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GLOUGLOU Awards #2014

Plus élégant qu'un défilé de robes sur les marches d'un festival du film, plus parfumé qu'une fin de foire agricole, plus noble qu'une cérémonie monégasque des plus chiatiques, plus enivrant qu'un vernissage mondain arrosé au mauvais champagne, voici venu la seconde édition du palmarès, haut combien subjectif, de mes tribulations viniques de l'année écoulée.

Mesdames et messieurs, bienvenue à la cérémonie des GLOUGLOU Awards #2014 !

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Glouglou " Un magnum sinon rien" 
OPI D'AQUI - Massale 2013 - Vin de France
Un méli-mélo de grenaches aux allures de poulsard jurassien ayant pris le soleil. Du grenache blanc, gris et rouge, une finesse et un équilibre des plus plaisants, la fluidité d'un discours de Luchini... Il n'en fallait pas plus pour trouver le jus de soiffard de cette année écoulée. Digeste, élégant et non sans personnalité, cette Massale du (petit) Domaine Opi d'Aqui aura fait impression le temps d'une bouteille. Impression furtive, vu la vitesse à laquelle fut descendu le flacon, mais véhiculant un plaisir certain. Une découverte et un domaine à suivre, assurément !



Glouglou "Buller, boire et s'extasier"
Champagne Jacquesson Millésime 2000
Champagne forever ! Cette année fut aussi une réconciliation entre la champagne et mes papilles. De belles rencontres effervescentes, la confirmation qu'un bon champagne doit aussi savoir se faire attendre un peu pour s'exprimer pleinement, et surtout, l'impression de découvrir à chaque fois de vrais grands vins. Ce Jacquesson 2000 est donc le digne représentant du plaisir frétillant que peuvent occasionner les bulles. Finesse et élégance au service de la puissance aromatique d'un jus champenois de grande classe, telle pourrait être la définition de cette très belle bouteille. Du fruit sec, de belles notes florales et la complémentarité jouissive d'une minéralité vivifiante made in chardonnay se conjuguant à la souplesse vineuse du pinot révèlent ainsi un équilibre sans faille. 
Un grand champagne !




Glouglou "Sugar Man of the year"
Robert Plageoles & fils - Vin d'autan 2003 - Gaillac
La liqueur poussée à l'extrême ! Des rendements ridicules (moins de 10 hl/hect), une concentration digne des sirops de notre enfance, du coing, du coing et encore du coing, le tout sur un lit d'épices douces tout en élégance. Le compagnon idéal d'une fin de repas où le beurre d'une tarte de grand-mère titille encore le palais. Alors, la bouche pleine d'une pomme juteuse et bien rôtie, l'élixir épais vient sublimer la gourmandise sans parole de chaque bouchée soudain parée de cette interminable traîne d'or gaillacois. Un plaisir sans limite.


Glouglou "Jules Verne"
Il Frappato 2008 - Ariana Occhipinti - Sicile
Les français n'ont pas le monopole du vin, heureusement ! Voici donc un grand vin sicilien trônant ainsi sur la première marche des jus étrangers. Un frappato oscillant entre pinot gourmand et grenache bien frais. Mais trêve de comparaison, ce vin élaborée par Ariana Occhipinti est l'expression de son propre terroir. Une terre d'élégance transalpine où la finesse et le charme liquide semblent se fondre dans chaque grain de raisin de cette bouteille. Un grand plaisir malheureusement jamais retrouvé sur les millésimes suivants. Mais ce qui est pris est pris, et ce voyage en Sicile fait d'orange sanguine, de fruits rouges ramassés en bord de chemin, de laurier et d'une pointe de poivre aura eu le mérite de transporter nos papilles.  


Glouglou "Vignerons of the year"
Julien Montagnon et Emmanuelle Horand
Il aura suffit d'une rencontre pour sentir que quelque chose se passait, ici, à Livron. Dernier bastion nordiste de la syrah, à quelques encablures du pays du grenache, c'est sur les pentes vertigineuses glissant de la Tour du Diable que le Domaine Lombard tente de réhabiliter cette "appellation" aujourd'hui aussi discrète qu'exceptionnelle : Brézème. Je m'attarde sur les rouges, plus attaché à l'élégance et à la vivacité de la syrah, mais les blancs du domaine ne sont pas en reste. Bref, après une première expérience en Roussillon, voilà Emmanuelle et Julien de retour dans leur pays natal, et le résultat est tout simplement à la hauteur de ce terroir unique. À découvrir d'urgence !


Glouglou "The Rouge of the year !"
Brise Cailloux 2012- Cornas - Matthieu Barret
2014 année de la syrah ? Au rayon palmarès liquide de mes tribulations viniques de l'année certainement. Et pour une fois, prime à la jeunesse avec ce Cornas 2012 de Matthieu Barret. Un jus dont la densité n'a d'égal que sa buvabilité. Trouver cet équilibre entre opulence et fraicheur semble être devenu aujourd'hui une quête indispensable pour entrer au Panthéon de mes émotions bachiques. Avec ce Brise Cailloux, nul doute que le pari est tenu : une cerise juteuse venant s'emparer du verre, des notes de rose révélant l'élégante noblesse de la syrah, et ce tempérament sauvage que le temps exaltera. Enivrant, coulant, grisant, ce vin possédait tout : le plaisir charnel du moment se mêlant au grand et inéluctable dessein que l'on se plait à dépeindre en silence. Les grands vins sont toujours bons, les grands vins sont toujours porteurs d'émotions franches et sincères, et ce, quelque soit leur âge.


Glouglou "The Blanc of the year !"
Clos Windsbuhl Riesling 2008 - Domaine Zind Humbrecht - Alsace

Un des critères qui fait d'un vin un belle réussite suit un principe évident : celui de la bouteille vide. Ce riesling de chez Zind ne fit pas exception. Un vin cristallin, pur et explosif. La définition même du grand blanc : une grand millésime, de la fraîcheur, l'expression ultime d'un cépage aux mille visages, sur un terroir d'exception. Quand minéralité, notes florales et discret fruit blanc et juteux se mêlent pour le plus grand plaisir de nos papilles, on ne peut que replonger ses lèvres. Un très grand vin, accessible, généreux et si complexe à la fois...



Glouglou spécial du Jury

Rhum Caroni 1996 (Full proof - mise en bouteille 2013)
63° de pur bonheur. Les mauvaise langues parleront sans savoir d'alcool à brûler, mais avec ses plus de 80% de part des anges ce trinadien porte haut les couleurs de son pays. Une palette aromatique extraordinaire où se bousculent goudron, fruits exotiques, tabac et mille autres saveurs épicées ou simples fragrances du souvenir. Car au delà de l'intense appropriation sensorielle d'un tel nectar, c'est une véritable méditation qui suit chaque infime gorgée de ce Caroni 1996 non réduit et intégralement maturé sous la chaleur caribéenne. Les rhums de mélasse sortant de cet alambic sans égal ou presque écrivent l'histoire unique d'un univers aussi méconnu qu'exceptionnel, et jamais au grand jamais le mot spiritueux n'aura aussi bien porté son nom...

Glouglou d'Or 2014
Contraste (Dégorgement 2008) - Jacques Selosse - Champagne

Depuis que l'ai bue, deux fois cette année, cette bouteille me hante... Partagée pour la première fois à l'occasion d'un repas amical avec Guillaume, un palais nordiste lézardant au cœur du Languedoc, ce champagne a véritablement changé ma vision dudit breuvage.

Un nez envoutant, balançant entre notes d'orange, épices et longue empreinte miellée. Une formidable ouverture précédant un lever de rideau tout aussi intense. La bouche boit les paroles de ce nectar, une bulle souple et légère tapisse tous les recoins du palais avec la fraicheur cristalline d'une onde pure glissant sur la roche. Derrière le divertissement occasionné par le frisottis propre au champagne, on ne tarde pas à découvrir un jus extrêmement vineux à la profondeur d'une intensité exceptionnelle. En l'espace d'une heure, ce blanc de noir, est devenu, jusqu'à la prochaine rencontre du genre, l'expression parfaite du pinot champenois. Un moment rare... et inévitablement ma bouteille de l'année.
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C'est ainsi que se clôture cette seconde édition des GLOUGLOU Awards. J'aurais pu vous parler de bien d'autres émotions mais ce concentré d'émotions liquides résume assez fidèlement le plaisir immense que le vin aura pu générer cette année encore. 
Bonnes fêtes à tous, que sautent les bouchons et s'emplissent les verres au son du glouglou. Tchin !

David Farge "ABISTODENAS"


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Apéro, OH OH OH !

Les lumières de la ville, la cohue mercantile de l'offre et de la demande, le froid s’immisçant entre les doigts de pied, pas de doute, la fin d'année pointe le bout de son nez emportant avec elle festivités de Noël et hottes gourmandes. Et à l'heure où certains s'affairent à constituer le menu de réveillon parfait, dans un coin de la cuisine, un des moments les plus importants de la soirée passe souvent pour un des laissés-pour-compte de cette succession de plaisirs de la table : l'apéro.

Oui, toi qui va passer plusieurs heures à préparer ta terrine de foie, à farcir un chapon, ou rouler une bûche, ne crois pas t'en tirer ainsi, en proposant en guise d’amuse-gueules quelques cacahuètes, voire quelques blinis farineux surmontés d'un peu de saumon grassouillet à la tablée familiale. Non, le soir de Noël, vers 18 heures, alors que seul le dressage des assiettes restera à faire et qu'un petit pré-apéro affuteur de papilles résonnera en cuisine, que dis-tu de préparer quelques bouchées malines pour accompagner le champagne au frais pour l'occasion ?
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Commençons avec quelques huîtres. Putain, ça coûte cher maintenant de bonnes huîtres ! Oui, c'est vrai, tout le monde n'habite pas sur le Bassin d'Arcachon... Alors pourquoi pas en faire quelques bouchées sympatoches ? Allez, voici pour débuter une petite idée piquée à Hamid Miss du superbe restaurant La Pente Douce à Toulouse.
Pour réaliser cette sorte de raviole d'huître et kiwi, rien de plus simple. Ouvrir d'abord autant d'huîtres que de bouchées souhaitées, récupérer un peu d'eau des huîtres, monter une chantilly que l'on viendra mouiller avec un peu de cette eau (on peut aussi utiliser un siphon), trancher de fines lamelles de kiwi et dresser le tout en plaçant un mollusque à l'abri sous son chapeau vert tout mignon reposant sur un pet de crème fouettée bien iodée. Vous avez peur que l'accord avec le kiwi détonne un peu trop ? Pas de problème, essayez avec de fines rondelles de Granny Smith, et pour un peu de pep's et de couleur, un soupçon de zeste d'orange sur le dessus fera l'affaire.
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Mais je sais aussi, que ce sacré saumon dont on parlait en préambule vous plairait bien... Le saumon fumé de qualité, ça a un prix, c'est évident. Alors pourquoi ne pas tenter l'alternative Gravlax ? Recette simple et goûteuse, légèrement agrémentée, elle sera au top pour l'apéro. 

Alors comment faire ? Et bien simplement, à partir d'un beau filet de saumon (500g à 700g), préparer un mélange sucre et gros sel (200g de chaque) auquel on ajoute du poivre de Sichuan, de la coriandre, de l'aneth... Déposer ensuite le filet de saumon côté chair sur le mélange sel/sucre/épices, et le filmer au contact en y déposant un poids sur le dessus. 24 heures de frigo plus tard, rincer à l'eau claire et assaisonner comme bon vous semble. Personnellement, je préfère ne pas trop en rajouter, et je tranche donc rapidement mon saumon en y déposant au pinceau quelques gouttes de whisky tourbé. De quoi donner un bon coup de fouet à votre poisson ! (Attention, on parle bien de quelques gouttes déposées au pinceau, pas question de marinade ou autre noyade au whisky, hein ?)
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Et puis je vous vois venir vous ! Pas de Noël sans foie gras, hein ? Et comme on est lancé dans le style apéro tranquille et facile, voici une petite recette qui relève plus de l'assemblage que de la haute gastronomie, mais qui devrait satisfaire vos envies de palmipèdes pour les fêtes. 

Faisons donc des sucettes au foie gras ! Il vous suffit pour cela d'avoir une conserve de foie gras mi-cuit, quelques parures pour les bonbons, du type : sésame, pralin, cacao non sucré, et des bâtonnets. À l'aide d'une cuillère à melon, faire des petites boules de foie, finir de mettre en forme en les roulant sous les aisselles dans la paume de la main, puis les faire pirouetter dans la couverture de votre choix. Enfin, piquer le bâtonnet et laisser au froid. Vous pouvez aussi faire fondre un chocolat noir très peu sucré au bain-marie pour y tremper les sucettes avant de les recouvrir de petites graines de sésame torréfié. 
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Voilà trois idées permettant de s'encanailler dès l'apéro des traditionnels produits de nos assiettes de Noël. Et pour rester dans la simplicité, rien de tel qu'un bon champagne acheté chez votre compétent et souriant caviste. Mon dernier plaisir ? La richesse et la vivacité d'une cuvée 733 dégorgement tardif de chez Jacquesson. Une superbe bulle champenoise qui inaugure une nouvelle ligne qualitative ayant laissé le temps au vin de prendre de l'ampleur de part un repos supplémentaire. C'est pas donné, mais on peut parfois se permettre de petits écarts, hein ?!

Et si le champagne venait à poser problème, n'hésitez pas à rendre visite à ma voisine de palier belge pour qui ces quelques lignes ont été écrites. Elle, qui m'a donc confié l'apéro dans un projet de menu collaboratif ayant pour unique contrainte la simplicité, aura, sans nul doute, d'autres propositions toutes aussi aguichantes pour que la Noël se passe bien dans le verre, comme dans l'assiette.

PS : Si vous tenez vraiment à vos cacahuètes, gardez-les plutôt pour un demi bien frais au comptoir de votre prochain rendez-vous au café du coin, c'est vraiment là qu'elles sont les meilleures.

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Coming out bordelais...

Une partie de ma famille est bordelaise. J'ai bu beaucoup de Bordeaux. Mais dans l'inculture étroitement liée aux étoiles scintillantes des classements dédiés aux érudits aveuglés par leur environnement, j'ai bu trop de mauvais bordeaux pour en faire une quelconque référence pinardière, encore moins mon plaisir quotidien. Et ce ne sera pas le listing des canons ouverts depuis janvier qui dira le contraire : depuis le début de cette année, ce sont moins d'une petite dizaine de bouteilles girondines qui auraient subi les sévices de mon tire-bouchon. Non pas que je souhaite particulièrement me nourrir du Bordeaux bashing en vogue dans les arrière-cours parisiennes, mais clairement, j'ai souvent eu mieux à voir ou à siroter bien ailleurs en France. Maintenant, en bon défenseur des argumentations un minimum étayées, je ne pouvais non plus céder aux sirènes des exemples à valeur de généralités abusives. Pour preuve, ces derniers mois, mes expériences bordelaises, dans le clinquant de leurs apparences typées "tête de gondole", ne surent me dire quoi penser, mes papilles balançant entre déception à grande échelle et coup de cœur renversant.  

Alors, dans ce climat de défiance, l'abstinence bordelaise fut un temps une solution convenable. D'autant plus qu'une certaine oisiveté régionale, faisait de moi le plus heureux des hommes. Arrosé au grenache, au carignan ou au cinsault, le quotidien liquide ancré dans un Languedoc tout proche n'est, en effet, en rien besogneux.

Mais la curiosité n'étant pas mon moindre défaut, dans un regain d’empathie pour les mocassins à glands et les pulls noués autour du cou, je décidais après quelques dégustations prometteuses et lectures affriolantes, de revêtir mes habits du dimanche pour pousser la porte de Monsieur mon caviste. Et me voilà donc, en bon dernier de la classe, enfin avec ma quille signée Thierry Valette. Une cuvée Pervenche 2012, comme la promesse avant-coureuse d'un PV pour discrimination à l'embauche insoluble dans ma connerie anti-bordelaise du moment.

Tout d'abord, la famille Valette, c'est l'histoire de plusieurs générations ayant roulé leur bosse dans le monde du vin : du négoce à l'international, aux terroirs de Saint-Émilion. Quant à Thierry, c'est d'abord par la danse et le jazz qu'il tente de générer des émotions. Puis, il revient aux premières amours familiales, et s'ancre à nouveau en terre vigneronne, avec cette idée de vouloir faire « des vins tendus, affutés, avec de la minéralité, de la puissance certes, mais en énergie et non en alcool ni en boisé. »  
C'est dans cette dynamique que Thierry Valette s'investit alors pleinement au cœur du Clos Puy Arnaud, sur les terroirs méconnus de la rive droite, tout proche du clinquant de Saint-Émilion. Une majorité de merlot, un sensibilité certaine pour le cabernet-franc, une approche biodynamique, la fraîcheur d'un terroir ou affleure presque la roche mère et un travail ne laissant rien au hasard, de la terre jusqu'au verre, permettent ainsi au domaine de proposer trois cuvées rouges aux expressions diverses. Pour avoir pu goûter à plusieurs reprises au grand vin sur de récents millésimes, je dois bien avouer, que coincé dans une dégustation de quelques dizaines d'échantillons, la projection ne fut pas forcément aisée. À chaque fois, le plaisir fut au rendez-vous, moins les émotions. Alors, quand aujourd'hui je prenais enfin possession de cette Pervenche prête à se dénuder au creux de quelques verres, la neutralité était effectivement de rigueur.

Il ne fallut cependant que quelques instants, un nez furtivement passé au dessus du verre, une gorgée vite expédiée entre deux coups de couteaux dévoués au repas dominical, pour que le charme agisse pleinement.

Un nez fougueux, sans aucune prétention nobiliaire, simplement du fruit, rehaussé d'une fine couche d'épices... L'attention se fixe alors pleinement sur ce verre, et finalement le repas attendra un peu. L'attaque, toute en délicatesse tapisse généreusement une bouche attendrie par la pureté d'un jus que l'on sent traçant. Le vin ne se boit pas, il glisse, coule littéralement. Devant la jeunesse du canon, l'allonge et la complexité qui emplissent alors tout le palais ne sont qu'une prolongation inattendue d'un plaisir intense. Les larges épaules de ce confortable bonheur liquide dégagent ainsi toute la palette d'un voyage rassérénant où se mêlent tour à tour : cuir, mûres sauvages et juteuses, poivre fin et une légère pointe de fraicheur mentholée semblable à cette brise estivale synonyme d'évasion. 

Quel plaisir ! Et surtout quelle connerie d'avoir un temps tourné le dos à ce vigneron sur son seul pedigree régional. Comme si le paysage vinicole était une vaste caricature faite de généralités simplistes... Allez, j'ai bien mérité mon PV, mais avant, en bon malotru adepte des goujateries caloriques en tout genre, laissez moi abuser de la Pervenche !

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Compte-rendu calorique d'un VDV #71 sous le signe du GRAS !

Ce mois-ci, le GRAS, organe de plaisir de nos vendredistes en mal d'émotions caloriques, aura permis de balader nos papilles du solide au liquide, tout en titillant notre curiosité à grands coups de fourchette, de découvertes, ou de gouleyantes lampées de bon vin. Ainsi, afin de vous replonger dans cette 71ème édition des Vendredis du vin, voici un petit résumé qui vous guidera au quatre coins de la glouglousphère. Un parcours durant lequel vous ne croiserez ni taille de guêpe, ni ascète neurasthénique se morfondant dans l'humidité déprimante d'un mois de novembre. Non, vous ne trouverez que bons vivants, agiles du coude et du poignet, dispensant ici ou là de précieux conseils, valorisant toujours cet adage, axiome nourrissant un quotidien que l'on souhaiterait toujours plus agréable : le GRAS c'est la VIE !
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Histoire de rentrer dans le vif du sujet, rejoignons en premier lieu Marie, du pétulant blog Drink a Beat, qui nous propose de faire glisser un peu d'exotisme alsacien sur un improbable Bacon Tree supra-calorique.

Dans un style plus respectable et traditionnel, apprenons aussi les bonnes manières avec Fred Truchon, qui nous dispense un cours de survie fondamental à coups de lard blanc et de syrah rhodanienne.

Toutes ces incartades grassouillettes méritent cependant un brin de mesure et d'équilibre. C'est ce que rappelle Olif dans une ode à la vivacité liquide de son pays, porteuse d'une complémentarité naturelle et judicieuse, venant égayer les repas régionaux.

Une complémentarité entre fougue liquide et assiette à l'inertie débordante qu'Audrey, notre WINEista du web, met aussi à l'honneur en rejoignant l'Espagne et ses Jerez au  caractère bien trempé.

En parlant régionalisme, Tom et Eric se sont quant à eux frottés aux accords mets et vins liant le canard gras de mon lauragais, à ces verres que l'on se plait à remplir en temps de fêtes, où le foie gras, en bon saisonnier, trône avec gourmandise sur nos tablées hivernales.
 
Histoire de nourrir aussi les esprits, Nathalie, Jules et Sébastian ont choisi un versant plus théorique. Une façon de ne pas délaisser les fondamentaux...

Mais cette 71ème édition des vendredis du vin, c'était aussi l'occasion de retrouver quelques plumes plus discrètes ces derniers temps. Ce fut donc un plaisir de partager un verre de Xinomavro macédonien en direct du Canada et du blog d'HippoVino ; où de redéguster un de mes coups de cœur de ces derniers mois sur le blog de Maïlys, qui nous cause, entre autres, du merveilleux carignan blanc de Catherine Le Conte des Floris.

Le Jura fut aussi à l'honneur sur les pages alléchantes de notre chère Sandrine. Les vins des Tissot, comme un trésor, venant se jouer avec aisance d'un saumon grassouillet, tout en prodiguant une belle leçon de chardonnay où l'équilibre règne en maître. 

Enfin, nous ne pouvions nous quitter sans une touche sucrée venant cajoler tout amateur de gras. Ainsi, en presque monomaniaque ligérienne, c'est non sans humour et gourmandise qu'Eva nous dévoile l'identité de son Graal liquide, prenant sa source sur les pentes léchant le Layon, théâtre d'un échange savoureux à la sauce Kaamelott. 

Et comme vous reprendrez bien un peu de dessert, je vous invite à me suivre dans un périple plein de vie, fait de grenache, de patience et de volupté. Une quête qui me mena chez Jeff Coutelou, où plus que du gras, se tissait aussi dans les verres, un récit, véritable morceau d'Histoire, aussi savoureux que bien des assiettes pleines...
Montage créé avec bloggif
Voilà ! N'en jetez plus, la coupe est pleine... Merci à tous pour cette bonne dose de gras salutaire à l'heure d'affronter les premiers frimas hivernaux. Profitez bien de ces fêtes pour prendre soin de votre ligne, le confort moelleux de quelques contours plantureux n'ayant nul égal ici-bas. Les quelques conseils avisés dispensés ci-dessus seront de toute façon un bon prétexte pour se nourrir de la bonhomie dispensée par cet allié du verre et de l'assiette que peut être le gras. 
Et rendez-vous en janvier chez le Wine Patriot, pour une nouvelle année encore faite de découverte et de partage autour du vin. 

David Farge "ABISTODENAS"

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Au premier jour de l'Avin...

1er décembre...

Les premières flambées dans la cheminée ont maintenant quelques semaines, les cocottes fumantes ont repris du service et l'esprit de Noël met déjà en émoi toutes vos cellules adipeuses. Ah ! Qu'il est bon ce temps du gras baignant les marmites, ce temps des débouchages familiaux intempestifs...  Noël, fête catholique des uns, caloriques des autres !

Et dans ce tissu folklorique, entre la dinde aux marrons et la boîte de chocolat de la grand-mère, une tradition bientôt millénaire (déjà la cinquième édition !) continue de se perpétuer : le calendrier de l'Avin de notre chère Eva, qui cette année, trouvera donc sa source au creux de mes bafouilles numériques.

Il ne me restait donc plus qu'à trouver un digne représentant des fêtes à venir pour inaugurer cet échéancier liquide qui nous mènera jusqu'à Noël. 

Partons donc en terres ligériennes, plus précisément dans le département de Loire, à quelques encablures de Roanne, terrain de jeu de la Maison Troisgros et de quelques plants de gamay faisant concurrence aux eaux minérales de Saint-Alban.

Mais aujourd'hui, ce sera le seigneur pinot qui sera à l'honneur. Cépage noble et festif par excellence, c'est sur un versant plus roturier que nous le découvrirons à son aise. 
Bienvenue donc à Saint-Haon-le-Vieux, au Domaine Franscisque Lapandéry, petite exploitation usant du gamay ou du pinot noir pour prendre soin des papilles sensibles aux charmes gourmands et fluides des vins de la régions.

Et sous le tire-bouchon plein d'entrain de ce premier jour de l'Avin, son Pinot 2013... 

Un jus fluide à la robe rouge pâle, un nez délicat de griotte enrichi d'une pointe d'épices, une personnalité surprenante teintée de ce soupçon d'assaisonnement évocateur des marmites de Noël, bref, un vin semblant taillé pour l'événement. Un bouquet particulier, de part ses notes de cannelle, enrobant un pinot souple, à l'aise et sans chichi. Oui, de belles notes épicées, une petite corbeille de fruits rouges, une belle allonge, et au final, un peu de douceur qui permettra encore de patienter un peu, au premier jour de l'Avin...

PS : Une autre des spécialités d'Eva est le rébus pinardier...  

Francisque - La - Penderie : solution du rébus en teasing de ce 1er jour de l'Avin

David Farge "ABISTODENAS"
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VDV #71 : Oui, le GRAS, c'est bien la VIE !

Le gras vous intrigue, vous émeut, peut-être même que vous lui vouez un culte pernicieux... Quoi qu'il en soit, si vous lisez ces quelques lignes, c'est bien car le gras vous questionne, vous interpelle et qu'il mérite que l'on s'y attarde, et vous avez raison.

Ce mois-ci, donc, me voici en charge d'administrer cette 71ème éditions des vendredis du vin. Destin saisonnier s'il en est (puisque c'est la seconde fois que j'officie en tant que tyran en chef de cette cérémonie vino-numérique), c'est avec un plaisir renouvelé que je me dévouais donc à présider aux destinées littéraires de notre passion commune : LE VIN.

Et pour m'attirer les services des plus belles plumes de la glouglousphère, afin de nourrir cette soif de découvertes liquides mensuelle, charge à moi de proposer à cette faune de soiffards scribouillards un sujet à la hauteur de leurs papilles. Alors, au sortir d'une introspection digne des plus grands rituels chamaniques, un thème est apparu, comme une évidence : LE GRAS.
Mais attention, pas n'importe quel gras, car au creux de mon dictionnaire personnel, plusieurs définitions cohabitent déjà.
Gras, grasse : adjectif (du latin populaire grassus, du latin classique crassus, épais)
1- Qui a un humour douteux, notamment en fin de repas et parfois aussi un peu avant tout le monde.
Ex : Maurice, 21h30, avant d'attaquer le fromage : « - Pourquoi les belges changent rarement les couches de leurs bébés ? Parce que sur l´emballage c´est écrit: "Jusqu´à 19 kg".  - T'es gras Maurice ! »
2- Qui contient du beurre en quantités suffisantes pour affronter la saison hivernale et le reste de l'année (ou tout autre corps gras reconnu pour son pouvoir isolant).
Ex : « - T'es sûr qu'il est assez gras ton lard ? - T'as raison, passe moi le beurre Michel, j'ai froid... »
3- Se dit d'un vin qui cocoone ton palais, le caresse et le dorlote avec le moelleux et l'onctuosité d'un morceau de sax un soir de Saint-Valentin.
Ex : « - Avec ce vin j'ai l'impression d'avoir un édredon qui me cajole les papilles, c'est gras à souhait ! »
Voilà, ne reste plus qu'à choisir son orientation littéraire... On tirera d'ores et déjà un trait sur la première explication, non sens évident à l'heure de disserter de poésie liquide. Reste donc à voir la place que l'on souhaite accorder aux deux inséparables de la gourmandise, et trouver ainsi l'équilibre de cette narration grassouillette du verre et de l'assiette. 
Mais le gras dans le vin, c'est aussi une histoire de goût... Pour moi, il rime avant tout avec vin blanc, la structure tannique du rouge contrebalançant aisément toute tentative d'intrusion adipeuse en son sein. Et surtout, qui dit gras, ne dit pas nécessairement manque d'acidité. Une acidité mordante que j'affectionne tout particulièrement, ne faisant pas forcément mauvais ménage avec notre potelé de service. D'autant plus s'il se dégote, au rayon bourrelets estivaux, un allié tel que le sucre, lui qui possède à mon humble avis tous les atouts pour jouer des coudes sur la balance des plaisirs plantureux du jour.
Alors, ce mois-ci, comme le thème imposé est empreint d'une évidente dimension affective, c'est d'un vin de famille, un vin de générations, dont je vais vous parler. Nous voilà de retour à Puimisson, chez Jeff Coutelou, pape du vin languedocien à haut niveau de buvabilité, pour y découvrir un brin d'Histoire, la vrai, celle avec un grand "H".

Une Histoire qui commence il y a plus de deux cents ans... non, je ne déconne pas. Ici, point de légende douteuse ou d'énième racontar mielleux, mais bel et bien, au fond de quelques bouteilles, un vécu plus que centenaire, dont le repos bonificateur fit face à l'abdication de Napoléon, aux échos de Verdun ou au premier disque d'or de Jean-Pierre Mader. 
Une parcelle, tel est le point de départ. Une parcelle complantée, afin de laisser œuvrer le vent, comme pollinisateur de premier choix. Dans ces rangées, du grenache, du muscat, un peu d'autres choses... Un joyeux bordel savamment organisé, pour que la nature puisse œuvrer et que l'homme puisse travailler. Et au final, après plusieurs décennies de transmission orale, un homme, ayant la main mise sur un véritable livre d'Histoire. 

Alors, dans ma bouteille, tirée à 24 exemplaires d'une barrique qui n'en demandait pas tant, c'est comme une parenthèse sur le passé qui s'ouvre, balayant d'un revers de main  l'attentisme tout relatif que ce vin de méditation semblait dégager. Car derrière cette longue attente, c'est une transmission intergénérationnelle qui suinte inexorablement de nos verres.  

Ici, le gras c'est l'alcool, le grenache le magicien, le temps la raison...
Le nez transpire une résine vive et gourmande, le café, le tabac, mais aussi la figue fraîche et le cacao se mêlent à cette orchestration d'envergure. Et le poids des ans trouve finalement toute sa légèreté dans un équilibre dont seule l'alchimie du temps passé possède la clé. Le rancio se fait discret, mais souligne pleinement une trame fougueuse que l'on sent inépuisable. À ce moment précis, le gras se doit d'enrober l'ossature si dense et bavarde de notre arbre généalogique liquide façonné en pays biterrois.

Lui, nu comme un ver, nourrit au simple jus de raisin familial, bâti dans l'humilité des échanges de générations, construit sa cuirasse avec ses armes : une vivacité conjuguée à l'amplitude dodue d'un caractère hors du commun. En somme, une belle définition du gras, ce compagnon fidèle et généreux, spirituel à souhait, souvent sublimé par la mélodie d'une belle soirée, au coin d'un feu de cheminée, lors d'un de ces songes d'une nuit automnale, où le temps, comme à ses débuts, doit pourvoir faire son œuvre...

Oui, le GRAS, c'est bien la VIE. 

Ce gras noble, nappant depuis sa genèse les douelles marquées par le sceau d'une famille que la liqueur de ces jus de mémoire enveloppe, porte ainsi en son cœur toute une existence. Une existence qu'on l'on prendra plaisir à enlacer tendrement, embrassant un instant du bout des lèvres le dessein de ce vestige du temps passé, à l'avenir encore radieux.

Celui qui veut conquérir la joie,
Malgré lui, la brisera ;
Celui qui, quand elle passe, sait doucement l'embrasser
Pourra toute sa vie en profiter.
 
He who binds to himself a joy
Does the winged life destroy;
But he who kisses the joy as it flies
Lives in eternity's sun rise. 

William Blake
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Bref, j'ai fêté le beaujolais nouveau.

Bref,

Ce matin : Je pète la forme ! et c'est bizarre. Moins bizarre que d'utiliser cette expression vieillotte, mais je me dis qu'en fait : je suis marié, j'ai un gosse, un crédit, alors ça passe. Il est 7h00, je me regarde dans la glace, je me pèse, je me dis que j'aurais mieux fait de commencer par autre chose et que je suis un peu maso.

Mais en fait, c'est parce que depuis que j'ai la trentaine, je fais attention. J'utilise un shampoing contre la chute des cheveux, mais ça marche pas ; je fais du sport pour entretenir ma ceinture abdominale, mais comme je mange du saucisson, effectivement, j’entretiens ma ceinture abdominale. Alors, comme tout le monde : j'essaie de faire gaffe.

Résultat, ma femme et moi, on a pris des résolutions pour la semaine. Enfin, surtout ma femme. 
Principe n°1 : découvrir que la charcuterie n'est pas un aliment indispensable passé vingt heures.

Principe 2 : la soupe ça fait grandir, mais pas que. On peut donc continuer à en manger passé l'adolescence.

Principe n°3: L'eau n'est pas un produit nocif. Il est donc inutile de s'ouvrir une bouteille de vin tous les soirs.
Mais bon, n'empêche qu'aujourd'hui je pète la forme et c'est pas normal. 

Petit retour en arrière...

Hier, c'était jeudi. Jeudi, c'est la fin de semaine, mais pas trop. C'est frustrant, mais pas trop. Mais surtout, hier, c'était le beaujolais nouveau...

Si je tenais les gars qui ont décidé de coller le seul truc sympa du mois de novembre en milieu de semaine, je crois que je les mettrai à la soupe à grands coups de saucisson sec sur la nuque.
« - Et les gars, novembre c'est vraiment un mois pourri.
- Ouais, c'est vrai ça : il flotte, y a la Toussaint, le 11 novembre, les anniversaires de Patrick Sébastien, Florent Pagny et BHL...
- Ok, ok. Bon, parce que j'avais un truc sympa à proposer, une sorte de fête du vin nouveau, mais je crois qu'on va pas casser la dynamique. 
- On a qu'à foutre ça un jeudi ?
- Bonne idée ! »
Donc, ce jeudi, la routine s'annonçait : métro, boulot, dodo. Heureusement, j'allume l'ordi, un petit tour sur les réseaux sociaux, message d'alerte pinardier à tous les étages, et paf ! Tout à coup, c'est une tonne de souvenirs de jeunesse qui remonte à la surface. Premier Bojo, dix-neuf ans... euh... en fait, je m'en rappelle pas. L'année suivante, c'était beaucoup mieux, mais... euh... cela reste très flou. Bref, le beaujolais nouveau, c'était top, ça c'est sûr, même si le lendemain matin, j'avais tout de même très mal à la tête... et ça, je m'en rappelle.
Ne voulant pas céder au syndrome du :
« - Et les gars, le bojo, c'était mieux avant !
- Ouais, c'est bien vrai, on avait mal au bide et une gueule de bois monumentale, mais c'était cool.
- Et puis faut qu'on soit raisonnable... »
J'ai pris mon manteau, j'ai pensé à mettre une petite écharpe et j'ai filé chez mon caviste. C'était moins rock n' roll qu'il y a quinze ans, mais je ne voulais pas choper un rhume. Là-bas, c'était pas pareil, on avait pas de gobelet en plastique, le bojo sentait pas la banane et tout le monde regardait sa montre parce qu'il y avait le petit à baigner, les devoirs à faire ou le chien à promener. J'ai attrapé une bouteille en pensant au principe n°3, récupéré un saucisson en pensant au principe n°1 et surtout j'ai bu ma soupe en rentrant, parce que quand même, faut faire gaffe.

Bref, j'ai fêté le beaujolais nouveau.

Montage créé avec bloggif
David Farge "ABISTODENAS"

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Plus de Bref.
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CINSAULT(veur) #9 : Avoir un bon copain...

J'ai failli ne pas écrire ce billet. J'ai failli retenir ma plume pour une simple et bonne raison : en ouvrant et dégustant le canon dont je vais vous parler, j'avais l'impression de faire une connerie...

De quoi je vous parle ? D'une des innombrables cuvées de Jeff Coutelou, plus particulièrement de sa filière cinsault, qu'il exploite à merveille, conscient du potentiel de ce cépage. Le Mas Coutelou, je vous en avais déjà parlé il y a quelques temps, lors d'une première exploration des ambitions liquides du domaine. On y causait d'ailleurs déjà de cinsault, car Jeff le décline en deux cuvées bien distinctes. Une première pour les assoiffés : 5SO, qu'il qualifie lui même de simple, et une seconde, nommée COPAINS, dont nous parlerons dans quelques instants.
5SO, donc : le genre de vin sans prétention que tu te dois d'avoir en cave. Le truc simple qui n'attend pas que l'on fasse chichi-pompon autour de la bouteille pour s'en accommoder. Impression gourmande mais fugace, donnant ainsi l'envie pressante d'y revenir.
Une biberonade de cinsault, un jus frais et digeste dévalant les pentes à la façon d'un Jean-Claude Killy de la grande époque. Du glouglou fait en vinif traditionnelle, mais cuvaison courte, tout rond, tout mignon. Ce n'est certes pas un vin compliqué, mais comme on choperait un Astérix avant d'aller au lit, parfois un peu de simplicité ne fait pas de mal. Du fruit, du cranberry, et c'est parti ! (disais-je il y a quelques mois...)
Mais revenons à nos COPAINS. 

Une bouteille que je venais de récupérer, un bébé issu du dernier millésime de la maison. Et donc, après quelques rasades, le sentiment d'un indicible amour à partager... Car si on a l'habitude de dire que les vins du Mas Coutelou sont d'une désarmante générosité, d'un plaisir des plus immédiats, il serait totalement faux de leur coller l'étiquette de simples copains de comptoir. Non, ces COPAINS sont en fait de vrais amis. De ceux que l'on voit grandir, puis vieillir. De ceux que l'on voit prendre de l'embonpoint et des idées.
Alors, quand le tire-bouchon fit sauter la tétine de liège encore nécessaire au sommeil profond de ce nouveau-né, c'est avec une grande prudence et beaucoup d'affection que nous vîmes couler dans nos verres les premières larmes causées par ce réveil précipité.

Une robe sombre aux reflets d'un cassis bien mûr glisse sur les parois du verre comme un marmot qui viendrait d'éclater quelques baies sur ses lèvres. Le nez est franc, droit et sauvage, porté par d’entêtantes notes de framboise. Loin d'être façonné par le temps, on sent que cette fraicheur brute du fruit protège un discours bien plus profond que seul le temps pourra mettre à nu. C'est frustrant, mais cette insouciante jeunesse du propos à aussi ses avantages. Car si l'immédiateté de ce jus porté par une fougue mordante donne à cette quille un air de franche camaraderie, il en reste néanmoins un beau vin profond et équilibré, doté d'une acidité prometteuse. Un vin ne livrant à ce jour que les premiers mots de sa jeune existence, mais dont les années à venir peaufineront un argumentaire dans quelques temps plus dense et plus complexe.

Comme je me rabâche à le dire, le cinsault est de ces grands cépages méconnus : comme ce gamay que l'on imagine ne tordre qu'en novembre, alors qu'il sait prendre l'élégance de sa Bourgogne natale quand on lui en laisse le temps ; comme ce carignan si plaisant sur sa jeunesse, mais qui, évitant les macérations carboniques et affrontant le poids des ans, sait aussi se révéler si subtil, épicé et complexe ; le cinsault à aussi cela pour lui : il sait plaire à tout âge. Mais comme dans toute relation affective, il sait aussi attendre pour se dévoiler et laisser à discrétion des plus curieux d'entre nous, ce message de patience, scellant d'autant, une amitié que le temps aura renforcée. 

Histoire d'apprendre un peu mieux à se connaître, je m'en irai prochainement faire un petit stock de cette joyeuse bande de COPAINS. Et nul doute qu'avec le temps, de Puimisson, plus que des flacons, se seront de vrais amis avec qui nous trinquerons. 


David Farge "ABISTODENAS"

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CINSAULT(veur) à la carte...

Carte des cuvées de cinsault dégustées sur le blog :
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