs mois d'une plaisante métamorphose...
Ce fut une très belle journée rythmée par la simplicité et la fraicheur d'échanges passionnés. C'est pour ce genre de moments que l'on nourrit une passion, alors merci à toi Sandrine, à ta famille, et merci à Fabien... J'étais bien à vos côtés, et mon petit aussi, à n'en pas douter, lui qui n'aura pas été ménagé ce jour-là, est reparti un grand sourire violine en travers de la figure. Il y a des signes qui ne trompent pas !

PS: à propos des vins de Fabien Jouves, pensez aussi à découvrir cette cuvée d'un cépage assez rare : le jurançon noir.

David Farge "ABISTODENAS"





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CINSAULT(veur) #8 : Les Brunelles des Ledogar


Il est parfois de bon ton de se rappeler que boire de bons petits canons ne nuit pas à la santé, bien au contraire. Face au déferlement d'étiquettes en tous genres que tout amateur de vin voit défiler ou se plait à fantasmer à longueur de temps, l'humilité de quelques bons jus permet parfois de prendre du bon temps sans pour autant devoir se creuser la tête à analyser le pourquoi du comment du prestige d'une noble collerette. 

Bref, le cinsault a aussi cela pour lui, il sait se faire le modeste, tout en faisant preuve d'une rare empathie à votre égard.

Et le nouveau représentant dont je vais vous causer durant ces quelques lignes est de cette trempe là. 

Bienvenue donc, dans les Corbières, sur le terroir de Boutenac plus précisément. Bienvenue au Domaine Ledogar (anciennement Domaine Grand Lauze). Bienvenue à Ferrals les Corbières, village dans lequel sévissent Xavier et Mathieu Ledogar, amoureux de la nature, bien décidés à faire vivre la vigne au travers de leurs vins, le plus naturellement possible. Ici, on bosse en bio, les vignes de grenache et carignan composant la plus grande partie du domaine sont ainsi choyées suivant le calendrier lunaire, à coups de tisanes et autres décoctions bénéfiques. Durant les périodes fraîches, les sols sont enherbés pour favoriser la présence d'un véritable écosystème. Puis, dès les premiers rayons de soleil brulants, les labours commencent, évitant ainsi une concurrence malvenue entre vignes et herbes gourmandes en eau. Bref, ça bosse bien, et en plus, pour avoir goûté le domaine, de salons en quilles tombées ici ou là sur le comptoir, ça se goûte bien.

Mais revenons à notre cinsault. Ici, c'est donc en rouge qu'il sera traité*. Une belle vigne taillée en gobelet, travaillée en biodynamie, sur des sols argilo-calcaires mêlés de galets roulés, qui donnera, après un brin de travail, cette cuvée Les Brunelles.
Pour préserver le fruit, pas d'élevage bois sur ces jus, le vin restant dans la plus pure expression de son terroir. Et une fois dans le verre, malgré l'austérité des premiers instants, c'est un beau jus que l'on se plait à boire. Un vrai vin, avec du corps, un grain fin et souple, promesse d'un instant gourmand à venir. Peu à peu, l'aromatique du cinsault se révèle : fruit noir, bois de rose et empreinte épicée, le vin se veut simple et efficace, ça tombe bien, c'est ce qu'on lui demande ! Une cuvée 2012 tirée à 4000 exemplaires, plus quelques magnums, dont on me dit qu'il ne reste plus grand chose... 2013, satisfera les gourmands, mais aussi les plus prompts à se bouger : 700 magnums, le bon format pour ce genre de biberonade.

Comme à chaque fois ou presque, j'aurais tendance à dire, que ce style de vins accessibles se boit souvent trop jeune. C'est le problème avec ce genre de pinard pas trop cher (autour d'une dizaine d'euros) : on se débouche ça un peu trop facilement, et c'est dommage, car le cinsault a tendance à s'affiner avec un peu de bouteille, devenant plus floral, élégant... 

Il faudra alors replanter le tire-bouchon dans un nouveau flacon dans quelques années, ce qui je vous l'avoue ne sera pas forcément désagréable.

Ajoutez à cela une bonne dose de bonhomie à l'égard de collègues qui peuvent rencontrer des pépins et vous êtes certains, en plus, de boire les jus de gars franchement bien. En effet, suite aux problèmes liés à la grêle, ayant notamment touchée Frédéric Palacios, le Domaine Ledogar est aujourd'hui un maillon important du projet de cuvée solidaire déjà bien avancé ("La part de l'orage" sortira au printemps prochain), permettant au Mas de mon Père de faire face. Bravo à eux !
* Une bulle de cinsault a aussi été expérimentée. Une jus moins intéressant de l’aveu même de Xavier Ledogar, mais un vin au frisant désaltérant après quelques minutes d'ouverture, voire même un petit carafage.  
 


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CINSAULT(veur) à la carte...

Carte des cuvées de cinsault dégustées sur le blog :

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Blogus Vinus, dinosaure en voie de disparition...

Le blogueur vin est-il en voie de disparition ? C'est en tout cas le propos tenu (si toutefois celui-ci ne venait pas à se professionnaliser un peu) par quelques "penseurs" du vin.

Il est vrai que de donner du crédit aux blogueurs en général est une attention louable qui pose encore un peu plus la question de la place du quidam, du passionné, du journaliste refoulé ou du simple bavard ayant envie de partager son sentiment sur la toile. En ce qui me concerne, il y a longtemps que je voulais écrire à propos de l'activité de "blogueur". Je n'ai jamais vraiment osé, car premièrement je crois que je ne me prends pas assez au sérieux pour m'accorder un crédit d'analyse suffisant sur la chose, et deuxièmement, car les récits introspectifs ou les pauses méta-cognitives ne sont pas forcément ma raison d'être et d'écrire. 
Bref, la perche est aujourd'hui tendue, et je me sens d'humeur taquine pour la saisir et partager avec vous ces quelques lignes, ce léger bordel idéologique à propos de cet ambigu exercice qu'est l'écriture d'un blog. Car on ne fait pas du blogging comme on part se remuer l'arrière-train lors de son jogging matinal. Quand on écrit, il faut tout d'abord accepter d'être lu. Évident me direz-vous ! Pas tant que ça, car suivant qui lira vos bons mots (ou moins bons), la liberté de ton du blogueur dérangera peut-être. En effet, comme dans l'immense majorité des cas il ne touche pas un rond avec ce qu'il écrit, difficile d'avoir une main mise sur le clavier du scribouillard derrière son écran. Seul l'auteur pourra donc s'enquérir (ou pas) de son lectorat et des retombées de son propos. Après sélection, ces articles deviennent donc matière peu onéreuse, facilement exploitable, qui permet de proposer du contenu sans pour autant débourser un centime. C'est ce qu'ont bien compris quelques sites, proposant des revues de presse (sic) thématiques, clef en main, à leur lectorat, sous la forme de rétroliens bien pratiques. C'est gratuit, servez-vous ! Le blogueur aimant bien voir son ego flatté, il se contentera de statistiques de lecture en légère hausse, à moins qu'il ne s'en foute un peu, ce qui est finalement souvent le cas...
Mais là n'est sûrement pas le problème. Comme dit un peu plus haut, là où se joue véritablement la chose, c'est évidemment sur le contenu de ces billets. Car là où une rémunération peut éventuellement, et c'est regrettable, entrainer une ligne éditoriale lisse, consensuelle et souvent bien chiante, avouons-le, la gratuité de l'information, souvent nourrie par une passion et un désir du partage chez son auteur, ne permet que rarement une modération du propos. Alors certes, il n'est pas très gênant de voir quelques excités du clavier gueuler dans leur coin, mais dès que le lectorat se veut légèrement conséquent, cette liberté de ton, attise parfois la controverse et le débat. 

Intéressant me direz-vous ! Car quoi de mieux que des avis divergents pour faire avancer les diverses réflexions engagées ? 

Le problème, vous l'aurez compris, c'est que derrière ce parasitage de l'information de masse, il y a une industrie, des profits et une certaine vision inaltérable du marché. Alors, que quelques petits cons viennent mettre un peu de friture sur la ligne, ça gonfle un peu. Le pluralisme idéologique n'a jamais eu très bonne presse auprès des adeptes de l'uniformisation idéologique et consumériste. Et la place du blogueur dans cet univers fait de pertes et de profits a eu vite fait de mettre en branle tout un processus de phagocytose ou d’absorption desdits trublions. Preuve en est, de façon plus criarde encore, chez nos voisines les blogueuses "mode", "voyage", "puériculture" et j'en passe. Généralement nourries aux petits cadeaux, échantillons et invitations en tout genre, elles régurgitent le plus souvent quelques publi-reportages, publicités déguisées, qui n'ont plus rien de la critique constructive et indépendante aux origines du blogging. 
On l'oublie trop souvent, mais la critique peut être positive comme négative, c'est d'ailleurs ce qui fait avancer le schmilblick. Certains font d'ailleurs aisément commerce de ces argumentaires au vitriol, laissant l'exégèse de leur domaine de prédilection aux plus intègres d'entre-eux. Ainsi, accepter l'indépendance du propos, la liberté d'expression, c'est aussi accepter la critique dans son ensemble, avec ses ratés, ses incohérences, ses désaccords, son incompressible part de débat (stérile ou pas), la diversité de ceux qui la nourrissent... 

Mais point trop n'en faut, car pour en revenir à l'article relayé en préambule de ces quelques lignes, le blogueur trouverait son salut en rentrant dans le rang et en acceptant de monétiser son propos. Une forme de prostitution moderne en quelque sorte... présentée, certes, comme un deal gagnant/gagnant, mais au passage, et cela semble anecdotique, vidé de tout embryon critique. Il parait que dans la vie, tout a un prix. Mais qu'en est-il de celui d'une passion ? On entre dans la blogosphère parce qu'on a quelque chose dire, il serait dommage de s'y épanouir simplement parce qu'on a quelque chose à vendre.
La liberté de ton dérange, qu'il en soit ainsi... Et si l'on y tient vraiment, sachons que la liberté ne se mendie pas, elle se prend. C'est pourquoi il est assez révoltant de croiser ce genre d'argumentaire s'affranchissant allègrement de la sincérité des propos partagés, pour n'y voir que le versant fade et indigeste d'une information à l'apparence de chaîne alimentaire où l'obédience est de rigueur. 

Que les écrits pleins d'affect, d'authenticité, non dénués pour autant de discernement que ces gens considèrent comme du folklore ou de l'amateurisme ne touchent pas ces comptables de l'écriture est une chose. Mais que l'on parle de vin ou d'autre chose, il est fortement regrettable de penser qu'il y ait tout le temps, à chaque instant, un marché à y glaner et notamment celui des plaisirs simples de la vie, qui se joue plus souvent autour d'une table avec quelques amis que derrière une caisse enregistreuse ou en simple homme-sandwich.

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VDV #70 : LA GRIFFE (de la nuit)

Une fois n'est pas coutume, à l'occasion de ce 70ème épisode des vendredis du vin, je vais enfin vous parler de vin. Fini les tests à la con des rendez-vous précédents, cette fois-ci, nous allons partir à la découverte d'un sacré fucking wine. Oui, sous la présidence de Sebastian du blog Vin Parleur, nulle déviance ludique ou autre délire prépubère de la part de votre scribouillard pinardier. Ce mois-ci, sous l'empreinte anglo-saxonne d'Halloween, ce sera un vrai bon Hallowine à notre façon.

Partons donc, une fois n'est pas coutume, en terre rhodanienne, dans sa partie méditerranéenne, voir si quelques sortilèges de mécréants n'auraient pas eu raison des papilles alertes de maints buveurs sanguinaires. Car concocter des potions enchanteresses n'est aucunement une lubie sans fond au paradis du grenache ! Retrouvons nous donc autour du Palais des Papes pour saigner quelques grappes et découvrir le sang de la vigne sous les sombres hospices de cette fin octobre... 

Bienvenue au Domaine de Villeneuve, à Orange, sur la partie nord de l'appellation Châteauneuf du Pape. Ici, Stanislas Wallut dessine depuis une vingtaine d'années un visage personnel et assez singulier de l'appellation phare du Rhône sud. Finesse et élégance sont les moteurs de ce vigneron passé en bio et biodynamie dès 1998. Nous pourrions parler de sa grande cuvée, un très beau Châteauneuf tiré de vignes de 30 à 95 ans, laissant la part belle au grenache et aux contours de la palette ampélographique régionale (mourvèdre, syrah, cinsault). Mais à l'occasion de cette rencontre liquide du web pinardier, c'est sur un versant plus obscur que nous nous engouffrerons. 

Imaginons ainsi le rêve de tout amateur de vin* : trouver un assemblage méditerranéen doté d'un réelle fraîcheur, sans confiture de pruneau ou autre figue, trop souvent caractéristique d'une production que le soleil burine. Et dans cet univers fantasmé, grâce à Stanislas Wallut, pour une fois, ce n'est pas sur le visage brûlé de l'effrayant Freddy que vous risquez de tomber, mais bien sur un beau coup de Griffe, dispensé par un terroir affuté et parfaitement exploité par le maître des lieux.   

La Griffe (sur son millésime 2010 pour l'occasion) est un de ces Côtes du Rhône qui vous fait aimer le sud liquide. Outre une étiquette à l'iconographie suffisamment originale pour susciter un peu plus qu'un petit coup d’œil, c'est la fraîcheur d'un vin fougueux et dense à la fois qui retient nos papilles jusqu'au prochain verre. Un jus élevé en cuve béton, qui ne verra donc pas le bois et qui délivre une fois dans le verre tout un discours épicé du plus bel effet. Dans les reflets rubis de cette robe trouble, se cachent en effet, une trame sauvage de fruits rouges que l'on aurait agrémenté d'une légère touche pimentée. Une ligne frétillante, juteuse et sapide qui vous embarque sans vous ménager.

Une gourmandise nature en peau de bête, mais qui ne sent pas le fauve... Un régal. 

Bon, maintenant que vous avez le liquide, vous pouvez tranquillement vous servir un verre, et profiter d'une soirée d'Halloween à votre façon... Prenez des forces, car dans quelques jours, c'est ici même que vous trouverez le prochain thème des vendredis du vin, pour l'ultime édition de l'année. À bientôt donc...
* Là, j'en rajoute un peu, car les beaux jus frais de la région ne sont pas qu'une légende... Passez faire un tour au Domaine Pierre André, chez Matthieu Dumarcher ou encore dans l'antre de l'illustre Emmanuel Reynaud. Oui, les exemples sont nombreux, heureusement (n'oublions pas Gramenon, Richaud, Charvin, Jean David...) !

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