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VDV #69 : Quel vin pour un premier rendez-vous ? LE TEST !

Dernier vendredi du mois, c'est #VDV ! Et ce mois-ci, à l'occasion du 69ème rendez-vous du genre, c'est la WINE-ista qui s'y colle. Audrey, bordelaise d'adoption, héraultaise de cœur, nous propose donc de plancher sur le canon à porter lors d'un premier rencard.

Étant rangé des affaires depuis un bout de temps, pas sûr que je sois le conseiller conjugal qu'il vous faille. Mais même si le rayon dragouille n'est pas mon fort, je ne peux imaginer qu'un avenir amoureux ne puisse aboutir à cause d'un choix foireux, à l'heure de trinquer à l'avenir, les yeux dans les yeux, au comptoir d'un café, affalés dans un canapé, ou installés à la table du dernier resto branché. 

C'est pourquoi, avant d'étudier les quelques solutions qui s'offrent à vous, je vais tout de même vous informer sur quelques écueils à éviter, afin de ne pas hypothéquer, dès les premiers soubresauts d'un amour naissant, un avenir idéalisé, avec labrador, voiture familiale et vacances au Club Med.
Voici donc quelques principes rudimentaires qu'il faudra faire sien, avant d’éventuellement, se voir ouvrir en grand, les portes du pénitencier de l'amour.

Primo : On évite de se bourrer la gueule. Donc exit la soirée accords mets et vins, prétexte pour ouvrir quatre bouteilles à deux. Un peu de tenue pour un premier rencard ne sera pas de trop. Et ce n'est pas parce qu'on ne couche pas le premier soir que l'on peut se mettre minable et ne s'inquiéter en rien de ses performances futures...

Deuzio : On évite peut-être le gros rouge bien tannique. Pourquoi ? Non pas parce que notre présidente est une dame en -ista, et que le petit doigt de Nadine de Rothschild plane donc forcément un peu au dessus de nos têtes, mais bien parce qu'un sourire violacé, depuis la maternelle et ses bonbons d'anniversaire qui donnaient à ta bouche des allures de schtroumpf en perdition, on a bien compris que ce n'était pas le summum de l'élégance intimiste. Après, si vous avez décidé de vous retrouver autour d'une gigue de chevreuil, on pourra faire une exception...

Tertio : Comme je le disais le mois dernier, on ne pique pas dans la cave à papa et maman. Au même titre qu'il ne vous viendrait pas à l'idée d'écouter l'intégrale de Mike Brant, trônant en bonne place, sur le guéridon du salon, il y a peu de chance que vos goûts en matière de plaisirs liquides traversent les générations sans changement d'orientation. Donc, on assume, et on part à la chasse au flacon divin... (caviste, blablabla, on discute, parfois on goûte, glouglouglou, on paie et on s'en va... pour mieux revenir bientôt).

Et comme le vin est une boisson de partage, autant s'enquérir des goûts de sa belle, ou de son prétendant. Voici donc, dans la fraîcheur d'un été touchant à sa fin, l'ultime test de vos vacances (parce qu'il serait peut-être pas mal de penser un peu au boulot, hein ?!). 
Quel vin pour un premier rendez-vous ?

1- Avant le premier rendez-vous, la première rencontre... Raconte !

a- Une fête, la nuit, tard... Le lieu ? Une discothèque parisienne, un café de bord de mer (pas forcément sur le bassin d'Arcachon avec un pull sur les épaules), ou peut-être, un vernissage, dans une galerie bobo de Londres, Lyon ou Dunkerque.

b- Un cours de pâtisserie... Il m'a regardé, je lui ai mis de la crème fouettée sur le nez, on s'est mis à chanter Pierrot Gourmand, et Chantal Goya nous a fait nous aimer...

c- Un comptoir de province, un débat endiablé, quelques cochonnailles et nous avons craqué...

d- Un cours de Yoga... On s'est promis de se revoir, il (elle) m'a promis un thé bien infusé, ou peut-être de parler boulot, demain, à la machine à café.
2- Qui dit premier rencard, dit, ambiance musicale... Alors, parle nous de ta B.O. du premier soir !

a- Ambiance électro, trip-hop... Entre Portishead, Massive attack et Björk.

b- Le côté suave des voix de crooners : Marvin Gaye, Nat King Cole, Sinatra, voire Montand et Gainsbourg (en évitant peut-être Guy Marchand et Dany Brillant...).

c- Impossible d'écarter ton côté folkeux de première ! Ce sera Neil Young, Dylan, Léonard Cohen & Co.

d- Ce sera le soir, il risque d'y avoir la fatigue de la journée. Pour la musique, donc, on verra, tu ne veux pas faire d'impair.
3- Et le menu, on en parle du menu ? Parce que, qui dit premier rencard, dit repas en amoureux...

a- Un beau plateau de fruits de mer, en évitant la mayonnaise à l'ail.

b- Pas compliqué les gourmands ! Un peu de foie gras, un peu de fromage (sans la croûte) et quelques pâtisseries.

c- Comme au premier jour, ça fera le clin d’œil : charcut' à gogo, pain de campagne, et s'il reste un bout de steak...

d- Faut pas trop manger le soir, et surtout, pas de viande. Quelques légumes, un peu de quinoa et un bouillon clair. Le sommeil n'en sera que plus réparateur...
4- Tu t'y vois déjà, la noce, le petit nid douillet et, et... les premières vacances ! Alors, on se voit où en juillet/août prochain ?

a- Un billet pour deux, direction Paris, Londres ou Berlin... L'agitation de la ville et des soirées qui pétillent.

b- La Bretagne, la Corse, le Roussillon... Un endroit où l'on sait vivre et bien manger.

c- Chez son oncle en Auvergne... Un peu de vrai, de pain et de pâté, y a que ça pour avancer !

d- Pourquoi pas l'Inde, pour une cure ayurvédique ? Besoin de se purifier...
5- Et sinon, ton livre de chevet, c'est quoi ?

a- 99 francs de Frédéric Beigbeder.

b- Le Larousse des desserts.

c- Rural ! d’Étienne Davodeau 

d- Les secrets de jeunesse de nos grand-mères... 

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Alors, quel vin pour ce premier rendez-vous ? Roulement de tambour, voici les résultats :

Si tu as une majorité de a : Des bulles ! Le champagne festif n'a, en effet, aucun égal à l'heure de déclamer sa flamme ! Mais à la caricature des nuits parisiennes, tu sauras aussi répondre que la bulle sait être ligérienne, gaillacoise, limouxine et j'en passe... Bref, ton égérie des soirées réussies c'est Bubbles, ce poisson monomaniaque adopté par un dentiste dans Le Monde de Nemo. Comme il aura égayé ta jeunesse, il sait aujourd'hui te rappeler comment trinquer, en toute quiétude, à l'amour naissant... Tchin !

Si tu as une majorité de b : Un liquoreux ! La suave impression qu'il laisse à chaque gorgée caresse les sentiments nouveaux que tu essaies d'attiser. Une balade à Gaillac pour découvrir ses magnifiques loin de l’œil, ou, pour rester original, un petit tour en Rhône nord pour découvrir la noblesse du viognier au cœur d'un élégant condrieu moelleux. Pour moins d'excentricité, faire confiance au sémillon de Monbazillac et Sauternes, à moins que les sirènes de Vouvray ne t'attirent vers les chenins de la Loire. Bref, ton mentor pour un premier rendez-vous réussi, c'est Pollux, cet éminent dignitaire des becs sucrés, à l'accent anglais ravageur... De là à jouer le flegme britannique comme atout de séduction numéro 1, il n'y a plus qu'un pas.

Si tu as une majorité de c : L'élégance d'un rouge ! Pas question de céder aux charmes aguicheurs et simplistes des bulles ou du sucre. L'authenticité a toujours eu sa chance à l'heure de s'acoquiner de son prochain. Alors pourquoi pas un beaujolais bien glissant, ou, si charme et distinction sont de rigueur, craquez ensemble pour un petit voyage en Bourgogne : un bon petit pinot saura allier vivacité et raffinement pour emporter vos papilles au 7ème ciel... Bref, le symbole vivant de votre réussite affectueuse n'est autre que Superdupont : la tradition au service du goût et de l'amour. Quoi de mieux pour démarrer dans la vie ! Allez, passe-moi la planchette à saucisson !

Si tu as une majorité de d : Bon, là c'est plus compliqué. Je crois que votre couple prend un chemin que je ne saurai conseiller : trop d'appréhension que votre amour ne soit dilué dans toute cette eau. Tisane, bouillon,... N'avez-vous donc pas peur de noyer vos sentiments trop vite ? Une vie sans vin, c'est comme un tagagda sans tsoin-tsoin ! Et puis, comment oser espérer aller loin dans son couple quand on n'aime pas le vin ? Baudelaire disait ainsi : "Un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher à ses semblables." Osez vous ouvrir un peu, poussez donc la porte du caviste de votre quartier et laissez-vous guider...

PS : Bien que certains points ne puissent souffrir d'une quelconque contestation, il s'agit bien là d'un billet à l'odieux penchant caricatural. En plus, son auteur ne cite même pas l'once d'une étiquette aguicheuse pour égayer ce foutu premier rendez-vous... Mais pas si vite ! Fouillez donc parmi ces pages, puis, d'un pas décidé, traînez vous chez votre caviste. En cette période de foire aux vins, c'est sûrement la meilleure chose à faire : car si le supermarché vend des prix, votre dealer de vin vend peut-être l'élixir de vos années futures...
 

     
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Glouglou #6

La rentrée est maintenant bien derrière nous, l'occasion de faire le point sur quelques vins 
qui auront plus ou moins (mais plutôt plus que moins) tous emballé nos papilles.
C'est le retour de la rubrique Glouglou, la rubrique du bon glou !
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Champagne - Blanc de noirs - Robert Barbichon

Une très belle bulle champenoise accessible pour le porte-monnaie. De la fine bulle à la bouche ciselée, un champagne vif et peu dosé, en bio et biodynamie qui plus est ! Bref, à l'heure d'aiguiser les papilles, une bien belle bouteille, rafraichissante, aux délicats arômes de fleurs blanches et d'amande.
♥♥(♥)
Crémant de Limoux - Micromégas 2011 - Alain Cavaillès
 
On reste dans les bulles avec ce très agréable crémant, expressif et tout en finesse. Une belle expression du terroir limouxin exprimant la rose, les fruits blancs et l'amande. Ajoutons à celà une belle finesse de bulle et nous voilà ravis de quitter un instant la champagne pour s'acoquiner d'une effervescence régionale de très belle facture.
♥♥
Vin de France - Refaire le monde 2012 - Sébastien Fleuret

Vin de France, oui, mais plus précisément de Loire. Et qui dit Loire, dit chenin. Un cépage que sublime parfaitement Sébastien Fleuret. Un vin d'une rare ouverture, entre acacia, poire, coing, le tout dans un écrin minéral de toute beauté. Bref, un gros coup de cœur qui révèle la pureté du chenin au travers de son terroir. Simplement un grand vin, généreux et pas exempt de subtilité. 
♥♥ 
Mâcon - Chardonnay - Climat "La Roche" - Bret Brothers
 
Le souci avec la Bourgogne, c'est que trop souvent des élevages poussés ne permettent pas de profiter du vin sur sa prime jeunesse. Alors ici, chez la famille Bret (aucun rapport avec la levure responsable du goût d'écurie), on a choisi d'être au plus près du fruit. Et ce chardo ne déroge pas à la règle. Un air de chenin, avec ses notes d'abricot, une belle fraîcheur, et au final un vin bien ouvert et très profitable dès à présent. La complexité n'est pas en reste, le vin présente une belle allonge, reste plus qu'à trouver un beau poisson blanc et quelques champignons et le bonheur devrait se dessiner assez rapidement...
♥♥() 

Menetou-Salon 2010 - Domaine Philippe Gilbert
 
Parfois les timides, peu volubiles, ne manquent pas de finesse dans le propos... Tel pourrait être le résumé de cette très belle quille de pinot noir ligérien. Un vin d'une grande finesse, élégant, qui sait prendre de la largeur avec un peu d'air. Bu sur 12 heures, le flacon n'a fait que se bonifier, sans sourciller un instant. Une bouteille dont il faut gagner la confiance à coup de patience, pour au final partager avec elle, un beau moment d'échange. La bourgogne n'a pas le monopole du pinot, et c'est tant mieux, car les petites baies sauvages et le léger cuir de ce vin sont les dignes ambassadeurs du cépage roi.
♥♥(♥)

IGP des Collines Rhodaniennes - Syrah Les Monestiers 2012 - David Reynaud
 
Un billet de dix qui traîne dans la poche, l'envie d'un petit canon bien vif et pas sans caractère, une bouteille de syrah qui passe devant les yeux, deux heures plus tard, l'envie d'y retourner... Voilà l'histoire de cette bouteille. David Reynaud est un jeune vigneron du Rhône nord, proposant de très belles expressions de la syrah. Ici, sur son petit vin, on trouve un jus bien séveux, vif, à la finale saline du plus bel effet. Un grand "petit" vin, frais et digeste, qui réconcilie sans souci avec ce cépage aux mensurations parfois un peu trop massives pour nos papilles.
♥♥
Costières de Nîmes - Bien Luné 2013 - Terre des Chardons
 
Une gourmandise sudiste pour poursuivre. Un jus fluide ne présentant pas une grosse structure, mais une aromatique ample et plaisante. Un vin glissant, aux surprenantes notes florales (rose notamment) accompagnant un large panier de fruits rouges bien acidulés. La bouche, sans être charnue, présente un beau volume et révèle une matière gourmande où le litchi, aussi curieux soit-il, aime à s'épanouir. Pour moins de dix euros, un très beau vin de copains.
♥♥
Coteaux du Languedoc - Campredon 2009 - Alain Chabanon
 
Quand la gourmandise peut très bien s'affranchir de la guimauve... Voici donc un beau vin fluide et caractériel concocté par Alain Chabanon. Le mourvèdre amène un soupçon d'animalité qui ne nuit aucunement à la fraîcheur d'une syrah légère. Ajoutez un soupçon de carignan, de grenache et l’hégémonie parfois gonflante du petit vin sur le fruit comme unique compagnon des soirées sans prise de tête s'en trouve soudain bien chamboulée. Un vin qui glisse sans pour autant être lisse...
♥♥
Sicilia - Il Frappato 2008 - Occhipinti
 
C'est plein de frustration que je viens vous parler de ce flacon. Oui, car si cette bouteille fut un très grand moment de plaisir, les millésimes suivants ne m'ont plus guère enchantés. Dommage, me direz vous, mais je suis certain qu'un jour, un nouveau millésime permettra de retrouver ces fragrances légères de groseilles mêlées à un moulin d'épices dans lequel traînent aussi quelques feuilles de laurier. Un jus plein, coulant, appelant à se resservir sans concession. La Sicile dans toute sa splendeur par Ariana Occhipinti ! Ce 2008 restera un grand souvenir de délicate gourmandise glissant vers la complexité des très beaux compagnons de verre que l'on cherche tous. 
♥♥
Poiré - Granit 2011 - Eric Bordelet
 
Au pays du grain de raisin, il y a aussi les trouble-fête, ceux qui viennent vous titiller les moustaches en vous rappelant que l'on peut aussi faire de merveilleuses choses avec sa panière à fruits. C'est le cas d'Eric Bordelet, docteur ès cidre et poiré, qui livre avec cette bulle titrant à peine 3°, une solution lavante idéale pour vos fins de repas. À peine de sucres résiduels, une fraîcheur dingue et au bout de chaque bulle frisant vos papilles, un intense plaisir.
♥♥(♥)

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Notation :
   Vin agréable : " Je cherchais un vin sympa pour midi, c'est gagné !"
  Vin très réussi : "Je cours en chercher une autre à la cave ! " 
  Vin remarquable : " T'es sûr que les bouteilles font 75 cl ? "
   Vin exceptionnel : " Quelle émotion, si je finis la bouteille, je deviens poète !"
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À table dans la ville rose...

Belles adresses, jeunes cuistots talentueux, bons produits : les assiettes de la ville rose n'attendent plus les étoiles pour nous régaler.

Fait maison, buffet à volonté, guides, Internet, exotisme, table gastronomique, fast food... Nombreuses sont les raisons qui peuvent pousser le client lambda à franchir la porte d'un restaurant. Mais à l'heure du choix, est-il toujours pertinent d'empiler les avis et de se voir ainsi rapidement réduit à une option par défaut, ignorant, le plus simplement du monde, un des critères les plus importants : son propre goût. 
Car si les avis plus ou moins marketés s'empilent sur la toile, dans les guides ou ailleurs, un peu de perspicacité permet tout de même de se mettre d'accord sur quelques points essentiels, rarement couchés sur papier glacé. Oui, le bon goût ne se décide pas entre deux publicités pour du jambon sous vide, encore moins en apposant un autocollant Fait Maison sur la devanture de son établissement. Les impostures commerciales sont comme ça, elles essaient de convaincre avant le premier coup de fourchette. Malin, non ?
Alors on tente de ne pas trop écouter la rumeur, on laisse ses amis racoler un peu, on jette quand même un œil ici ou là, histoire de savoir ce qu'en pense l'intelligentsia foodiste ou l'autre rigolo de blogueur qu'on aime bien lire parfois. Mais malgré tout, à un moment, faut entrer et s’attabler. C'est ce que j'ai eu la chance de faire, un peu plus que de raison, ces derniers temps, dans notre belle cité toulousaine. 
Si la tradition familiale veut que de temps à autre on pose nos coudes chez les étoilés locaux, histoire de prendre du bon temps, autour d'une cuisine du marché, le midi, pour un coût raisonnable ; il est aussi bon de remarquer qu'à côté des menus low coast de l'élite gastronomique édictée par le guide rouge, se joue une autre partition, tout aussi intéressante, que je m'évertue à rencontrer, dès que je peux. Et depuis quelques temps déjà, ce genre d'adresses n'est pas vraiment ce qui manque à Toulouse. 
Alors, si je n'ai pas encore eu le temps de rendre visite à toutes ces bonnes tablées dont on cause sous le manteau, il est au moins trois adresses dont je me dois de vous parler, pour la bonne cause, celle que défendent vos papilles et votre estomac.

Les P'tits Fayots

Après une soirée parfaitement orchestrée par Aziz Mokhtari, le chef des lieux, il y a quelques mois de ça, il m'a été donné de goûter ensuite à sa cuisine du midi. Formule de midi, pour une vingtaine d'euros, avec peu de choix, mais la certitude de produits frais. Un choix logique, suivant à priori les saisons, et qui, nourri d'un soupçon de fantaisie, peut rapidement satisfaire les palais délicats, sans pour autant jouer les équilibristes colporteurs d'un exotisme inapproprié. Au final, autour d'une carte des vins dynamique, faisant place à pas mal de références alternatives, la cuisine des P'tits Fayots permet de prendre soin des papilles les plus sensibles. Proposant toujours des cuissons justes, révélatrices de la fraicheur des produits utilisés, Aziz récite ainsi une partition délicate, assaisonnée d'un juste zeste d'audace...
La Pente Douce

Tout le monde attendait la réouverture de cette belle adresse... Depuis que c'est chose faite, j'y ai enchaîné les repas de midi avec autant de plaisir que d'envie de revenir. La régularité n'est pas un vain mot quand il s'agit de parler d'un établissement. Et Hamid et Typhaine, autour d'une carte conservant quelques éléments phares de la cuisine du patron (Miam miam ! les tripes au citron confit...), savent rafraichir leurs propositions de nombreux plats à la simplicité et la justesse rassérénantes quand le creux de milieu de journée se fait sentir. Le soir, autour d'une cuisine plus élaborée, c'est du tout pareil, mais en mieux... Et ici aussi, niveau liquide, un vent d'alternance souffle goulument : belles références sudistes, quelques noms aguerris à la pratique du nature (Ganevat, pour ne citer que lui). Bref, une belle table aux accents méditerranéens, qui sait, en plus de combler le client, sublimer chaque locataire de sa chambre froide...

SOLIDES

Depuis son ouverture, il y a quelques semaines de ça, regoûter à la cuisine de Simon Carlier était devenu en quelque sorte une marotte assourdissante de mon estomac. Ainsi, à l'occasion d'un dîner d'exception laissant la part belle au vin, c'est un menu sur-mesure qui nous a été donné de découvrir. Au programme : du pompeux, du noble... mais surtout du vrai ! Une très belle soirée, permettant dans la sincérité d'une cuisine réfléchie et respectueuse des produits, de profiter d'un beau moment de gastronomie. Un œuf au caviar à tomber, un saumon Petrossian d'exception, une volaille de cent jours cuite à la perfection, une déclinaison de brie aux affinages divers, et enfin, un dessert aux agrumes d'un rare équilibre, permettant de finir dans la vive douceur du citron au naturel.  Au fait, ici aussi on peut manger sereinement le midi, et même si nous n'avons pas vraiment testé la cave ce soir là, ce qui dormait sous nos pieds, attendant patiemment un coup de tire-bouchon, semblait avoir de la gueule...
Toulouse, ville vraiment gourmande ? On dirait bien ! Car au delà de la qualité de ces adresses (et il en manque, notamment le Tire-Bouchon de Philippe, à qui je dois rendre visite pour faire autre chose que boire... ou le Clos de François), c'est bien une dynamique du bon qui s'est enclenchée au sein de notre ville. Quand en plus, on sait que l'humain s'y déverse aussi sans retenue, on ne peut que se réjouir et se dépêcher d'ajouter une visite gastronomique au programme de toute découverte de la ville rose...


David Farge "ABISTODENAS"

   
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Télégramme du COING

NAILLOUX 22092014 - 22H10


ARRIVAGE COINGS / PROGRAMME PÂTE DE COINGS / GELÉE DE COINGS / ATTENTION /

MISE EN GARDE / RECETTE / BESOGNE / CORVÉE / AUTRES SYNONYMES ACCEPTÉS /

TRIER COINGS / SOIGNER AMPOULES / PESER CHAIR / CUIRE AVEC PÉPINS / 30 MINUTES /
 
MIXER CHAIR / GARDER JUS CUISSON / CUIRE POIDS POUR POIDS AVEC SUCRE / 1 H ENV / 

ÉTALER COUCHE 2 CENTIMÈTRES / LAISSER SÉCHER 5 JOURS / RETOURNER / 

SÉCHAGE 5 JOURS SUPPL / TAILLER CARRÉS / LOSANGES / CŒURS / AUTRES / 

POUR GELÉE / FILTRER JUS / PESER / AJOUTER POIDS POUR POIDS SUCRE / 

CUIRE JUSQU'À 104°C / METTRE POTS / DÉGUSTER A GROSSE CUILLÈRE / ASTUCE /



ABISTODENAS

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L'oublié du PAF... (Vino Business, surtout Business)

Hier soir j'ai regardé Vino Business. Voilà. Avant de voir le film, j'avais lu, ici ou là, les avis posés sur la toile, sachant malgré tout, ce qu'écriraient les uns et les autres. C'est qu'à force de se lire, on commence à se connaître. Et il est vrai, qu'en partant de chacune des postures idéologiques défendues aux quatre (petits) coins du microcosme pinardier, on peut comprendre la lecture enflammée que certains font de ce documentaire :

Les défenseurs d'une viticulture éco-responsable trouvant, dans l'argumentaire d'Isabelle Saporta, largement matière à dénoncer la vision purement spéculative d'une élite bordelaise à des kilomètres des réalités de la terre ; quand les palais dorés des aficionados de Grands Crus Classés prêchent avec aisance, pour la décrédibilisation d'une vision purement manichéenne, opposant, comme dans un album de littérature enfantine, une certaine noblesse au brushing impeccable et un bon peuple trouvant refuge, tels des sans arme, dans un quotidien baigné par l'amour de la nature.
Vision réductrice s'il en est, ces quelques lignes, comme ce film, sont tout de même, il me semble, un bon résumé d'une lutte des classes entamée il y a maintenant quelques siècles de ça. Alors, que pour une fois, ce soit le vin qui se pare du drapé rouge de la contestation, pourquoi pas... Mais on aurait tout autant pu parler métallurgie, agro-alimentaire, pétrole ou finance.

Mais non, notre vin, lui qui reste le plus souvent un thème absent des écrans ou de toute couverture médiatique d'envergure, servira de support à la controverse, comme ça, sans prévenir, un soir de grand écoute.

(Ah oui, au fait, soyons bien d'accord que le marronnier annuel des Foires aux Vins de la grande distribution, traité par dessus la jambe, caméra à l'épaule dans les rayons du Franprix du coin, n'a strictement rien avoir avec le vin. On y achète des prix, pas du vin, alors...)
« Mais pourquoi le vin ?! » 

Car de ce reportage, finalement, je ne vois pas très bien quoi en retenir. Qu'il relance le débat autour de cette enclave dorée, cette chasse gardée, que peuvent être les Grands Crus bordelais, pourquoi pas. Mais finalement, est-ce véritablement en essayant de forcer le verrou d'une omerta plusieurs fois centenaire que l'on changera la vision collective du vin ? Malgré les dorures dégoulinant jusque sur les flacons, reflet d'une indécence certes condamnable, mais visible de tous, je ne pense pas. Et ce ne seront pas deux paires de cuissots bourguignons, au galbe certes proche de la perfection, prenant un bain dans une cuve, pour les besoins de l'image, qui suffiront à rapprocher le client lambda de cette autre viticulture survolée pour la nécessité du contre-pied.  
Car au-delà de la caricature regrettable opposant bordelais et bourguignons, dans un flots d'approximations que seuls les Techer, vignerons censés de Pomerol, arriveront à contrarier, c'est peut-être bien du vin qu'on oublia de nous parler. De cet élixir des tablées familiales, de ce lubrifiant social ponctuant les débats enlevés, de cette nourriture de l'esprit aux récits infinis, de ce compagnon millénaire de l'humanité, amoureux transi de notre terroir français...

Oui, il aurait peut-être fallu simplement nous parler d'amour. 

Parcourir cette autre France vitivinicole, celle qui commence certes les pieds dans la terre, en Bourgogne, mais aussi à Bordeaux, dans le Jura, le Languedoc ou ailleurs, mais qui n'oublie surtout pas de se finir au creux d'un verre. Montrer ces images du vin comme organe de plaisir, blasphémer un peu, en déclamant son amour pour un vin que l'on aimerait sain, ou plus simplement : donner envie... Car, quand la majorité des gens achète leur vin comme on achète du PQ ou du produit vaisselle, militer pour l'immense diversité culturelle du vin me semble être un impondérable de tout argumentaire vinophile. 
La critique est aisée, certes, et les quatre-vingt minutes que durent ce plaidoyer, savent parfois pondérer la frustration de l'instant. Mais le croustillant du propos s'ancre malheureusement trop souvent dans le surréalisme d'une vision biaisée par l'argent. L'incrimination devient alors raillerie, comme quand Hubert de Boüard laisse le carillon rutilent de l'Angélus entonner un Star-Spangled Banner à faire se retourner Jimi Hendrix dans sa tombe. On s'intéressera par contre au propos facile mais réaliste d'un Dominique Derain conscient des peurs qui nous étouffent, et l'on pourra aussi s'émouvoir de ces combats isolés, de ces petites histoires tragiques, ne faisant que difficilement ciller les regards déjà bien loin des accros du pulvé.
Alors non, je ne jette pas du tout la pierre à Isabelle Saporta, qui aura eu au moins le mérite d'essayer, mais simplifier et vulgariser sont pour moi deux choses bien différentes. Vino Business est donc, à mon humble avis, un de ces documentaires qui se laisse boire (sans mauvais jeu de mot), mais avant tout une caricature, informant à coups de sensationnalisme timide sur l'obscurantisme d'une toute petite frange de la viticulture française, et surtout, un documentaire ignorant tout un pan de ce que sait aussi être le vin : un vecteur de plaisir sans pareil. Et pour une fois que la télé se penchait sur la chose, dommage qu'elle n'ait pas pris le temps de trinquer avec nous.



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Ôde au corbières anglo-saxon...

Pause estivale... Profiter, dans ce coin reculé des Corbières, d'un de ces lieux où les bruits de la ville ne viennent pas bousculer la lenteur d'un été que l'on aime voir défiler au ralenti ; un lieu que le relief ciselé, dessiné par une roche sauvage, s'empresse de protéger des habitudes cocasses et fatigantes du plagiste en vacances, agissant, même les pieds dans l'eau, comme sur un périph bouché un jour de réunion vitale. Cette petite alcôve faite de quiétude, c'est Embres et Castelmaure, patelin assiégé par la vigne et nourri par le calme. Village vigneron où la cave coopérative semble avoir pris la place de l'église de nos campagnes, ici, les Saints se prénomment Massey ou John...

Alors, depuis notre lieu villégiature, autant vous le dire simplement :  « On est bien ! »
Embarqués dans ce séjour hors du temps, installés dans une ancienne bergerie, repère d'un peintre illuminé, il y a encore peu de temps, nous voilà donc au cœur des Corbières, poumon viticole audois d'une beauté à couper le souffle. Mais avant de vous entretenir des charmes liquides du coin, je suis bien obligé de vous parler un peu de notre hôte. Patrick Mary, le corse du village, vient en effet de retaper de main de maître ce vieux corps de ferme fait de pierres sèches. Une bâtisse posée "au bout de la route", un endroit qu'il appelle Le Maquis. Patrick, c'est l'homme à tout faire, le cantonnier du village, celui qui répare, rafistole ou rend possible ce qui parait infaisable. C'est ainsi grâce à lui que trône en bonne place un magnifique barbecue, plus proche de la cheminée hivernale que de l'édifice bancal de camping. C'est aussi, bien aidé il est vrai par un monticule sans limite apparente de ceps de carignan, sous ses mains qu'ont pu prendre vie ces instants joyeux où le four à pizza, lové dans un des murs de l'édifice, servait de lubrifiant social à ces soirées gourmandes où le temps avait toujours faim d'une suite. Bref, un lieu où l'on ne peut faire autrement que de s'arrêter bien plus qu'un moment.
Mais au delà du repos casanier exigé par les lieux, c'est tout un patrimoine qui trône au cœur de ces terres audoises. Une empreinte cathare, naturelle, gastronomique ou vinique, bien à l'étroit sur le calendrier des vacances dont on reluque avec regret la petitesse de la semaine réservée ici-bas.

Ce fut tout de même l'occasion de rendre visite à quelques têtes vigneronnes, parfois croisées dans le verre, mais ne permettant pas toujours une poignée de main sincère. Ainsi, après une petite demi-heure de route en direction de Sigean, une dizaine de filles de joie croisées sur le bord de la route, quelques girafes en fond d'écran, nous voilà à Peyriac-de-mer. Charmant petit village, dont les anciens marais salants méritent aussi le détour, Peyriac est aussi le lieu de résidence d'Hugo Stewart, un anglais au cœur délibérément tourné vers la France et l'amour de son terroir.
Les Clos Perdus, c'est une aventure hors du commun, la rencontre de l'utopie, de la tradition et du savoir-faire. En ce début de millénaire, c'est en partant en quête de terres délaissées, de paysages à fleur de peau, qu'Hugo (ex éleveur de champions à la queue en tire-bouchon dans la campagne anglaise) et Paul Old (ex danseur et chorégraphe au pays des kangourous) décident de vinifier quelques parcelles disséminées entre Corbières et reliefs du nord Roussillon. De petites parcelles, comme autant de personnalités posées aux quatre coins d'une palette au fort accent régional, qui trouvent un parfait terrain de jeu une fois les verres tendus.
De la Cuvée 101, un corbières traditionnel qui rafraîchit l'image parfois lourdaude de ces melting-pots confiturés défigurant la noblesse du carignan, au parfait Mire La Mer, mourvèdre sauvage et salin, pleinement épanoui les pieds dans l'eau, en passant par cet Extrême, blanc catalan issu de grenaches complantés de toutes couleurs, jouant les fil-de-féristes, pour dompter un volume intense conjugué à une colonne à la vivacité vertigineuse, les vins s'enchaînent dans une parfaite narration complexe et sans accro. Mais s'il devait y avoir un coup de cœur, ce serait sans nul doute celui que je partage maintenant avec le sieur Pousson : un corbières jouant les premiers violons, avec la fougue d'un Jimmy Page accroché à sa guitare, maltraitant son archet. Une finesse électrisante où le fruit semble libéré, pour venir nourrir le corps et l'esprit dans une apparente facilité au grain plein de subtilité. Une véritable claque nommée Prioundo, faite de grenache et de cinsault, qui livrera tout ou partie de son message au fil des bouteilles défiant la douloureuse attente d'un temps bonificateur.
Une rencontre ou le vocabulaire technique laisse place à la véracité de l'instant, où les discours se font discrets, laissant les échanges voguer dans la simple authenticité du plaisir partagé. Une dégustation qui se finira en Italie, pour la curiosité, prouvant d'ailleurs qu'il n'y a pas de meilleur vigneron que celui qui aiguise aussi sa curiosité chez les autres...

Nous descendons ensuite au rez-de-chaussée, se donner un petit aperçu des 2013 en cours d'élevage. Les jus défilent, dévoilant un évident très beau millésime à venir, quand dans un recoin de la pièce, de la pipette d'Hugo, sort soudain une de ces potions magiques que l'on aimerait sienne. Une cuvée réservée à une amie anglaise, un carignan mêlé de cinsault à folle pétulance, du style à vous faire passer un triste crachin d'outre-manche pour une journée de farniente, et ce, à la seule force d'un verre. Une nouvelle histoire intimiste jouant sa partition en à peine trois ou quatre cents bouteilles.
On aura bien goûté une dizaine d'autres de ces mélodies locales, tantôt imprégnées par le salin d'une côte baignant le village, tantôt enlevées par la tramontane flirtant avec ces pierres saillantes, ces cailloux, abris de fortune, à quelques kilomètres de là, d'autres vignes perdues sur les hauteurs d'un arrière pays sauvage, dont la beauté ne peut suggérer l'abandon.

L'aventure est belle, mais le résultat l'est tout autant. Qu'il est agréable de voir des histoires gorgées d'une sincérité débordante, menées à bien dans le respect d'une idée livrant à ceux qui pousseraient la porte des Clos Perdus, la garantie d'un vrai moment de plaisir. Cheers Hugo ! Et merci pour tout...   

David Farge "ABISTODENAS"

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