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Boire et manger : le tutoriel de la Noël !

Boules, guirlandes et pampilles arrimées au sapin, l'esprit de Noël s'est emparé d'un grand nombre de salons familiaux... La télévision crachote quelques vieilleries plus ou moins géniales et dans la tuyauterie stomacale du parisien ou du provincial, le même instinct de survie a repris l'avantage sur les velléités estivales d'amincissement. Pour en avoir la preuve, rien de plus simple : parcourez la presse saisonnière, celle dont les feuillets caduques tombent dans l'oubli sous l'impulsion ventée d'une page tournée. Entre bonnets à la mode, bottes en poils de renne et déco de Noël, aucune trace d'un régime. Vous dénicherez peut-être ici ou là, dans la frange extrémiste du genre, quelques conseils pour chopper une gastro avant les fêtes, mais rien de plus au rayon culotte gainante, regard de braise et teint hâlé des magazines.

Alors toi (oui je te tutoie, fraternité de fin d'année oblige), cher lecteur en déshérence, dont la quête d'une perfection en rouge et blanc emplit chaque recoin de tes pensées... et de ton portefeuille, sache que j'ai pensé à toi. Oublions les chroniques goutte au nez, les tests de bonnes résolutions ou les marronniers sur papier glacé : Mon enfant est-il trop gâté ? Comment rester tendance en hiver ?...  Aujourd'hui, je vais t'aider à coller un de ces sourires sans édulcorant entre les deux oreilles de toute ta tablée de papilles acérées que tu t'es appliqué à réunir. Parlons des vraies choses, et pour cela, voici un petit test de bon glou, du style "Dis-moi ce que tu manges, je te dirai quoi mettre dans ton verre !". Que le sérieux de la chose apporte de la légèreté à l'instant. Que les jus glissent autant que les sourires au bord des lèvres, à en dérider les plus flegmatiques, de cette anonyme pince sans rire à nos côtés pour un soir, à ce cher Buster qui nous accompagnera le long de ces quelques lignes et dont l'énigmatique impassibilité du faciès se révèle pourtant si attachante.

Sortez les tire-bouchons, affutez les bilames et laissez poindre au fond des gosiers cette pointe asséchante criant "À boire !". Car une fois les coudes sur la table et la serviette nouée autour du cou, ce n'est plus vers la cheminée ramonée pour l'occasion, ni au pied du sapin que les esprits et les yeux doivent s'égarer, mais bien dans la profondeur du verre ou de l'assiette. Que tinte les couverts ! Que chantent les cocottes ! Sus au cinéma ! Vive les vrais instants ! Et le tout, évidemment, sous couvert d'une bienveillance pinardière indispensable à la chose !


 Qu'est-ce qu'on boit pour Noël ?

1- 19h05, les invités seront là dans un quart d’heure tout au plus, et vous, vous êtes :

a- En cuisine, cherchant désespérément une spatule sous le monticule de livres de recettes ouvert devant et derrière vous.

b- En mode pré-apéro. Né quinze jours avant terme, vous estimez qu'il est injuste d'attendre l'heure dite pour célébrer quoi que ce soit.

c- Devant la téloche à mater la huitième rediff du Père Noël est une ordure, un paquet de chips sur les genoux.

d- Dans l’atermoiement d'un baiser irritant de votre tata à moustache que tout le monde attend. Oui, le reste de la famille est là depuis trois jours, et on vous a déjà fait remarquer plusieurs fois que vous aviez pris du poids ou que vous aviez grandi, malgré vos 37 ans.


2- L'apéro : Tout le monde est installé, les estomacs gargouillent de toute part, et les regards vers la cuisine se font de plus en plus insistants. Vous prenez la parole : 

a- Il y aura un peu de retard, mais le saumon en trois façons devrait arriver sous peu...

b- Servez-vous un verre, j'ai préparé tout un tas de petits amuse-bouches entre fromages et charcuteries !

c- J'ai acheté un pain surprise, il parait qu'il y a un peu de tout dedans... Allez-y, je reviens avec une quille.

d- Merci d'être venu, je vois que Bernard s'est déjà servi un Ricard et que Tantine a porté de quoi se faire son kir, je vous propose donc de vous débrouiller...


3- L'entrée : Toute la petite famille n'a déjà plus faim, mais on passe à table et vous annoncez le premier plat :

a- Il y aura un peu de retard, mais la terrine de foie gras "à ma façon" arrive très vite...

b- J'ai topé quelques coquilles au marché, voici donc une tartelette Saint-Jacques, poireaux et lard.

c- J'ai bien fait de réserver une bourriche d'huîtres ! Ce matin, y en avait plus...

d- Entre le foie gras de tante Annie, le surimi à l'armoricaine dont raffole oncle Jacky et la tourte aux champignons de la cousine Lucette, vous avez l'embarras du choix. Bon appétit !

4- Le plat : Les premiers boutons de pantalon sautent, les regards s'embrument quelque peu, voici la suite... :

a- Il y aura un peu de retard, mais tout le monde attend votre magret de canard basse température, crème de carotte au cumin et purée d’échalotes confites, caramel de jus de carotte/orange.

b- Fête, traditions, n’ayons pas peur des clichés... Et puis le chapon de la ferme voisine était sympa, tendre et affectueux... avec quelques marrons il devrait faire un malheur !

c- Poule au pot ou côte de bœuf dans la cheminée... jusqu’au dernier moment vous avez hésité, mais l'idée d'une soupe de pâte au jus de volatile, le lendemain des festivités, vous a convaincu.

d- Déjà deux pugilats familiaux recensés autour de la table...  Le boudin aux pommes risque d'avoir un goût amer...
Arrive la pause fromage, à ce sujet, je pense avoir déjà raconté suffisamment de choses sur le sujet pour vous proposer un petit trou normand à la pâte fleurie, pressée ou persillée...


5- Le dessert : Alors que les petits sont enfin pieutés espérant une nuit la plus courte possible, cette pointe sucrée tant attendue ne rime plus qu'avec un dodo bien mérité, une fois la bûche bien calée au fond du cornet... Et pour vous ?

a- Vu le retard pris, vous êtes allé chez le pâtissier et ce sera un dessert chocolaté. Ouf !

b- Raisonnable et attentif à ce besoin irrémédiable de finir la soirée en dansant avec le voisin /la voisine célibataire, vous avez prévu une mousse aux fruits exotiques.

c- Votre meilleur pote est pâtissier, une bûche aux fruits rouges trône en ce moment sur la table.

d- La crème au beurre aura peut-être raison des artères fragiles de votre Tatie Danielle du bout de table... En attendant, la tablée s'échauffe en entamant débats politiques, éducatifs et religieux autour de la poire familiale. Vous avez définitivement lâché prise et n'aspirez plus qu'à une chose, fuir...
Et maintenant les résultats !
Si vous avez une majorité de "a"
Vous êtes celui qui aime la bonne chère... Au programme de votre ambitieux repas, des mets raffinés et beaucoup d'huile de coude. Il vous faudra donc des compagnons de verres à la hauteur. 

Pour l'apéritif, le saumon s’accommodera parfaitement d'un beau champagne, à moins qu'un différent avec l’effervescence vous dépose en terre ligérienne, où le sauvignon sera comme un poisson dans l'eau avec cet incontournable de Noël.

Pour l'entrée, le foie gras en terrine s'acoquinera d'un blanc vif au regard légèrement sucré. Pourquoi pas un demi-sec de Loire, un Vouvray, un Montlouis... ou alors l'exubérance aromatique d'un Jurançon sec. Si vous bardez votre terrine d'un peu de magret séché, un pinot d'Aunis ou un Marcillac de Philippe Teulier aux notes poivrées rebondira tout en souplesse sur le lobe du volatile ainsi préparé.

Pour le plat, en restant dans le canard avec ses notes d'orange et d'épices, je vous propose de partir sur la région Rhône et ses grenaches aguicheurs ou ses syrahs sanguines et fumées quand le temps en patine les contours. Je vous susurerai bien à l'oreille d'essayer de dénicher une belle Pialade du sieur Reynaud, mais difficile de mettre la main sur ce genre de quilles, à moins d'avoir un taulier dealer de vins particulièrement efficace...

Pour le dessert enfin, le choix du chocolat vous permettra de plonger dans l'univers des vieux rancios du Roussillon, à moins que les sirènes portugaises du Porto ne vous fassent déboucher une quille à l'accent lusitanien.

Si vous avez une majorité de "b"
Vous êtes celui qui fait la fête... pour cela point de tambour ni trompette, simplement un bon coup de fourchette et un coude agile. Pour vous, la simplicité d'un flacon doit mettre en lumière la franche camaraderie du jus de raisin fermenté. Point de chichi, du bon glouglou pour étancher la soif et fixer les sourires d'une tablée amicale et chaleureuse.

Pour l'apéritif, une petite sélection de pet'nat' permettra d'affuter les papilles avec gourmandise et générosité. Un mauzac nature de Plageoles à Gaillac, le Rocambulle frontonnais de la familles Ribes, un pétillant originel du Rocher des Violettes à Montlouis... Bref passez chez vos cavistes faire le plein de ce genre de plaisirs simples.

Pour l'entrée, on range les cotillons et les langues de belle-mère de l'apéro. Cap sur le chardonnay : jurassien, bourguignon ou même limouxin avec les sacrés jus produits à Roquetaillade (Azam ou Mouscaillo par exemple).

Pour le plat, là encore, le chapon joue sur du velours côté pinard. En effet, libre à vous de pencher pour du rouge ou du blanc. Si vous vous sentez l'âme teinturière, aventurez vous sur des jus légers. Pinot noir ou gamay feront glisser leur petits fruits frais sur le gras de la viande qui en redemande. En revanche, si comme moi, vous préférez faire du ton sur ton avec le volatile, une roussette de Savoie ; plus au sud et dans un registre bien différent, sachez que de beaux languedocs blancs (un Mas Jullien par exemple) se battront pour voler dans les plumes luisantes du castra du jour.

Pour le dessert enfin, le choix de l'exotisme vous permettra d'explorer pas mal de pistes : de l'Alsace et ses gewurztraminers vendanges tardives explosifs, au sauternais dont le rôti chaleureux se blottira tendrement contre le flan vif et alerte du fruit, ou encore le sud-ouest qui possède avec ses mansengs, le pendant viticole de votre dessert... 

Bref, une belle soirée en perspective, que l'on peut envisager de façon monochrome, avec un simple stock de quelques quilles de blancs.

Si vous avez une majorité de "c"
Vous êtes celui qui veut pas se faire chier... Et vous avez bien raison ! Une soirée sympa, un pain surprise, quelques huîtres, une poule au pot et une fraicheur pâtissière aux fruits rouges. Il ne reste plus qu'à trouver le vin...

Pour l'apéritif, un truc passe-partout vous permettra de slalomer en toute quiétude entre les tranches de pain diversement garnies. Alors pourquoi pas un champagne rosé ? Sinon tout ce qui possède des bulles (bon, pas du Champomy non plus, faut pas déconner) et qui possède l'aval d'un bon caviste. Facile, non ?

Pour l'entrée, une bourriche bien fraiche sous le bras, difficile de ne pas envisager de canonner un petit coup de blanc un peu salin. Et comme le Muscadet, c'est pas que pour les prolos, voilà déjà une piste que votre banquier tolèrera sans rechigner. Sinon, banco, on vend la caravane et un chablis dans la besace, on s'en va gober du mollusque en toute humilité. Riesling et bubulles bien tendues, resteront bien en place sur le rebord de la fenêtre au cas où une petite soif viendrait perturber un atelier cendrier en nacre, improvisé le moment venu.
 
Pour le plat, une poule au pot ou un pot au feu... pas très petit doigt en l'air comme plat, mais tellement efficace ! Et puis niveau choix de l'artillerie liquide, là aussi le rayon est vaste... Entre rouges légers, du style pinot, gamay, poulsard... et blancs bourguignons légèrement gras et tendu, vous n'aurez que l'embarras du choix pour vous arroser goulument les babines.

Pour le dessert enfin, le choix du fruits rouges appelle à mon humble avis le sucre et la fraicheur des jeunes grenaches mutés du Roussillon. Alors à moins qu'une excentricité dénichée par votre caviste vous fasse changer d'avis, foncez sur Maury ou Banyuls !

Si vous avez une majorité de "d"
Vous êtes celui qui n'a pas de chance... ou qui a une grande famille. Je suis désolé pour vous, mais les contradictions et les idées reçues prennent de l'embonpoint dans ce genre de situation. Courage et gai visage me disait ma mère... et même si votre main droite vous démange pour coller quelques baffes bien senties, gardez dans l'idée que la prochaine fois elle sera là, intacte, pour vous faire plaisir, un tire-bouchon glissé au creux de sa paume... 

David Farge "ABISTODENAS"
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Comme un bonbon après s'être lavé les dents...

La fin de repas approchant, le pas de côté laissant parfois le vin en suspens n'est pas une trahison. Ce n'est pas non plus une infidélité. Comme un bonbon après s'être lavé les dents, cet écart maintenant aussi régulier que salvateur, n'est qu'un petit truc en plus qui reporte le raisonnable à plus tard. Une gourmandise qui se fiche pas mal de savoir si tu as encore soif ou si l'après repas avait besoin de toi ailleurs qu'autour d'un verre accompagnant quelques disques propices à la digestion.

Petits, on avait le canard pour ultime gâterie. Dans le dos de parents d'ailleurs parfois plus très alertes, on allait alors tremper un sucre dans le jus de chaussette de la grand-mère qui d'un clin d’œil complice enterrait immédiatement cette fredaine presque inavouable. Aujourd'hui un peu plus grand, à l'heure de la partie de cartes, c'est d'un certain Cabanel dont il est question. Une trouvaille que je dois à Frédéric Palacios, vigneron de talent dont la terrasse ne se trouve qu'à cinq minutes de notre trésor du jour.
On parle là de la célèbre distillerie carcassonnaise qui, à l'image de la Jouvence de l'Abbé Soury en son temps, semble avoir trouvé l'élixir indispensable à tout épicurien qui se respecte. Je passerai aujourd'hui sur toutes les potions "alambiquées" qui ont écrit l'histoire de cette incontournable maison car il y aurait trop à dire. Quinquina, pastis, crème de noix ou encore la célèbre Micheline*, liqueur de plantes aux vertus aussi évidentes qu'enivrantes, sont en effet parmi les productions maintenant plus que centenaires de cette institution tenue aujourd'hui par Jean-Marc Gazel.
Non, ce dont je dois vous entretenir c'est de ce plaisir régressif émanant du cuivre scintillant des ateliers Cabanel : une mécanique précise, simple mais pointilleuse au service de quelques feuilles de menthe, ou quelques citrons c'est selon, passant le porche du n°72 de l'allée d'Iéna. Ensuite macérés dans de l'alcool, l'infusion rejoint l'alambic qui délivrera en bout de chaîne un esprit aromatique à la base de nos réjouissances à venir. Ne reste plus qu'à assouplir le tout avec de l'eau et du sucre avant la mise en bouteille...  
Le résultat de la version mentholée comme de sa consœur citronnée est une potion titrant 15°. Renvoyant le Get 27, son cousin revelois**, à ses chères études, la crème de menthe Cabanel ne possède évidemment pas la dimension industrielle de son pendant haut-garonnais niché le plus souvent entre les chips et les cacahuètes de supermarché. Chez Jean-Marc Gazel, l'équipe se compte sur les doigts d'une main et toute la production est ici exclusivement artisanale. 

Ayant trouvé sa place chez bon nombre de becs sucrés, la crème de citron, sa dernière trouvaille***, passe aujourd'hui pour une recette miracle, si bien qu'il n'est pas toujours évident d'en obtenir une bouteille en se rendant à la source... Monsieur Gazel me confiait qu'il allait trouver le rythme. En attendant, faudra penser à mettre les glaçons au froid et à faire un peu de stock, car à moins de 15 euros le litre, une fois ouvertes, les bouteilles semblent s'évaporer.

Comme un carambar machouillé en cachette, comme le sucre imbibé de ma grand-mère, il est aujourd'hui clair qu'il n'y pas d'âge pour les madeleines...
* Pour plus d'infos historiques lire ICI ou ICI
** Le Get 27 fut initialement produit à Revel avant d'être plusieurs fois racheté. Depuis 1993, il bat pavillon cubain après avoir été racheté par le groupe Bacardi. Le Get est maintenant fabriqué à beaucaire dans le Gard.

*** Si l'on excepte le "Rigolo", un vermouth élaboré avec l'équipe de l'Hôtel de la Cité et encore très peu distribué. 

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CABANEL
72 allée d'Iéna
Tél: 04.68.25.02.58
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Préface...

Quelques années d'échanges, quelques écrits à quatre mains, une amitié naissante, une rencontre chez Fabien Jouves, pas très loin de chez moi, et puis un jour, ce message : "Je vais écrire un bouquin, ça te dit d'en pondre la préface ?".

Ma chère Sandrine, même si tu m'avais dit que t'écrivais le premier tome d'une saga intitulée : "Comment bien lui cuire le cul à grands coups de pelle à neige", j'aurais dit oui. Bon, je ne suis pas sûr que ce fusse un choix très pertinent, ni un marché véritablement porteur, mais j'aurais dit oui.

Bref, cette rentrée littéraire sentant un peu plus le moût de raisin que les précédentes, du moins de mon point de vue de scribouillard honoré, quel ne fut pas mon plaisir de voir ici ou là fleurir les exemplaires de ton bouquin. Alors peu importe la subjectivité du propos, la sincérité prévaut souvent sur une pseudo objectivité sans relief...
Mais au fait, de quoi parlons-nous ? On cause de JAMAIS EN CARAFE, Tout savoir sur le vin, par Sandrine Goeyvaerts aka. La Pinardothèque. Et si vous pensez tout à coup que vous êtes tombés dans un traquenard du genre : "Merde, il va vouloir nous refiler un énième bouquin sur le vin, j'en ai déjà assez avec les pulls de la belle-mère à Noël...", détrompez-vous. Tout est question de style. Comme il existe une alternative au pull "tête de renne", il existe bien des façons d'aborder le vin. Et en effet, avec le swing de Marvin Gaye et la gouaille pleine de charme de son verbe haut perché, Sandrine nous sert une leçon de savoir boire d'une générosité sans faille. On avait pas vu autant d'efficacité venue de Belgique depuis Enzo Scifo*, c'est dire.

Bref, c'est bientôt Noël, JAMAIS EN CARAFE c'est top, et si tu penses que le vin c'est cool, et encore plus, si on y tâte quand même un peu, alors, ce bouquin est fait pour toi,...mais aussi pour ta grand-mère, ton voisin, ton fils, ta nièce ou encore le reste de ton village.

Et en attendant que tu te rendes dans ta librairie favorite pour acquérir moult exemplaires de ton nouveau livre de chevet, c'est cadeau, voici les punchlines de cette préface signée de votre serviteur. 

À la vôtre !  

"« La vie, c'est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. » Et s’il en était de même avec le vin ? Probablement que Forrest Gump se serait tapé plus d’un de ces détestables chocolats à liqueur… Car le vin n’est pas un truc comme les autres, et il serait triste de ne voir en lui qu’une façon de se détendre l’élastique avec un coup dans le nez." 
"Si dès l’école maternelle, gamin, tu colories des grappes de raisin et pas des verres de mojito, c’est bien pour quelque chose. En France, comme dans pas mal d’endroits dans le monde, où que l’on se trouve, il y a presque toujours un pied de vigne pour vous faire du gringue. Le vin fait ainsi partie, comme le foie-gras, le cassoulet ou feu la moustache de Francis Cabrel, de notre patrimoine culturel."
"Quand on sait qu’une majorité des boutanches présentent sur les tablées familiales sort de l’anonymat sans saveur d’une grande distribution que l’on sait plus obsédée par ses marges que par ses produits, ça fout un peu le bourdon. Non pas que j’ai un quelconque apriori sur les ambiances, pin des landes, PQ et bordeaux à 3 euros, mais avouez que le zinc du caviste du coin, ou même, la fraîcheur d’un caveau remplit de cette passion communicatrice, ça a tout de même un peu plus de gueule…"

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"Nul besoin d’un brushing apprêté pour revendiquer le droit au bien boire !"

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"Chouchouter cette source de ravissement liquide aussi vaste que complexe devenant de fait une étape presque obligatoire, qui mieux que Sandrine Goeyvaerts, voisine belge au verbe aussi coloré que pertinent pour nous prendre par la main ?"
"J’ai toujours pensé que les gens les plus sérieux étaient ceux qui savaient le plus déconner."

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"Sandrine est avant tout une amie avec qui j’aimerais pouvoir trinquer un peu plus que de raison. Entre jolies quilles et propos sincères, elle maîtrise aussi à la perfection l’art subtil de la vulgarisation. Un calembour par ci, un soupçon de poésie par là, et la vie des levures dans une cuve en fermentation devient alors aussi passionnante qu’une vidéo de chatons sur Youtube. Ce n’est donc pas un hasard si son propos prend maintenant place au cœur d’un livre…"

* Enzo Scifo est un peu le Zidane belge des années 90, les cheveux en plus.

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Jamais en Carafe, de Sandrine Goeyvaerts, aux éditions Hachette Vins, 128 pages, 12,90 euros 


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Bon, et puis c'est tout !

La définition du "beau" est avant tout quelque chose de très personnel...
Le beau peut-il raisonnablement se substituer au bon ? L'autre jour, lors d'une de mes errances sur la toile, je tombais sur cette vidéo : un dessert servit à même la table, dans un resto tendance de Chicago : Alinea.



J'avais déjà vu passer ce genre de curiosité gastronomique où la sacro-sainte expérience semble éclipser le simple plaisir d'avoir faim... Passé le côté prestidigitateur de la "performance", il ne reste plus qu'à jouer les groupies avec son appareil photo, car vous en conviendrez, bouffer des éclats de meringue en léchant la table n'a pas grand chose à voir avec la boustifaille... 

Bref, cette allégorie bourgeoise du Renard et de la Cigogne à la sauce Al Capone n'ayant que peut de choses à voir avec mes préoccupations touchant le verre et l'assiette, passons à autre chose avant qu'on me demande de nettoyer tout ce bordel.
Banlieue toulousaine, un soir de semaine... 

Le week-end n'ayant pas le monopole de la faim, une table pour quatre réservée à La Table des Merville nous attendait pour des retrouvailles amicales. Un nouvel étoilé à quelques bornes de la maison, mais avant tout une maison familiale qui n'a pas eu besoin de foutre du chocolat et des confettis comestibles partout sur les tables pour qu'on s’intéresse à elle, bref, une adresse pour manger. Dingue comme concept, non ?

Côté assiette, journée de boulot oblige, nous embarquons pour un menu découverte qui devrait nous permettre de ne pas rejoindre les bras de Morphée à des heures impossibles. 35 euros le menu, pour un résident du Guide des pneus, c'est de l'ordre du (très) raisonnable.

Côté verre, après un rapide coup d’œil à la carte des vins, je note que celle-ci s'est légèrement étoffée depuis notre dernier passage et qu'on devrait pouvoir sans trop de difficultés étancher notre soif raisonnable de ce début de semaine. Un blanc de Gilles Azzoni et un Calcinaires de Gauby joueront donc les entremetteurs liquides de notre soirée, sympa. 
 

Une fois la serviette sur les genoux, le contraste avec les Picasso sauce chantilly américains est saisissant. Aucune prétention pédante, point de dressage semblant vous susurrer qu'il serait dommage de salir le tableau d'un coup de fourchette... Non, les quantités vous intiment plutôt l'ordre de manger, chose que l'on s'empresse de faire. Focaccia goûteuse, agneau dont on ne se demande pas où il se cache et millefeuille à tomber, jouent parfaitement leur rôle. Quand les étoiles jouent au chichi pompon cela aurait tendance à me gonfler. Quand elles sont le reflet d'un service attentionné dont l'objectif est de prendre soin de votre estomac, je suis un peu plus réceptif...

Cuisine ouverte sur la salle, le chef n'a rien à caché, les produits sont de qualité et bien cuisinés. Et si l'esthétisme n'est pas véritablement au centre de l'assiette, parfois cela a du bon. L’hégémonie du "Tout ce qui est petit est mignon" à fait son temps. Laissons cela aux commérages de squares et aux éloges de grands-mères ! Quand on s'adresse à l'estomac, c'est quand même plus important de faire bon que trognon, même s'il est clairement moins rigolo de chanter l'hymne américain avec un millefeuille en bouche qu'avec un "dessert" à l'hélium. Quoi que...



Bref, une soirée bien sympa passée chez les Merville et une bonne adresse pour venir se taper un millefeuille ou un repas entre amis, en famille, en amoureux... (rayez les mentions inutiles) dans un cadre agréable, à quelques encablures du tumulte toulousain*.

David Farge "ABISTODENAS

* Oui, vous allez dire que je joue les vieux cons, mais parfois, ne pas passer trois plombes pour trouver une place de parking et mettre moins d'une heure pour rentrer chez soi, quand on va au taf le lendemain, ça a du bon.
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CINSAULT(veur) #19 : Friandise...

Vacances gardoises. Le grand dans une main, le porte-monnaie dans l'autre, on file en direction d'Uzès. Là-bas, le Musée du Bonbon nous attend...

Un musée qui cause friandises, le genre de rêve ultime pour un gamin. Car normalement, les visites culturelles familiales ressemblent plutôt à une flopée de tableaux et de sculptures d'un temps que seul Michel Drucker connait.

Ça faisait longtemps que j'espérais pouvoir passer une paire d'heure chez Haribo. Non pas que je raffole de leurs sucreries, mais plutôt car la famille est dans le coin, et que là-bas, on a tous quelqu'un qui travaille, ou qui a travaillé, au pays de la guimauve et du nounours en gélatine.
Bref, rassurez vous, cette digression calorique touche à sa fin. Arrivés sur place, on se rend assez vite compte que le musée est en fait une immense galerie publicitaire où tout le monde presse le pas jusqu'à la boutique pour faire le plein de bonbecs. Le petit est un peu déçu, moi aussi...

Bien heureusement, le bonbon n'a pas le monopole de la friandise. Et comme l'ours à son pot de miel, moi, j'ai le cinsault.

Alors, sur le chemin du retour, nous filons en direction de Souvignargues. Rendez-vous avait été pris avec Frédéric Martin du Domaine Vallat d'Ezort pour un passage express dans son chai. Serrage de paluches, contact sympa, Frédéric, c'est le genre de nounours sympa qui n'a pas besoin d'un enrobage à la con pour te donner envie. Alors, autour d'un tonneau, entre les cartons et un petit tracteur, les bouchons sautent et la dégust' peu commencer. 
Frédéric m'explique alors la philosophie du domaine : un travail en bio, des vins frais, un fruit protégé. Mais comme vous le savez sûrement, c'est pas dans la campagne nîmoise que vous croiserez des familles de pingouins. Alors pour la fraîcheur, faut jouer le bon cheval. C'est pourquoi, ici, on met pas les cinsault dans le rosé mais on se les garde pour une cuvée de rouge. Ça donne la cuvée Alegria et c'est très bon. Un petit canon qui coûte moins de 8 euros, un jus de fruits gourmand et équilibré qui ne tape pas au casque, que demander de plus ? 
Le reste de la gamme est aussi sympa à découvrir, alors, si par hasard vous étiez dans le coin, laissez tomber Ours d'or, Dragibus et Carensac. Filez plutôt rendre visite à Frédéric Martin, son cinsault vous le rendra bien...
David Farge "ABISTODENAS

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CINSAULT(veur) à la carte...

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La mort aussi ne fait pas de bruit...

Il est des billets qu'on aimerait pouvoir écrire sur le ton de la déconne. Malheureusement, parfois, la réalité dépasse la fiction...

Vacances. À quelques kilomètres en retrait de l'agitation du bord de mer, en plein pays catalan, nous installons notre QG familial au cœur de la ville d'Elne. Soleil au rendez-vous, pelle, seau, masque et tuba en bandoulière, notre petite smala toulousaine est fin prête à affronter sable, poissons, poulpes et autres réjouissances estivales. L'évident "problème" de nos apports caloriques durant le séjour rapidement résolu par notre sympathique hôtelier, pinardier de son état (un autochtone averti qui avait bien pris soin de nous laisser un petit manuel de savoir bien vivre à la hauteur des richesses locales), nous voilà donc armés comme un escadron de frelons asiatiques, lunettes et crème solaire en plus.
Les réjouissances s'enchaînent alors comme des caramels mous à l'heure du goûter, et les méninges au repos, l'estomac prend comme à son habitude ce relais estival qu'il se plait à retrouver chaque année. Alors, me direz-vous, pourquoi venir encore râler sur ces quelques lignes ? Primo, car je ne vais pas vous causer ici des premières longueurs de brasse du grand, ni de la deuxième incisive de la petite, ce n'est ni lieu, ni l'endroit. Vous vous en tamponnez le coquillard et c'est bien normal. Secundo, car quand on a un caillou dans la chaussure, mieux vaut faire une pause et l'enlever avant de repartir.
Voilà donc pourquoi je ne ferai pas ici une ode au pa de fetge de la charcuterie Casteil à Elne, pourquoi je ne pas vanterai pas plus l'étal simple et sincère de Guillaume, le poissonnier de la Marée Catalane, située quelques pas en amont, pourquoi je ne chanterai pas les louanges des boudins de porc noir de Thibault Gonzales, éleveur et charcutier, croisé sur le marché du Thuir. Oui, j'ai un cailloux dans la chaussure. 
Elne, sa cathédrale et son cloître de marbre blanc disproportionnés semblant tenir en équilibre sur le mamelon formé par la ville haute, et à quelques mètres de là, la place du Colonel Charles Roger. Une place ? Plutôt une placette nichée au cœur d'un de ces dédales de ruelles étroites dont l'ombre laisse à espérer un utopique brin de fraîcheur. Au centre de celle-ci, comme souvent, un platane dont on ne compte plus les années, quelques tables et un gravier qui s'est arrêté depuis longtemps de compter les points des nombreuses parties de boules commentées depuis le café. Ce café, c'est Le Casot, un bar à vin bien décidé à promouvoir les productions locales de qualité. Tenu par le frère de Stéphane Morin (Domaine Léonine à Saint-André), on y boit bio et bon à la fois tout en pouvant grignoter de quoi entretenir son cholestérol avec plaisir... 
Quelques canons et morceaux de fromages plus loin, comme des coqs en pâte prêts à en découdre un verre à la main, nous décidons donc de ne pas mettre à mal les traditions locales et sortons cochonnet et OBUT luisantes de leur étui. Bien mal nous en a pris ! Depuis les dernières élections municipales, la vie a changé à Elne... Et la pétanque, comme la tondeuse le dimanche ou les disques de Florent Pagny, a rejoint la liste de activités nuisibles de la commune*. Il semblerait que cela gêne le voisinage... 

Oui, vous avez bien lu. À Elne, au cœur du village, il est interdit de jouer à la pétanque, et donc, la boule n'a plus droit de citer place du Colonel Charles Roger. Le temps où on arrêtait les tramways pour mesurer un point** semble bel et bien révolu. Place à la méditation cathodique, ce reposant remède qui a au moins le mérite de vous éloigner des UV aoutiens... Pour le reste, on repassera. Au chiotte la culture de village, les traditions locales et le lien social ponctué de claquements métalliques ! Faudrait pas qu'un brin de vie vienne animer le quotidien des Illibériens. Vivement qu'on demande aux enfants de chuchoter dans la rue, aux vagues de faire moins de bruit et aux cigales de la fermer ! 

Alors si la pétanque doit se faire discrète sur les graviers soudain impatients du Casot, sachez que l'on a pas encore interdit le tintement des verres sous les fenêtres de la ville haute. Profitez-en pour vous faire entendre de vos chers élus. Trinquez à un peu plus de vie, et sachez que la mort aussi ne fait pas de bruit...


* Suite à une demande d'informations complémentaires de ma part, voici la réponse de la mairie : "Le jeu de pétanque sur la Place Colonel Roger n’est pas autorisé eu égard au fait que cet espace est occupé par l’établissement « Le Casot » qui détient une autorisation pour occuper ce lieu [...] Effectivement, nous avons enregistré des plaintes du voisinage et nous avons donc demandé à Monsieur MORIN de ne plus autoriser le jeu de pétanque sur la place."


** La partie de boules sur le tramway - Fanny


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