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RHÔNE TRIP #6 : De l'ombre à la lumière...

2 blogueurs, une 2 CV rouge et blanche, 3 jours le long de la mythique Nationale 7, 300 km de Lyon à Avignon, 35˚ à l’ombre, beaucoup de belles rencontres. Descendant toujours plus au sud, nous voilà maintenant flirtant avec les limites du Rhône septentrional...

En cette belle matinée ensoleillée, nous quittons Tournon pour rejoindre Livron, 40 kilomètres plus au sud, entre Valence et Montélimar. Après avoir rincés nos gosiers sur les pentes de Cornas jusqu'à une heure assez tardive, rendez-vous est pris avec Julien et Emmanuelle Montagnon du Domaine Lombard pour découvrir ce qui deviendra j'espère une nouvelle appellation phare de la vallée du Rhône : Brézème.

Neuf heures du matin (il n'y pas d'heure pour le bon vin), nous nous serrons la poigne sur le parking de la station service de Livron. Un petit tour pour reluquer la plastique rutilante de notre bruyante mascotte rouge et blanche, et nous voilà repartis, à flan de coteaux, pour découvrir la topologie vallonnée d'un terrain de jeu propice à la syrah et autres réjouissances ampélographiques locales. Cette première halte au lieu dit "La Tour du Diable" permet rapidement de prendre conscience des pentes démesurées accueillant tant bien que mal les ceps tortueux de ces raisins forcément prémunis contre le vertige. Le lieu est impressionnant et surtout un parfait prétexte (et un clin d’œil habile de notre couple à la dégustation de la veille) pour goûter une bouteille de la grande cuvée La Tour du Diable sous la surveillance de cet édifice légendaire. Un peu moins d'un hectare en exploitation, sur un des plus beaux terroirs du coin. Un hectare supplémentaire a été planté, mais à quel prix ! Défrichage du coteau (et il n'y pousse pas que des pâquerettes...), construction des murs en pierres sèches pour retenir la terre et permettre le passage du cheval, installation des piquets... bref, une année pleine pour rendre à Brézème son rayonnement passé. 
Oui, car même si cette appellation (qui n'en est pas encore tout à fait une) est un peu l'inconnue au bataillon du catalogue vinicole rhodanien, par le passé, Brézème jouissait d'une belle réputation. Souvent comparée à la mythique colline de l'Hermitage tant au niveau topographique que géologique, les vins de l'appellation y sont d'ailleurs élaborés avec les mêmes cépages (à l'exception d'un soupçon de viognier pouvant compléter les assemblages). Ainsi, à ce jour, ce sont à peine plus d'une vingtaine d'hectares qui sont en production sur l'appellation, dont 7 hectares et demi pour les seuls sécateurs de la famille Montagnon (et 2 hectares en plantier). Avec moins d'une dizaine de vignerons se partageant ces terroirs d'exception, ici, on se compte tous les matins afin d'éviter les défections face à l'immense ouvrage visant à remettre Brézème sous les feux de la rampe. Mais les convictions sont fortes, et au Domaine Lombard Julien et Emmanuelle travaillent aussi pour l'avenir : un nouveau chai en construction, le défrichage et l'aménagement de nouveaux espaces, seront autant d'investissements utiles pour les années futures. 
À la vigne, le domaine est en bio, adepte de la biodynamie, les vendanges sont manuelles (en même temps, quand on voit les lieux...). Une fois les raisins rentrés, les vinifications se font sans intrant, un peu de soufre est tout de même permis, en fonction des besoins. 
Il est d'ailleurs temps de rejoindre la fraîcheur du chai, pour une petite dégustation...
À gauche les nouvelles vignes, à droite : il reste du travail...
Le verre à la main, partons maintenant à la découverte de la plus méridionale des appellations du Rhône septentrional au travers du travail effectué au Domaine Lombard, repris en 2011 par nos hôtes du jour. 
Nous débutons par un viognier mordant aux sympathiques notes d'eucalyptus, un petit vin mettant à l'honneur un cépage gourmand, ici rehaussé d'une touche de vivacité salvatrice. Et justement, cette vivacité sera un peu le dénominateur commun d'une production particulièrement plaisante. Le second blanc proposé par le domaine est un Brézème blanc 2012 (80% marsanne, 15% roussanne, 5% viognier). Croyez-le ou non, mais il lui aura fallu une bonne journée de voiture pour s'ouvrir pleinement et devenir un vin plein, d'une rare pureté. À l'origine un peu groggy, sa touche de fleur d'oranger, le croquant de l'amande et une bouche portée par de beaux amers, livraient un beau vin. Mais après un voyage en carrosse, le temps aura permis de révéler un jus d'une amplitude et d'un équilibre remarquables. 
Les rouges, plus accessibles dans l'immédiat, auront tous chahuté nos papilles en quête de pétulance liquide. De La Côte (90% syrah, 10% viognier), petit jus à l'efficacité ravageuse, aux rouges de l'appellation sublimant la syrah, l'ensemble est tout à fait remarquable. Eugène de Monicault, qui donne son nom à l'une des cuvées du domaine, illustre ancêtre à l'origine de l'implantation des vignes au domaine Lombard et ambassadeur de Brézème, peut être fier de ses successeurs. Donnant des jus vifs aux aromatiques subtiles : entre jasmin, thé vert et frivoles touches lardées, les vins du domaine, séveux à souhait, savent aussi charmer de part leur structure souple et leur toucher cristallin. Des vins aériens et charnus, l'équation parfaite pour inconditionnels de la syrah en manque de sensations... 
De l'ombre à la lumière... C'est sous l'impulsion de vignerons comme Julien et Emmanuelle Montagnon que Brézème retrouvera ses lettres de noblesse. Car sur les pentes balayées par le mistral et l'air froid du Vercors, à la confluence du Rhône et de la Drôme, dans l'intimité d'un terroir encore discret mais faisant chaque jour ses preuves, se joue une des très belles partitions que le Rhône puisse nous livrer.

Cap maintenant sur le Rhône méridional, nous quittons ainsi le paradis de la syrah pour rejoindre les terres chaleureuses du grenache. À suivre la semaine prochaine...



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Nouveau logo pour le label "FAIT MAISON" !

L'information nous est parvenue en fin de matinée. Suite à l'erreur d'un stagiaire de l'agence en charge de la réalisation du logo pour le label "FAIT MAISON", c'est une iconographie amputée d'une part de son message qui a été dévoilée au grand public.

Le décret paru le 11 juillet dernier, visant à rassurer la clientèle des restaurants de l'hexagone quant à la qualité des repas qui leur sont servis, se devait d'être rapidement mis en place et ainsi identifiable par tous. En effet, à l'heure des premiers repas de vacances, les terrasses installées et surtout un soleil enfin retrouvé, c'est toute une profession qui finalement souffle à l'aube du cœur de la saison estivale. Car quoi de plus désagréable, de plus injuste, que de se voir mis sur un pied d'équité avec son voisin de palier, quand on fait son marché chaque matin, respectant la saisonnalité des produits, n'utilisant que du frais, quand lui, propose à peu près toutes les spécialités de France et de Navarre, 365 jours par an, en usant des charmes de l'industrie agro-alimentaire... Alors certes, on ne peut afficher une carte longue comme le bras, mais la sincérité de l'ardoise présentée chaque matin ne fait plus de doute, si l'on prend le temps d'y réfléchir un peu. 
C'est en tout cas ce que Jérémie, 26 ans, stagiaire dans une célèbre boîte de comm' parisienne, s'était mis en tête ce 11 juillet quand en toute urgence, on lui demanda de proposer une iconographie novatrice pour porter cette mesure gouvernementale censée réhabiliter la vrai cuisine : cocotte en fonte, terroir, et tout le tralala...

Repensant aux repas de jeunesse de sa province natale, où le grill et la cheminée étaient les foyers de ses nombreux souvenirs gourmands, il se revoyait en famille pousser la porte de ces estaminets proposant une cuisine simple mais goûteuse, loin du chichi-pompon des esbroufes culinaires d'aujourd'hui. Il n'est pas bien vieux le Jérémie, mais que voulez-vous, le bon sens n'attend pas le poids des années pour marquer au fer rouge les bonnes consciences épicuriennes. Et puis il y a aussi ces repas de fête, que l'on prend encore, sur les nappes immaculées des belles tables de France. Des lieux où la cuisine se respecte, on enfile donc ses habits du dimanche avant de se nouer une blanche et grande serviette autour du cou. Oui, Jérémie se voulait nostalgique, et synthétisa sa pensée d'un coup de crayon moderne, symbolisant, pour la bonne cause, sa passion de fin gastronome : une casserole réchauffant les sous-pentes d'un établissement aux allures de foyer intimiste. Simple, efficace.

Mais voilà, Jérémie n'avait pas pris le temps de lire ce fameux décret, de s'imprégner de sa substantifique moelle. Il avait ainsi omis d'intégrer le plus important : au pays de la liberté, de la tolérance et de l'ouverture d'esprit, il avait oublié qu'une grande partie de la restauration vivait sous tutelle d'une industrie soucieuse de la réussite de tous. Alors comme une main tendue vers une profession infantilisée au point de ne pas la croire capable de cuisiner, l’État, toujours dans cette volonté d'accompagnement, autorisait l'introduction des produits surgelés sous la dénomination "fait maison". Les produits surgelés, mais aussi tout un tas de préparations permettant aux cuisines de ces restaurants  adeptes de la chose, de rester dignes d'un atelier franchisé IKEA, où la popote en kit règne en maître. 

Devant tant d'égoïsme, Jérémie a été immédiatement démis de ses fonctions de stagiaire, et le propos un tantinet présomptueux de son premier jet, fut rapidement repris pour donner enfin une version plus juste et sincère de la noble définition du "fait maison". La prétention de bon goût de ce jeune enfin matée, la cuisine française pouvait enfin respirer et reprendre une activité normale, ouf !    

David Farge "ABISTODENAS"
 
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RHÔNE TRIP #4 : Une Chapelle à La Chapelle...

2 blogueurs, une 2 CV rouge et blanche, 3 jours le long de la mythique Nationale 7, 300 km de Lyon à Avignon, 35˚ à l’ombre, beaucoup de belles rencontres... Valises à la main, quittant la Cité du Chocolat, nous voilà dans les rues de Tain l'Hermitage, avançant d'un pas décidé vers un mythe accroché à flanc de colline...

Il est des rencontres que l'on aborde le cœur plein d'affection, d'autres, l'esprit plein de certitudes. Et puis, lors de ces pérégrinations bachiques du modeste aficionado du goulot que je suis, attaché au terroir et aux rencontres, il y a aussi les moments où l'on se frotte aux symboles. La maison Jaboulet, et plus encore la colline de l'Hermitage, sont de ces monuments de la culture vinique française que l'on approche toujours avec l'appréhension d'un gosse face à son prochain contrôle d'Histoire. Un passé, un présent, des hommes et la terre : le point de départ de bien des réjouissances !
C'est donc avec notre garde-robe à roulettes à la main que nous rejoignons vers 17 heures le Vineum Paul Jaboulet de Tain l'Hermitage. Dans ce bel établissement à la gloire des vins de la maison, nous sommes attendus par Jacques Desvernois, œnologue de la maison Jaboulet et faiseur de vins au quotidien. Claquettes et bermuda de rigueur, l'accueil est chaleureux et la découverte d'une pièce climatisée, après quelques heures au volant de notre 2 CV par plus de trente degrés, résonne encore comme une renaissance inespérée.

Nous nous installons donc à l'arrière du bar pour une petite dégustation des belles cuvées de la maison avant de passer aux choses sérieuses et de rejoindre la colline de l'Hermitage pour une découverte in situ de l'appellation.

L'appellation Hermitage est une appellation septentrionale du Rhône située sur la rive gauche du fleuve. À cet endroit précis, le Rhône y fait un coude, permettant à la fameuse colline de se retrouver face au soleil. Roussanne, marsanne et surtout syrah peuvent ainsi profiter d'un solarium de tout premier choix pour peaufiner leur maturité. Mais, outre cette généreuse exposition offerte par Dame Nature, c'est toute la topologie des lieux qui, grâce à cette anomalie de tracé, s'en trouve chamboulée. En effet, la partie ouest de la colline, terroir appelé Les Bessards, est un premier mamelon granitique... comme les sols que l'on peut retrouver sur la rive droite, vers Tournon, juste de l'autre côté du Rhône. Alors que le reste de la colline se compose de sols plus ou moins calcaires et caillouteux, cette différence de terroir, propre aux Bessards, permet de disposer de raisins aux profils très différents. Exposition, sols, altitude et savoir-faire sont ainsi autant de paramètres donnant à la colline de l'Hermitage son côté unique.
Mais d'ailleurs, pourquoi la nomme-t-on ainsi ?

Et bien, simplement, parce qu'un chevalier du nom de Stérimberg (Gaspard de son prénom), de retour de croisade contre les Cathares et ayant eu la main un peu lourde à l'encontre de ces hérétiques albigeois, fit une sorte de dépression post-traumatique. De ce fait, il établit un ermitage en haut de la colline, afin de s'y repentir. Depuis, la légende galope à flan de coteau alimentant le mythe...

Mais revenons à la maison Jaboulet. Présente sur les pentes du Rhône depuis 1834, cet historique établissement familial, producteur et négociant en vins, fut racheté en 2006 par la famille Frey. Depuis, une évolution est en marche avec, notamment, une conversion en Bio de toute la production pour 2015, déjà effective sur la colline de l'Hermitage depuis 2007. Une colline que nous venions mettre à nu, de la terre au verre...
Ainsi, après une découverte de quelques millésimes 2010 produits par le domaine, dont un belle Côte-Rôtie, Domaine des Pierrelles,  côte blonde en robe de sang au délicat parfum de jasmin, nous attaquons la fameuse colline par le second vin de la maison : La Petite Chapelle, sur le millésime 2007. Un vin charnu qui présente une certaine gourmandise portée par des notes de grué de cacao et quelques effluves pétrolés vivifiant l'ensemble. Mais, quand la comparaison avec l'emblème du domaine doit être faite, il devient préférable d'éviter tout jugement, tant la classe de La Chapelle, sur ce même millésime, domine la tablée. Un vin qui, l'opportunité aidant, ne pouvait être bu dans l'enfilade analytique d'une dégustation protocolaire. Ainsi, nous retrouverons cette fameuse bouteille, quelques 200 mètres plus haut, dans un cadre correspondant plus encore à la stature de ce flacon... En attendant, nous finissons par deux très beaux blancs, fins et élégants, loin des masses corpulentes que le Rhône livre parfois. Entre l'Hermitage blanc, Chevalier de Stérimberg 2011, porté par l'acacia, la noisette et le chèvrefeuille, et le Condrieu 2012, Domaine des Grands Amandiers, développant de beaux amers, des agrumes et de légères notes d'abricot sec, l'impression de fraîcheur, plus ou moins antinomique avec la région, fait pourtant l'unanimité... Est-ce le résultat de notre nouvelle tolérance aux fortes chaleurs d'un habitacle de voiture ne nous ménageant pas ? Je ne pense pas.
L'Hermitage La Chapelle Jaboulet, ce vin mythique que l'on s'arrache sur toutes les places mondiales dédiées au vin, n'est néanmoins que le résultat conjugué d'un terroir d'exception et du travail précis et respectueux d'une terre unique. Contrairement au travail effectué par d'autres maisons de l'Hermitage, la Chapelle est un assemblage des divers terroirs plantés de syrah : Les Bessards sont la partie granitique, procurant rigueur, acidité, tanins serrés et allongés ; Le Méal est un mélange caillouteux blanc, exposé sud, protégé du vent, les vins y sont plus mûrs, apportant du gras et de la chair ; Les Rocoules est un terroir plus tardif, les cailloux y sont plus gros et les sols plus argileux, les jus y sont structurants et portés par une acidité plus importante ; enfin, sur Les Murets, les sols sont faits de cailloutis fins et assez sableux, donnant des vins tendres, tout en douceur, enrobés et souples.

C'est cette complémentarité qui pousse la maison Jaboulet à assembler ces différents terroirs, pour donner à chaque millésime l'expression la plus complète de l'Hermitage.
Ainsi, après une découverte des sols de la fameuse colline de l'Hermitage, c'est, notre quille de Chapelle 2007 sous le bras, que nous grimpons boire une Chapelle à la Chapelle. Un 2007, passé 15 mois dans le bois, qui, après quelques minutes d'aération, envoûte par la densité de son bouquet plein de jeunesse. La syrah y est courtoise et avenante, livrant ses notes d'encre de Chine comme on noircirait des feuillets, porté par une inspiration liquide. Un bouquet de fleurs semble s'offrir à nous, un peu de jasmin, une touche de pivoine, légèrement épicée, titille la curiosité d'une gorgée se faisant attendre. La bouche est tout en souplesse, tapissant le palais d'une fraiche onctuosité ; un peu de cacao, du poivre et une empreinte sauvage finissent de ravir nos papilles, averties dès à présent qu'un grand vin verra le jour d'ici quelques années, voire décennies. Car, malgré le discours affable de ces quelques verres, c'est un jus en culotte courte qu'il nous aura été donné de goûter. 

Le verre planté au milieu des ceps tortueux nous ayant livrés ce breuvage, déguster le potentiel évident de cette Chapelle devenait rapidement un plaisir délassant, mêlant allègrement méditation et quiétude, posés que nous étions, face aux courbes sinueuses d'un Rhône aux allures de chemin de campagne se dessinant sur l'horizon. Encenser une étiquette est une chose, en découvrir la grandeur, les pieds roulant sur le cailloux prévenants dormant au pied de chaque souche, en est une autre. Surtout quand la confirmation de la pérennité d'un vin emblématique se fait sentir. 
L'émotion au rendez-vous, nous ne buvions plus une Chapelle à la Chapelle, nous la ressentions. Et à l'heure où le soleil commençait sa descente vers le lendemain, c'est un autre symbole qui se rappelait à nous : notre bonne vieille 2CV...! car le temps se faisait rare et nous devions, dès à présent, poursuivre notre périple autour de quelques bouteilles de la rive d'en face, mais ça, c'est une autre histoire...

...à suivre (la semaine prochaine sur le blog de Guillaume)

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Limoux n'est pas une petite Champagne !

La Coupe du Monde est terminée, tout le monde s'en est bien rendu compte. Mais, il y a un mois déjà, en ce dimanche soir d'ouverture pour notre équipe nationale, c'est en terroir limouxin que je décidais de me faire le porte drapeau d'un triptyque pas si éloigné de celui faisant courir nos joueurs de ballon tricolores, la fameuse trilogie locale : Bulles, Blanc, Rouge.

Du fait de leur primauté historique, reléguant Dom Pérignon et sa méthode champenoise à l'ère moderne, quand on arpente le terroir de Limoux, on pense presque immédiatement au frisant de ses bulles régionales.  Mais aujourd'hui, Limoux, c'est un éventail varié de jus mettant à l'honneur des cépages empruntés au Sud-Ouest, sous des latitudes ne négligeant pas les embruns méditerranéens.

Comme chacun sait, pour profiter de toute production locale, rien ne vaut : quelques petites adresses, deux, trois producteurs fétiches, une taverne secrète, ou tout autre révélateur de l'âme d'une région, d'un terroir. Mais parfois, faire table rase, et confronter objectivement les différentes sensibilités du coin, permet aussi de se faire à l'idée qu'autre chose existe. Que la dimension personnelle et exclusive que chacun essaie de cultiver, comme un jardin des sens secret, dans lequel on viendrait chercher son épanouissement, se faire tinter les papilles de joie, ne soit pas la seule quête de vérité animant tout épicurien à la curiosité assumée.
Ainsi, on s'expose à la déception, mais aussi à la confirmation ou à la remise en question de choix parfois empreints d'un fanatisme que l'on aimerait imposer en "discours de vérité". Mais comme le vin n'est en rien une question de prétention, surtout quand on est relégué au rang d'amoureux de la chose, le regard que je puisse jeter sur les inspirations liquides de cet ouest audois si proche de chez moi, mérite parfois des remises à plat nécessaires.

À l'occasion donc d'une de ces découvertes du pays à destination des curieux du métier, je me greffais à la chose, ayant dans l'idée que quelques jus sympathiques de nos voisins limouxins pouvaient nous faire passer une bonne journée. Après avoir fait la connaissance d'un autre régional de l'étape, le célèbre vino-comico-illustrateur Rémy Bousquet, nous voilà partis pour une dégustation pleine d’éclectisme autour de tout ce qui peut se faire à Limoux. Loin de moi l'idée de vous imposer un compte-rendu de cet aperçu régional mêlant grosses maisons, jeunes gars et indépendants affirmés de la cause limouxine, car l'issue de cet indigeste récit monocorde, ne ferait que mettre en lumière une subjectivité de goût sans réel intérêt pour l'occasion.
Non, au-delà de mes conclusions personnelles, c'est plutôt dans une réflexion ouverte sur les bulles que je voudrais m'engager : Y a-t-il un complexe identitaire à Limoux ?

Car même si l'origine des bulles reste une fierté régionale, le complexe face au géant champenois est évident. À table on parle positionnement, grandes cuvées, quilles à plus 30 euros... La discussion est intéressante, les analogies s'enchaînent, mais au jeu de qui aura la plus longue, il est clair que la Champagne possède bien plus de quelques Rocco dans ses rangs. Alors à quoi bon ? Si boire du Limoux permet simplement d'établir une ressemblance avec le champagne, autant exiler sa cave du côté de Reims... J'ai ainsi malheureusement pu croiser bon nombre de cuvées à la prétention avouée, supportant maladroitement des dosages lourds, gommant presque immédiatement toute identité locale. Vous me direz que le problème reste le même en Champagne, où bon nombre de maisons n’exhibent pas leur jus dans le plus simple appareil, préférant des dosages putassiers, censés plaire au plus grand nombre. Mais quand on n'a pas les épaules ou le portefeuille foncier de la Champagne, autant charmer la clientèle avec ses atouts, et éviter le maquillage vulgaire, non ?

Ainsi, pourquoi cette interrogation ? Surtout venant de la part de quelqu'un qui ni pipe rien au marketing et autres réjouissances chiffrées... Simplement parce qu'aujourd'hui, la multiplication des cuvées brut nature s'accompagne trop souvent de l'argument simpliste de la mode, dépeignant ainsi un goût marginal, éphémère et sans réelle identité. Et pourtant...

Cela fait bien des années déjà que cette mise à nu des terroirs m'interpelle au plus haut point. Je ne vais pas dénigrer les blanquettes et autres crémants "traditionnels", mais aujourd'hui c'est un petit cri d'amour que j'ai envie de lancer à ma région et à son savoir-faire. Car finalement, si l'on s'affranchit de la dimension commerciale, carcan impersonnel et rassurant, ce qui fait avancer la chose, reste avant tout la confiance. La confiance en son raisin, se suffisant le plus souvent à lui même, quand il est bichonné à longueur d'années.
Le résultat ? Des bulles non dosées, sans ajout de liqueur, maquillage inutile quand le charme du naturel se dégage déjà allègrement de ces jus vifs et avenants sur la jeunesse. Des vins fait de mauzac dans leur version blanquette, ou de chardonnay, chenin, pinot, du côté des crémants. Dans les deux cas, nous sommes dans des vinifications champenoises. C'est à dire que l'on élabore dans un premier temps un vin blanc que l'on met en bouteille avec quelques levures et un peu de sucre : la liqueur de tirage. Une fois encapsulé, on procède à la mise sur latte, permettant la transformation des sucres en alcool et en gaz carbonique, c'est la prise de mousse. On effectue ensuite le dégorgement, qui sous l'effet de la pression permettra d'éliminer les résidus de fermentation. C'est à ce moment là que se pose le choix de l'ajout d'une liqueur d'expédition pour venir combler le petit manque de liquide dû au dégorgement. Si certains choisissent d'additionner vin, sucre et eau de vie, les partisans du brut nature se contentent d'un ajout simple de vin.

Il n'y a pas véritablement une méthode meilleure que l'autre, mais il est vrai, qu'un vigneron produisant une matière première de belle qualité, essaiera, autant que possible, de ne pas dénaturer son vin par l'adjonction d'une telle liqueur camouflante.

Il est donc question de confiance... Et ce soir là, en la présence de Bernard Robert, du Domaine de Fourn, le potentiel de ces jus régionaux allait véritablement se révéler. Dans une dégustation verticale des vins du domaine, une Blanquette 100% mauzac de 1974, dégorgée à la volée pour l'occasion, sans apparat, parut d'une folle complexité, rebondissant entre les fruits secs, le miel et quelques notes de raisins de Corinthe. Une bien belle pièce quadragénaire se suffisant à elle même. L'expression ultime d'un terroir au travers des âges, sincère et encore bien vivant. Sous le regard de ses jeunes cadettes régionales, telles que peuvent les proposer Gilles Azam (Domaine les Hautes Terres), Étienne Fort (Château Saint Salvadou) ou encore Marie-Claire et Pierre Fort (Domaine de Mouscaillo), ces bulles d'un autres temps prouvent s'il en était besoin, que les bulles de Limoux sont de très beaux vins pouvant traverser le temps avec une vivacité et une expression propre.

Je parle peut-être d'un goût personnel, très tranché, mais n'ayant jamais eu l'impression d'avoir besoin d'être majoritaire pour avoir raison, j'assume pleinement ce choix. À Limoux, et d'autant plus sur les très beaux terroirs de Roquetaillade, ne se cache pas une petite Champagne. Non, à Limoux, au pied des Pyrénées audoises, se love simplement une identité propre que ces bulles pleines de franchise m'amènent à célébrer. 


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CINSAULT(veur) #4 : Es d'aqui !


Que dire... Ce fut ma dernière bouteille. Une ultime régalade. Quand le cinsault se met à jouer des partitions si volubiles, je ne peux que m'enthousiasmer !

Jean-Louis Pinto est un de ces extra-terrestres du vin, une sorte de MacGyver du goulot. Nous lui avions rendu visite il y a quelques temps déjà : Un garage qui sert de chai, quelques barriques démontées et remontées au gré des étapes de vinification, une cuverie digne d'un hobbit... Bref, un univers de la démesure à l'envers.

Ici, tout est fait à la main, des vendanges au pressurage, puis de la mise en bouteille avec le petit entonnoir maison au bouchage et cachetage à la cire. Pinto production c'est un peu la limite entre la micro-entreprise et le doux rêve d'un passionné devenu réalité. Mais du fond de sa maison posée au centre-ville de Gaillac, Jean-Louis est un gars à prendre au sérieux, en témoigne ce cinsault. 

À l'époque de notre première visite au domaine, Jean-Louis ne possédait pas de vigne, il se démenait donc avec quelques amis vignerons pour acheter à bon prix quelques grappes d'une production qui était aussi un peu la sienne, du fait de son investissement à la vigne aux côtés de ceux qui allaient lui fournir la matière première nécessaire à l'élaboration de ses nombreuses cuvées.

En bon SVF (Sans Vignes Fixes), le maître des lieux a ainsi toute liberté pour sillonner la région en quête de beaux raisins. Et au beau milieu des grenache, carignan, chardonnay, sauvignon... venus des terres alentours ou du proche Languedoc, il y a ce cinsault. En 2011, il fut récolté sur les terroirs de Saint Chinian, puis ramené dans la cité gaillacoise. Après fermentation, jus de goutte et jus de presse furent séparés pour un élevage dans la promiscuité des lieux dédiés à chose vinique (son garage). À peu près 12 mois plus tard, Jean-Louis décida d'un assemblage de ces quelques fûts, équilibrant ainsi, structure des jus de presse et finesse des jus de goutte.

2 ans plus tard, c'est cette dernière bouteille qui trône sur la table de la cuisine. Une bouteille que j'avais récompensé d'un Glouglou award 2013 (cérémonie purement subjective et basée sur mon propre goût, c'est dire son importance...), et sur laquelle je disais :
Un jus dense, loin du simple jus de fruit. Une grande finesse, un superbe équilibre de bouche, et à l'arrivée un vin structuré et sapide. La finesse du cinsault s'exprime dans un registre floral d'où déboule une corbeille de fruits rouges, la finale n'omet pas une pointe épicée pour finir de vous transporter. 
Aujourd'hui, le même vin n'a pas beaucoup bougé, toujours cette impression de dense fraîcheur, loin du vin facile, l'alliance de l'évidence et de la complexité. Un grand merci à Jean-Louis pour ce beau flacon. Il faudra que je repasse bientôt, car les rayonnages de ma cave méritent vraiment d'accueillir à nouveau quelques exemplaires de cette nouvelle expression du cinsault, cépage aux diverses facettes, toujours élégant mais jamais monocorde.

David Farge "ABISTODENAS"

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CINSAULT(veur) à la carte...


Carte des cuvées de cinsault dégustées sur le blog :

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Orage ! Ô désespoir !

photo de Laurent Bazin
Sous la plume agile de Corneille, sur les bancs de l'école ou dans le confort moelleux d'une salle de spectacle, ce bon vieux Don Diègue s'apitoyant sur son sort après avoir pris une beigne, reste pour beaucoup un souvenir marquant de cette quête initiatique empreinte de littérature, débutée à l'école. Porté par la vengeance, rongé par le poids des ans, il trouvera son salut dans la fougueuse jeunesse de son courageux fils nourrit d'un fort sentiment amoureux. Un Cid sans trace de bouteille pleine ou de verre sacralisant la vigne (ou alors cela m'a échappé), mais dans un jeu de mot bancal, quand les éléments déchainés remplacent le mal du temps qui passe, c'est bien d'amour et de courage dont il sera question, à l'heure de ficeler cette analogie de la vigne et des mots.

Œuvre de tant de jours en un jour effacée ! 

Pour ceux qui n'auraient pas suivi les infos, ce dimanche la grêle s'est abattue sur une partie du Languedoc, causant de nombreux dégâts dans les vignes de la Malepère, du Minervois et des Corbières. Un épisode macabre pour la viticulture audoise, comme ont pu l'être précédemment les chutes de grêle en bourgogne, beaujolais, bordelais...

Sale temps sur la planète, dirait Francis Cabrel, le moustachu agenais le plus célèbre de France... 

Oui, mais face à la dure hégémonie d'un ciel sans complaisance que peut-on faire ? Les assurances, loin d'être crédules, ne prendraient en charge qu'une faible partie des retombées réelles d'un tel événement ; les canons anti-grêle sont d'une efficacité toute relative (et jamais encore prouvée à ce jour) face à l'étendue des vignes plantées, et puis quand il vous tombe sur le coin de gueule, des grêlons gros comme des coups de poing, difficile de s'en relever, surtout quand on sait que les canons ne sont pas ou peu efficaces sur les grêlons déjà formés. Il ne reste alors que le courage et l'amour d'un métier pour s'en relever... Mais face à toute cette bonne volonté, se pause aussi le problème de l'argent, cet inhibiteur d'envie, ce trouble-fête, qui sait trop souvent rappeler à qui doit l'entendre que la confiance ne se gagne pas à grands coups de bravoure.
photo de Frédéric Palacios
photo de Frédéric Palacios
Alors, il reste la parole, celle qui en semant ses propos au quatre coins de la blogosphère et d'ailleurs peut ensemencer les consciences, et ainsi permettre à ceux qui travaillent pour nos papilles et nos esprits, de trouver quelques gosiers solidaires et de bons goûts pour étancher leur soif de ces jus, fruit d'un travail méritant attention. C'est que des gars comme Frédéric Palacios, on n'en trouve pas à tous les coins de rue non plus ! J'en parlais il y a un peu plus d'un an, après une visite ô combien sympathique sur ses terres entourant le Mont Naut, à Arzens.

Parler de ces vignerons, crier haut et fort le plaisir que l'on prend à déguster leurs vins, voilà peut-être une des maigres solutions, qui permettra je l'espère à tous ces hommes et ces femmes de franchir le cap difficile qu'ils traversent en ce moment. Car après un tel coup de grêle, ce n'est malheureusement pas qu'un seul millésime qui aura mis genou à terre, en effet, meurtrie dans sa chair, la vigne devra se reconstruire quelques années durant, sous le regard bienveillant de ceux et celles qui la bichonnent à longueur de temps. En attendant que saigne à nouveau dans nos verres celle que l'on aime, il nous faut donc patienter... Un temps que l'on peut aisément mettre à profit en rendant visite à ces vignerons et leur acheter ainsi quelques bouteilles, histoire que leurs stocks s'amenuisent un peu et que cette période de césure à venir soit la moins douloureuse possible.

Débouchons donc ces bien beaux flacons et buvons à la santé préservée de ces vignerons !

Pour ma part, hier soir, en voisin distant d'à peine soixante kilomètres du sieur Palacios, ce fut un très beau Partez pour le Rêve 2010. Au nez, c'est un fruit sauvage, noir et mordant qui s'exprime. S'en suivent quelques effluves de réglisse et une touche d'épices apportant de la complexité à ce verre déjà bien avenant. En bouche, cette cuvée de cabernet sauvignon et de merlot se révèle d'une immense fluidité. Un vin dense mais digeste, glissant avec pureté dans un équilibre de grande classe. 2010 est un très beau millésime par chez nous, mais dans cette bouteille, c'est aussi le travail passionné et rigoureux d'un homme qui s'exprime. Car toute la Malepère se retrouve dans ce verre, cette salinité si typique en fin de bouche, cette trame aromatique propre à la région, sous influence océanique, mais teintée d'une pointe de gourmandise en provenance de la méditerranée. Bref, une très belle bouteille qui mérite que de nouveaux millésimes puissent voir le jour. Ce ne sera pas le cas en 2014, mais gageons que si dame nature fait preuve de clémence, et que toi, cher lecteur, tu décides de tremper ton museau dans quelques unes des très belles cuvées du Mas de mon Père, le destin de ces parcelles accrochées au relief de l'Aude trouvera à nouveau son épilogue au creux de nos verres, pour le plus grand bonheur de nos papilles amoureuses.

David Farge "ABISTODENAS"
photo de Frédéric Palacios
Edit 1: La page facebook pour être solidaire c'est ICI !

Edit 2: Sandrine, du blog voisin (la Belgique c'est à côté, hein !) La PinardotheK a commencé à recenser les domaines touchés pas la grêle, ça peut vous donner des idées...


Domaine du Mas de mon père, Fréderic Palacios côtes-de-malepère
Domaine des côtes de la Molière, Isa et Bruno Perraud, beaujolais
Domaine Olivier, Antoine et Rachel olivier, santenay
Château du chastelet, Quinsac bordeaux
Château Saint-michel du Viala, Régis Cogranne, minervois
Domaine Huber-Verdereau, Thiebault Huber, bourgogne
Château Planquette, Didier Michaud, bordeaux
Domaine du vieux moulin, Alexandre They, corbières
Domaine Nicolas Rossignol, bourgogne
Domaine Chantal Lescure, nuits-saint-georges
Grand bireau, Ludovic Barthe, bordeaux
Château Ricardelle, Thomas Nègre, coteaux-du-languedoc la clape
Domaine Sainson-Rossignol, Emmanuel Sainson, volnay
Domaine des Maels, minervois
Domaine de Pélissols, Vincent Bonnal, languedoc
Domaine Borie de Maurel, minervois
Domaine Bouley, Jean-Marc et Thomas Bouley, bourgogne
Domaine Parent, Anne et Catherine Parent, pommard
Tour Haut-cassan, (vignobles Courrian) Philippe Courrian, médoc
Domaine Serol, Stéphane Sérol, côtes-roannaises
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RHÔNE TRIP #2 : Nationale 7 : Vacances, Boutanches & Mécanique

Quelques minutes de prise en main, quelques frayeurs le pied sur le frein, nous aurons permis de dompter la bête et d'enfin sortir de Lyon. Un passage en Côte-Rôtie et nous voilà ragaillardis ! Cap au sud, le moteur vrombissant, nous avalons maintenant goulûment la mythique Nationale 7...
"Nationale 7
Il faut la prendre qu'on aille à Rome à Sète
Que l'on soit deux trois quatre cinq six ou sept
C'est une route qui fait recette..."
Bienvenue sur la "route des vacances", bienvenue sur la Nationale 7, monument bitumé, symbole de soleil, des premiers congés payés, des escapades parisiennes vers la grande bleue... Mais la N7, ce n'est pas que Trenet, les caravanes attelées au cul des familles en mal d'évasion et le ronron des mécaniques rappelant qu'il est important de "prendre son temps". Non, la N7, c'est aussi une des artères nourricières de la capitale. Les convois ralentis par les machineries de l'époque, déambulant lentement mais sûrement vers Paris pour nourrir la grisaille surplombant les étals gorgés d'un soleil venu du Rhône et d'ailleurs.
Alors, en ce premier jour, on se prend à relativiser, à musarder plus qu'à avancer vers notre prochaine étape. S’imprégner de toutes ces histoires ayant forgé le mythe... Loin de l'autoroute ayant pris le relais de la communication galopante, caressant l'asphalte usé de ce qui fut un des plus gros chemins de France. Pour ce faire, il faut dire que l'on a joué à fond la carte vintage ! Embarqués à bord d'une magnifique 2 CV toute de rouge et blanc vêtue, affichant sereinement un maximum de vitesse autour des 90 km/h, mais offrant à nos oreilles la douce mélodie d'un moteur sans prétention, ni précipitation, nous voilà, quittant Lyon à destination d'Avignon, déboulant sur les mille bornes de ce tracé faisant aussi, pour notre plus grand bonheur, la part belle aux grandes appellations viticoles du Rhône. Ce qui n'était qu'un jeu de cartes égayant les après-midis pluvieux de nos vacances, devenait le tapis moelleux d'un voyage dans le confort de l'histoire et de la culture régionale.
Car partir à l'assaut de la vallée Rhône, c'est ouvrir ses papilles à nombre de possibilités gourmandes :

- Rester au cœur du Rhône, de l'Ardèche et de cette langue ligérienne permettant cette jonction commerciale entre les deux grands fleuves, pour y déguster la vivacité, le fumé et les notes florales de la reine syrah ; ou tomber dans l'exubérance cajoleuse du viognier, cépage de l'appellation Condrieu, agréable compagnon de table aux doux effluves d'abricot.
- À moins de descendre plus au sud, en quête d'un soleil plus franc, en Drôme provençale, où le lavandin et les oliviers partagent le cagnard avec les grenaches enfin à l'aise sous ces latitudes plus méridionales.
- Mais un printemps pluvieux aura vite fait de donner des envies sudistes aux plus frileux. Là où vieilles pierres, histoire et viticulture se mêlent pour ne plus faire qu'un. Ainsi le pays d'Avignon, capitale des Côtes du Rhône, saura sustenter les besoins aussi bien tanniques que gourmands, à l'ombre d'un patrimoine ne se limitant pas qu'à la Cité des Papes.

Côte-Rôtie, Hermitage, Cornas, Brézème, Grignan-les-Adhémar, Gadagne... Bref, autant d'escales liquides léchant les bornes émaillées de notre itinéraire, autant d'étapes dont nous profiterons, mettant ainsi à nu les histoires plus ou moins riches de chacune, au contact des gens qui écrivent cette aventure vinique à grand coups de pioches, de volonté et de nectars liquides.
En attendant de découvrir tout ce patrimoine, je ne peux que vous encourager à  rendre visite, juste avant d'entrer dans Orange, Cité des Princes, au Musée Mémoire de la Nationale 7. À Piolenc exactement, où de passage à l'heure du café et des tartines, nous fûmes accueillis au beau milieu d'un rassemblement de la Confrérie de l'ail de Piolenc, pour une visite enthousiaste et odorante pouvant mettre à l'épreuve n'importe quel couple en quête de certitudes. Un lieu où l'histoire de France semble s'être déposée, au fil du temps et des inventions, soignant les besoins d'évasion de tous ceux qui décidaient de rejoindre le sud pour, durant quelques jours, participer à l'écriture de ce gigantesque album de vacances que peut être la Nationale 7.
Pendant ce temps, nous allons continuer d'avancer, dans le charme désuet des peintures publicitaires d'un autre temps : celui du Formica, des relais routiers longeant les routes,  vitres relevées, bronzage et ventilation confiés au 45°C de l'habitacle, la transpiration semblant tanner le skaï noir des fauteuils de la 2 CV. Dans le coffre, tintent quelques bouteilles ; elles annoncent la prochaine étape, Tain l'Hermitage, sa colline, son chocolat, tous deux brassés par les contours du Rhône.
 
"De toutes les routes de France d'Europe
Celle que j'préfère est celle qui conduit
En auto ou en auto-stop
Vers les rivages du Midi
Nationale 7"
...à suivre (la semaine prochaine sur le blog de Guillaume)


 
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