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On se la mesure ?

Les clichés ont la peau dure et pour cause... N'y aurait-il pas une part de vrai à affirmer que l'homme, le poilu, aime à jouer à celui qui pisse le plus loin, ou de savoir enfin, une fois le calbar sur les chevilles, qui mérite le respect de ses congénères. Indécente remarque sexiste si l'on ne distinguait pas aussi la présence de quelques femmes, peu enclin à laisser cette hormonisation de l'esprit de compétition, sans trace d'un quelconque soupçon de mixité.

Bref, que ce soit dans la cours de récré, un ballon entre les pattes ou face à quelques bouteilles, il en sera toujours un pour monter au créneau, défiant l'assemblée d'une vile intimidation, du genre: « Bon, on se la mesure ?! »
Et oui, on se refait pas messieurs dames ! Le bon vieil esprit de compet'... Le truc qui n'intéresse personne, mais qui fait tout de même toujours se dresser une oreille. Dernière du genre : la France est championne du monde de dégustation... Cocorico ! Bon, plus exactement vainqueur du concours international organisé par la RVF. Le principe est simple : des équipes de quatre venant du monde entier, douze vins servis à l'aveugle, cinq critères à retrouver (cépage principal, pays, appellation, producteur et millésime). Au final, on épluche les réponses et l'équipe qui aura dégusté avec le plus grand discernement se voit récompensée du titre honorifique mis en jeu.

Alors, me direz vous, pourquoi est-ce que je viens vous parler de ce concours pour zinzin du goulot ? Et bien en premier lieu, parce que ces gars là habitent tous à quelques kilomètres de chez moi, et que depuis une certaine soirée passée à déguster magnum sur magnum à leurs côtés, je me dis que j'ai de drôles de fréquentations. Plus sérieusement, avant d'être des encyclopédies viniques sur pattes, ces gars sont avant tout des amoureux transis du vin. Un groupe large, nommé In Vino Veritas, amené à déguster de façon presque hebdomadaire plusieurs dizaines de flacons. 
On pourra penser ce que l'on veut de ce genre de course à l'échalote, mais toujours est-il que si les crachoirs sont bien remplis, les caves le sont aussi, et la qualité n'est pas un mot galvaudé quand s'échangent en toute discrétion les listings des canons vidés à chaque session. Entre soirées "d'entrainement" à l'éclectisme tapageur, et dégustations thématiques, il y en a pour tous les goûts. Mais ce qui prime avant tout c'est cette amitié ayant traversé les années permettant à ce groupe d'afficher une certaine stabilité affective. 
Et moi dans tout ça ? Et bien, courant du joli mois de mai dernier, j'ai pris part à une manche du concours national, l'étape gaillacoise plus exactement. Même principe, en équipe de deux, douze vins français servis à l'aveugle, en carafes, toutes identiques, une feuille, trois verres et un crayon à papier. Pour une première, nous n'avons pas été ridicules (27ème sur 55 équipes), mais là n'est pas la question. Le plaisir du jeu a dépassé un instant la passion du vin, car qualitativement le compte n'y était pas forcément. Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse... du jeu ! Le crachoir se remplit, durant les deux grosses heures que dure le concours, et on se prend au truc. 
Au final, une autre approche du vin, bien moins passionnelle et gourmande que celle qui nous pousse à organiser de beaux repas comme celui de ce samedi, mais une parenthèse ludique non dénuée d'intérêt, ne serait-ce que pour l'humilité, les franches poilades et la relative excitation procurées par le jeu.

Mais revenons à nos festivités du week-end : un repas mêlant des vins de tous horizons, dont le dénominateur commun n'était autre que le partage. Du champagne à l'Autan des Plageoles, du cinsault que j'adore au prestige bordelais, du talent pur de Ganevat à l'équilibre sans faille d'un chassagne de Ramonet, malgré les étiquettes parfois clinquantes, aucune suffisance dans les rangs, simplement un plaisir cumulé, conjuguant l'amour du vin au présent, sous toutes ses formes. Et hasard des nombres, nous avons découvert et profité d'exactement douze flacons, mais ce jour là, c'était nous les champions du monde... du moins dans la catégorie reine, celle du bonheur partagé.  
Les plaisirs sont multiples et peuvent prendre bien des formes, et si cette victoire des collègues d'IVV mérite respect et reconnaissance (même si elle inspire sûrement l'étonnement chez un grand nombre de personnes qui classerait plus aisément cette nouvelle à la rubrique "insolite" plutôt que "culture" ou "vin et gastronomie" de leur canard préféré), je puis assurer qu'elle n'hypothèque en rien les velléités de plaisir simple de ces gars là. On doit se revoir bientôt, il me tarde. Et encore bravo !
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CINSAULT(veur) #7 : l'OVNI de Paziols

Les plus belles rencontres sont souvent le fruit du hasard. La chose s'est encore confirmée avec cette bouteille. Une image circulant brièvement sur les réseaux sociaux, une étiquette qui intrigue, un cinsault annoncé prometteur... Il n'en fallait pas plus pour qu'un petit gueuleton improvisé encercle rapidement quelques verres de ce Wabi Sabi, venu spécialement des terres sauvages de Paziols, petit village des Hautes-Corbières, au croisement des trésors cathares et du souffle chaud des terres catalanes.

À l'origine de cette cuvée anecdotique, tirée à seulement trois cents exemplaires, Sébastien Agelet, vigneron du Domaine De Mena ("Par nature" en catalan). Habitué des allers-retours à la coop de Tuchan, il décide, après quelques essais en 2012, de produire quelques cuvées personnelles. En effet, les terroirs frais sur lesquels poussent ces quelques ares de cinsault (auxquelles se mêlent amicalement des souches de lladoner pelut) ont en partie aiguisé les envies d'ailleurs du domaine et permis la naissance de ces flacons, point de départ d'une nouvelle aventure pour Sébastien.
À deux cents mètres d'altitude, sur les pentes nord argilo-calcaire et très caillouteuses qui accueillent ces quelques pieds de cinsault, Sébastien cherche la fraîcheur, trie et vendange à juste maturité, évitant ainsi de perdre la fougue et la vivacité de cet élégant cépage. Les lladoner sont vendangés à part et donneront une cuvée Clandestine que j'espère goûter bientôt, un blanc traine aussi en petite quantité ici ou là, quand quelques carignan et syrah, patientent encore un peu pour connaitre les joies du verre... 
Mais la curiosité m'a poussé vers ces kanjis apposés sur le cochenille d'une étiquette au premier abord assez mystérieuse... Sortons le tire-bouchon et dégustons !
Une robe sombre distingue tout de suite ce cinsault de quelques congénères plus inspirés par la tisane que par le jus dense des presses, le nez pète littéralement le fruit, entre cassis, framboise et autres baies sauvages juste écrasées au-dessus du verre, difficile de ne pas saisir la gourmandise au vol. Avec un peu d'air, des notes plus subtiles se détachent et les marqueurs plus floraux du cinsault semblent prendre confiance. La rose s'échappe du verre comme pour s'offrir à des lèvres qui brûlent maintenant d'embrasser le dessein de ce vin, et la bascule ne tarde pas à se faire gourmande. En bouche, la vivacité du jus promène le fruit mordant de ce Wabi Sabi sans qu'aucune fatigue n'apparaisse. Le grain est fin, le jus plein et on se plait à se resservir en prenant son temps, le vin évoluant tranquillement vers un équilibre de tout premier choix. Un vin qui n'est pas sans rappeler cet autre OVNI dégusté précédemment, un chouïa de soufre salutaire en plus, pour un plaisir prolongé dans le verre...
Sur les pentes familiales du domaine, rafraichies aujourd'hui par le désir d'aventure de Sébastien Agelet, ces quelques bouteilles marquent un renouveau plus personnel. Alors, si cet envol vers plus d'indépendance est forcément salutaire pour la richesse du paysage vinicole que l'on aime à découvrir jusqu'à plus soif, il est évident aussi que les écueils possibles seront nombreux. La contre-étiquette arborée par ce cinsault sonne ainsi comme une preuve supplémentaire de l'humilité nécessaire face aux efforts que demandera la réussite de ce projet. Mais à l'aube de ce temps nouveau, force est de constater que cette rencontre prometteuse annonce bien des réjouissances. Papilles, verres et curiosité sont en alerte, à très bientôt Sébastien !

David Farge "ABISTODENAS"

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CINSAULT(veur) à la carte...

Carte des cuvées de cinsault dégustées sur le blog :
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Télégramme hypercalorique du chocovore

NAILLOUX 08102014 - 16H46


PAS PEUR DES CALORIES / BESOIN CHOCOLAT / VRAI FONDANT / PAS IMITATION SURGELÉ /

MISE EN GARDE / RECETTE SIMPLE / HANCHES PAS D'ACCORD / POIGNETS D'AMOUR IDEM /

BATTRE 2 ŒUFS ET 100 G SUCRE / FAIRE FONDRE 70 G CHOCOLAT AVEC 120 G BEURRE /

MÉLANGER / VERSER 60 G FARINE / PINCÉE SEL / CUIRE DANS PETITS MOULES / 8 MIN / 

180°C / LAISSER REFROIDIR UN PEU / AFFAMÉS IDIOTS OU TÉMÉRAIRES SE BRULERONT /

DÉMOULER / DÉGUSTER GAIEMENT AVEC VERRE VIEUX BANYULS /



ABISTODENAS
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Tout ça, c'est à Crozes de toi !

De mon sud-ouest natal, que le Rhône semble exotique ! Casanier (juste ce qu'il faut), il est vrai que je ne suis pas forcement le routier sympa sillonnant allègrement la France du vin au volant de ma Clio vintage du siècle dernier. Depuis les collines du Lauragais, le bitume de vallée du Rhône, c'est un peu cette autre Route 66, mythique et si loin à la fois, balayant pourtant parmi les plus beaux vignobles de notre pays. 

Mais par touches successives, ma cave à su démontrer après moult exemples, que la partie nord, dédiée à la syrah, méritait amplement que papilles et atlas routier s'intéressent un peu plus à la cause défendue par les vignerons sévissant sur ces pentes abruptes baignées par le Rhône. Oui, cette syrah là, a fait vaciller plus d'une fois la fidélité inébranlable que je voue à mon proche Languedoc, patrie du carignan et d'un cinsault que je chéris le plus souvent jusqu'à plus soif. Il est vrai aussi, que sous le soleil méditerranéen du golfe du Lion, les chairs pulpeuses de la syrah ne se révèlent pas aussi délicates et subtiles que peuvent l'être leurs consœurs de la Côte-Rôtie ou de la colline de l'Hermitage. On trouvera, bien évidemment, quelques contre-exemples qui feront lever allègrement le coude : chez Jeff Coutelou, le sorcier de Puimisson, ou sur les fraîches hauteurs du Pic Saint Loup ; mais plus généralement, cette élégance là, est bien l'apanage exclusif de cette langue de terre tirant de Vienne à Valence.
Une fois la chose actée, il ne reste plus qu'à se balader, un verre à la main, chez ceux qui subliment avec fraîcheur et vivacité, la subtile personnalité de la reine des lieux. Et à ce petit jeu, il en est un qui peut assez facilement vous asséner une belle beigne, au sens propre comme au sens figuré. Ce docteur ès syrah, c'est David Reynaud, beau bébé caréné comme un seconde ligne, fomentant, dans ses quartiers de Beaumont-Monteux, sur les bords de l'Isère, quelques potions de tout premier ordre.
Oui, et c'est en partie à Crozes de lui qu'aujourd'hui je m'évertue à trouver une place de choix, sur les clayettes déjà bien garnies de ma cave, à ces syrahs ciselées issues du terroir de la plus vaste des appellations du Rhône septentrional. Un terroir que j'ai découvert, comme beaucoup, en dégustant les jus lardés et délicats du Domaine Combier, dont nombre de bouteilles du fameux Clos des Grives, étendard liquide régional dont les années passant permettent de flatter la réputation. Mais surtout, depuis quelques temps, c'est avant tout cette colonne toute en vivacité, et cette élégance enivrante faite de fleurs parfumées, de baies sauvages, glissant sur le mordant de ces jus qui me pousse à déboucher ces vins. Une fougue rassérénante et excitante que je me plais à retrouver chaque fois que j'ouvre les vins du Domaine les Bruyères.

Et quand on parle de rouges chez David Reynaud, que ce soit avec sa petite cuvée, petit canon de bois sans soif, ou au cœur de chacune des autres cuvées honorant la syrah, force est de constater que le plaisir se fait vite sentir, sans pour autant céder à la facilité du simple jus de fruit. Alors plutôt que de parler d'énièmes vins à la trivialité sans superbe, concernant cette douce limpidité de discours, je préfère parler de vins évidents.
  
Les Monestiers 2012, syrah fraiche et pétulante, glisse sans monotonie, portant avec elle un petit panier de baies sauvages. La bouche est toute en vivacité, traçante et bien balancée. Marqueur d'une pureté, et d'un interventionnisme à minima, l'impression cristalline soutenue par de beaux amers et une pointe saline finit de nous ravir. Et le tout, pour un billet de dix. Conquis !

Quelques kilomètres plus loin, après avoir traversé l'Isère et rejoint les terroirs argilo-calcaires, couvert de galets, de la commune de Beaumont-Monteux, dans les rangs presque trentenaires de ce petit bout d'appellation, se joue sûrement une des plus belles partitions du Crozes Hermitage. Et la cuvée Georges Reynaud 2012 goûtée dernièrement ne me fera certainement pas changer d'avis. Car, à mes yeux, elle est l'expression même d'un terroir d'exception, sublimé par un vigneron de grand talent. Une vinification en cuve béton, une cuvaison d'une trentaine de jours, un élevage en fûts de plusieurs vins pour laisser respirer cette syrah, des plus jeunes vignes laissées à l'écart du bois pour conserver fraicheur et enthousiasme du fruit... et au final, une exquise définition liquide du Crozes.
Un jus sombre, portant un regard profond. Un nez bavard au discours pointu : entre épices, bouquet sauvage et baies de cassis, le liant n'est autre qu'une sève vivace que l'on imagine nourrir le vin depuis l'entaille profonde d'un cep, directement dans son verre. Le toucher de bouche est élégant sans se faire pédant, les arguments de ce vin n'ayant véritablement rien de captieux. Une grande bouteille, bien jeune, s'affranchissant des codes de la bienséance, pour livrer dans l'insolence de son jeune âge, fougue et fragrances vertueuses à des papilles en émoi. 

À l'occasion d'un de ces salons à tendance pseudo-naturiste, j'ai eu l'occasion de croiser ce gaillard, de goûter aussi à ses autres nectars. Et si je m'attarde tant sur ses rouges, c'est que des expressions si éclatantes de ce cépage marquent indubitablement le parcours hédoniste de tout fervent amoureux du vin. Goûtez Les Croix ou la quintessence de l'idéologie de ce domaine, Entre Ciel et Terre, et définitivement, vous serez conquis. 

Alors, si ma définition d'un grand vin tendait à se dessiner, elle prendrait les contours de ce genre de bouteilles : 

Des grands vins comme des grands discours : intarissables, mais toujours intelligibles, et surtout captivants.

PS : Au passage, si vous voulez aider David Reynaud à poursuivre ses investissements, n'hésitez pas à le soutenir dans son initiative relayé par le site Fundovino... 



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