De mon sud-ouest natal, que le Rhône semble exotique ! Casanier (juste ce qu'il faut), il est vrai que je ne suis pas forcement le routier sympa sillonnant allègrement la France du vin au volant de ma Clio vintage du siècle dernier. Depuis les collines du Lauragais, le bitume de vallée du Rhône, c'est un peu cette autre Route 66, mythique et si loin à la fois, balayant pourtant parmi les plus beaux vignobles de notre pays.
Mais par touches successives, ma cave à su démontrer après moult exemples, que la partie nord, dédiée à la syrah, méritait amplement que papilles et atlas routier s'intéressent un peu plus à la cause défendue par les vignerons sévissant sur ces pentes abruptes baignées par le Rhône. Oui, cette syrah là, a fait vaciller plus d'une fois la fidélité inébranlable que je voue à mon proche Languedoc, patrie du carignan et d'un cinsault que je chéris le plus souvent jusqu'à plus soif. Il est vrai aussi, que sous le soleil méditerranéen du golfe du Lion, les chairs pulpeuses de la syrah ne se révèlent pas aussi délicates et subtiles que peuvent l'être leurs consœurs de la Côte-Rôtie ou de la colline de l'Hermitage. On trouvera, bien évidemment, quelques contre-exemples qui feront lever allègrement le coude : chez Jeff Coutelou, le sorcier de Puimisson, ou sur les fraîches hauteurs du Pic Saint Loup ; mais plus généralement, cette élégance là, est bien l'apanage exclusif de cette langue de terre tirant de Vienne à Valence.
Une fois la chose actée, il ne reste plus qu'à se balader, un verre à la main, chez ceux qui subliment avec fraîcheur et vivacité, la subtile personnalité de la reine des lieux. Et à ce petit jeu, il en est un qui peut assez facilement vous asséner une belle beigne, au sens propre comme au sens figuré. Ce docteur ès syrah, c'est David Reynaud, beau bébé caréné comme un seconde ligne, fomentant, dans ses quartiers de Beaumont-Monteux, sur les bords de l'Isère, quelques potions de tout premier ordre.
Oui, et c'est en partie à Crozes de lui qu'aujourd'hui je m'évertue à trouver une place de choix, sur les clayettes déjà bien garnies de ma cave, à ces syrahs ciselées issues du terroir de la plus vaste des appellations du Rhône septentrional. Un terroir que j'ai découvert, comme beaucoup, en dégustant les jus lardés et délicats du Domaine Combier, dont nombre de bouteilles du fameux Clos des Grives, étendard liquide régional dont les années passant permettent de flatter la réputation. Mais surtout, depuis quelques temps, c'est avant tout cette colonne toute en vivacité, et cette élégance enivrante faite de fleurs parfumées, de baies sauvages, glissant sur le mordant de ces jus qui me pousse à déboucher ces vins. Une fougue rassérénante et excitante que je me plais à retrouver chaque fois que j'ouvre les vins du Domaine les Bruyères.
Et quand on parle de rouges chez David Reynaud, que ce soit avec sa petite cuvée, petit canon de bois sans soif, ou au cœur de chacune des autres cuvées honorant la syrah, force est de constater que le plaisir se fait vite sentir, sans pour autant céder à la facilité du simple jus de fruit. Alors plutôt que de parler d'énièmes vins à la trivialité sans superbe, concernant cette douce limpidité de discours, je préfère parler de vins évidents.
Les Monestiers 2012, syrah fraiche et pétulante, glisse sans monotonie, portant avec elle un petit panier de baies sauvages. La bouche est toute en vivacité, traçante et bien balancée. Marqueur d'une pureté, et d'un interventionnisme à minima, l'impression cristalline soutenue par de beaux amers et une pointe saline finit de nous ravir. Et le tout, pour un billet de dix. Conquis !
Quelques kilomètres plus loin, après avoir traversé l'Isère et rejoint les terroirs argilo-calcaires, couvert de galets, de la commune de Beaumont-Monteux, dans les rangs presque trentenaires de ce petit bout d'appellation, se joue sûrement une des plus belles partitions du Crozes Hermitage. Et la cuvée Georges Reynaud 2012 goûtée dernièrement ne me fera certainement pas changer d'avis. Car, à mes yeux, elle est l'expression même d'un terroir d'exception, sublimé par un vigneron de grand talent. Une vinification en cuve béton, une cuvaison d'une trentaine de jours, un élevage en fûts de plusieurs vins pour laisser respirer cette syrah, des plus jeunes vignes laissées à l'écart du bois pour conserver fraicheur et enthousiasme du fruit... et au final, une exquise définition liquide du Crozes.
Un jus sombre, portant un regard profond. Un nez bavard au discours pointu : entre épices, bouquet sauvage et baies de cassis, le liant n'est autre qu'une sève vivace que l'on imagine nourrir le vin depuis l'entaille profonde d'un cep, directement dans son verre. Le toucher de bouche est élégant sans se faire pédant, les arguments de ce vin n'ayant véritablement rien de captieux. Une grande bouteille, bien jeune, s'affranchissant des codes de la bienséance, pour livrer dans l'insolence de son jeune âge, fougue et fragrances vertueuses à des papilles en émoi.
À l'occasion d'un de ces salons à tendance pseudo-naturiste, j'ai eu l'occasion de croiser ce gaillard, de goûter aussi à ses autres nectars. Et si je m'attarde tant sur ses rouges, c'est que des expressions si éclatantes de ce cépage marquent indubitablement le parcours hédoniste de tout fervent amoureux du vin. Goûtez Les Croix ou la quintessence de l'idéologie de ce domaine, Entre Ciel et Terre, et définitivement, vous serez conquis.
Alors, si ma définition d'un grand vin tendait à se dessiner, elle prendrait les contours de ce genre de bouteilles :
Des grands vins comme des grands discours : intarissables, mais toujours intelligibles, et surtout captivants.
PS : Au passage, si vous voulez aider David Reynaud à poursuivre ses investissements, n'hésitez pas à le soutenir dans son initiative relayé par le site Fundovino...





No comments:
Post a Comment